Des experts et défenseurs de l’approche genre ont souligné que la réalisation de l’égalité entre les femmes et les hommes ne se limite pas à l’adoption de lois, mais nécessite également une transformation profonde des mentalités et un réel soutien aux femmes à toutes les étapes de leur vie.
À l’occasion de la Journée internationale des femmes célébrée le 8 mars, ils ont appelé à inculquer la culture de l’égalité dès les premières années d’enseignement, en intégrant dans les programmes scolaires des notions liées aux droits humains et à l’égalité entre les sexes.
Ils ont également relevé que les Tunisiennes, malgré leur niveau d’étude élevé, demeurent accablées par les responsabilités domestiques et familiales ce qui freine leur parcours professionnel et limite leur participation à la vie économique et sociale.
Selon eux, bien que la Tunisie dispose d’un cadre juridique garantissant les droits des femmes, la réalité demeure impactée par le patrimoine culturel dominé par la mentalité patriarcale.
Plus de diplômées mais moins d’opportunités
La directrice exécutive de l’Institut arabe des droits de l’Homme, Hajer Chahbi Habchi, a rappelé que la Constitution tunisienne stipule, dans son article 51 que l’Etat s’engage à protéger les droits acquis de la femme et veille à les consolider et à les promouvoir.
L’Etat garantit, également, l’égalité des chances entre l’homme et la femme pour l’accès aux diverses responsabilités et dans tous les domaines et s’emploie à consacrer la parité entre la femme et l’homme dans les assemblées élues.
Elle a, toutefois, estimé que la société continue à considérer la femme moins apte à assumer certaines responsabilités en raison du poids des tâches domestiques.
Les résultats du recensement général de la population et de l’habitat de 2024 révèlent, par ailleurs, que les femmes représentent 57,4 % des diplômés du supérieur et pourtant leur taux de chômage s’élève à 20,8 % contre un taux de 12,6 % chez les hommes.
Pour Hajer Chahbi Habchi, cette situation reflète les limites d’un système économique qui n’offre pas les mêmes opportunités aux femmes et aux hommes, en raison de discriminations directes ou indirectes, de structures professionnelles peu adaptées aux responsabilités familiales et d’un accès inégal à certains secteurs d’activité.
Elle a, dans ce contexte, souligné la nécessité de garantir une meilleure intégration de l’approche genre dans les politiques publiques et les programmes nationaux et de promouvoir l’entrepreneuriat féminin, en particulier dans les zones rurales et les quartiers populaires. Elle a également appelé à renforcer la représentation politique des femmes, notamment par la réactivation du principe de la parité dans les élections locales et législatives.
Surcharge de responsabilités pour les femmes
De son côté, la présidente de l’Union nationale de la femme tunisienne (UNFT), Radhia Jerbi, a souligné que la femme tunisienne est accablée par les responsabilités au sein de la famille, allant de l’éducation des enfants à la gestion du quotidien, ce qui limite ses possibilités d’évolution professionnelle et de développement personnel.
Elle a également observé que certaines femmes continuent d’adopter une vision traditionnelle de la répartition des rôles, ce qui contribue à maintenir les hommes dans des rôles classiques et à accroître la charge qui pèse sur les femmes.
Une étude de l’organisation Oxfam indique que les femmes en Tunisie consacrent entre 8 et 12 heures par jour aux tâches domestiques non rémunérées, et que la somme du travail domestique et professionnel peut, dans certains cas, dépasser 17 heures quotidiennes.
Selon Radhia Jerbi, l’accumulation des responsabilités familiales, éducatives et professionnelles entraîne une fatigue physique et psychologique importante, marquée notamment par des situations d’anxiété et de stress.
Elle a également évoqué les difficultés liées à l’inadéquation entre les horaires scolaires et les horaires de travail, ainsi qu’aux problèmes de transport, qui accentuent la pression quotidienne.
Faible participation de la femme à la vie politique
De son côté, le sociologue Belaïd Oulad Abdallah a indiqué que plusieurs études sociologiques ont mis en évidence le lien entre l’évolution des modes de vie, l’entrée des femmes sur le marché du travail et la réduction du temps qu’elles peuvent consacrer à elles-mêmes, au développement de leurs compétences ou à l’engagement dans la vie sociale.
Selon lui, les Tunisiennes éprouvent de grandes difficultés à concilier leurs responsabilités professionnelles et familiales, ce qui a entraîné un recul important de leur participation à la vie politique, associative, culturelle et de loisirs.
Il attribue notamment cette situation aux charges familiales, visibles notamment à travers les longues attentes des mères devant les établissements scolaires à la sortie des enfants, une réalité qui génère un stress psychologique et social susceptible d’affecter l’équilibre familial.
Les spécialistes soulignent enfin que l’investissement dans le capital humain féminin, attesté par les taux élevés de scolarisation, ne portera pleinement ses fruits que s’il s’accompagne de politiques économiques et sociales flexibles favorisant l’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale et permettant aux femmes de participer pleinement à la vie économique.