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Editorial

Usurpation savante et pseudo-expertise

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  • 30 janvier 11:13
  • 3 min de lecture
Usurpation savante et pseudo-expertise

A force d’être commenté par tous, le patrimoine finit par n’appartenir à personne. Ou plutôt il devient l’otage d’une logorrhée numérique où l’assurance tient lieu de savoir et où l’ignorance se pare des habits de la certitude.

Dans ce brouillard de pseudo-expertise, la mise au point de l’Institut national du patrimoine dans une dépêche publiée mercredi 28 janvier est plus qu’opportune : elle est nécessaire.

Car ce qui prospère aujourd’hui sur les réseaux sociaux n’est pas la curiosité éclairée, mais l’usurpation savante. Des voix sans légitimité scientifique s’emparent de l’histoire, manipulent les vestiges, bricolent des récits et imposent leurs élucubrations comme des vérités révélées, souvent relayées sans filtre, ni vérification, ni mise en perspective.

Le patrimoine devient alors un terrain de jeu narcissique, livré aux approximations, aux fantasmes identitaires et aux contresens les plus grossiers.

Or, l’archéologie n’est pas une opinion, pas plus que l’histoire n’est une improvisation. Elles sont disciplines de rigueur, de persévérance et d’humilité. Les vestiges ne parlent pas à ceux qui les interrogent à la hâte, mais à ceux qui savent les écouter avec méthode, patience et responsabilité.

En rappelant que seuls les spécialistes habilités sont fondés à interpréter et à communiquer sur ces sujets sensibles, l’INP ne verrouille pas le débat : il en fixe les règles élémentaires.

La désinformation patrimoniale est une menace silencieuse. Elle banalise les fouilles clandestines, encourage les atteintes aux sites et sape l’autorité scientifique au profit du sensationnel.

Elle détruit surtout le lien de confiance entre la société et sa mémoire, transformant l’héritage commun en objet de polémique permanente.

La responsabilité des médias est ici centrale. Donner la parole à n’importe qui sous prétexte d’audience revient à substituer le bruit à la connaissance. Le discernement n’est pas une option éditoriale ; c’est une obligation morale, un acte de salubrité publique.

Le patrimoine est un legs, non un prétexte. Il exige vigilance, respect et compétence. Le rappeler aujourd’hui, c’est résister à la tyrannie du commentaire permanent et réaffirmer une vérité simple : la mémoire d’un pays ne se gère ni à coups de likes ni à coups d’impostures.

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Auteur

Salem Trabelsi

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