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Magazine La Presse

Hommage – Lina Ben Mhenni : Une icône de la révolution s’éteint

  • 2 février 2020
  • 6 min de lecture
Hommage – Lina Ben Mhenni : Une icône de la  révolution s’éteint

On se souviendra d’elle comme d’une battante, une étoile, une icône de la révolution tunisienne, mais surtout d’une «petite fille», c’est ainsi qu’elle voulait toujours qu’on l’appelle.  Chère Lina Ben Mhenni, ta flamme s’est éteinte, mais ton flambeau passera toujours de main en main, car loin de cette petite fille, tu es une icône pour la jeunesse tunisienne. Une meilleure existence pour toi dans l’au-delà sans peines ni souffrances, ni menaces ou haine auxquelles tu as toujours courageusement fait face.
Souffrant d’une maladie rénale aiguë, nous l’avons vue s’éteindre lentement devant nos yeux depuis des années. maintenant, il ne reste que les beaux souvenirs et ses photos présentes dans toutes les manifestations réclamant la liberté et dénonçant toute forme d’obscurantisme.

Maintenant, il ne nous reste également que de nous habituer à vivre dans un monde dans lequel elle n’est plus présente, dans lequel elle ne brillera plus, ne criera plus haut et fort : liberté, solidarité et citoyenneté. Jusqu’à son dernier souffle, Lina s’est battue pour la bonne cause : celle de la liberté et de l’instauration d’un puissant Etat de droit, faisant face à toute forme de haine et de menaces, notamment sur les réseaux sociaux, où son nom était, pour certains, synonyme de mal. Mais courageusement, elle a pu vaincre ces courants obscurantistes car elle restera toujours présente dans la mémoire collective et nationale comme une brave combattante.

La blogueuse et activiste de la société civile connue comme étant une grande militante des droits humains, Lina Ben Mhenni, est décédée dans la matinée du lundi 27 janvier 2020 à 36 ans, après une longue et pénible lutte contre une maladie rénale. Cyberdissidente et blogueuse, Lina Ben Mhenni s’est notamment fait connaître pendant la révolution grâce à son blog «A Tunisian Girl» «Une fille tunisienne», qui avait été interdit et censuré sous Ben Ali.
Pendant la révolution, elle figurait parmi les premiers à rapporter les événements qui se déroulaient grâce notamment à ce qu’on appelle le journalisme citoyen. En effet, elle diffusait photos et vidéos des opérations de police, des blessés et des morts, les listes des victimes, elle visitait des hôpitaux et interrogeait des familles qui ont perdu l’un des leurs en raison de la répression policière, pour devenir l’une des figures de la révolution tunisienne.

Après la chute du régime de Ben Ali, Lina Ben Mhenni continue son parcours de lutte contre l’atteinte aux droits et libertés et a fait face à de grandes campagnes de diffamation et de menaces. En effet, figure de proue de la révolution qui chassa Ben Ali du pouvoir en 2011, elle était restée depuis, et malgré les menaces et même les agressions, fidèle à ses idéaux, à ses engagements et à sa lutte contre les courants obscurantistes.

Lutte pénible contre la maladie
Fille du militant Sadok Ben Mhenni, Lina souffrait depuis plusieurs années d’une grave maladie auto-immune qui avait nécessité une greffe de rein. Depuis quelques mois, son état de santé ne cessa de s’aggraver, mais la défunte a toujours refusé de partir à l’étranger pour se soigner. «Pourquoi quitter mon pays pour me soigner alors que des milliers d’autres patients n’ont pas les moyens de le faire?», s’était-elle toujours demandé.
Lina a toujours été l’inspiratrice de toute une génération qui, sous l’oppression du régime totalitaire de Ben Ali, ne trouvait que l’espace virtuel pour s’exprimer. A travers ses actions, ses mots, ses publications et son courage, elle a permis aux langues de se délier.

Les réactions à son décès étaient d’ailleurs à la mesure de ses batailles, intenses et interminables. «Une icône», une «inspiration», une «voix libre», une «femme forte» pour ses amis, militants, hommes et femmes politiques qui ont contribué à rendre compte de ses combats. Tous espèrent, comme l’expriment avec délicatesse et sincérité les internautes et les différents personnages publics.
En effet, les hommages rendus à Lina dont la mémoire demeurera vivace ne se comptent plus. «Son combat lui a valu de faire l’objet de nombreuses menaces de mort et de campagnes de diffamation, en particulier via des messages postés sur les réseaux sociaux et sur Internet. Cela, uniquement en raison de son engagement social et pour avoir choisi de défendre les droits humains.

Menacée de mort, placée sous protection judiciaire en 2013, agressée par des policiers en 2014 et même arrêtée en 2016, puis accusée d’outrage à un ou plusieurs fonctionnaires publics —ceux-là mêmes qui l’avaient agressée— Lina Ben Mhenni n’avait de cesse de combattre un système qu’elle jugeait profondément injuste», témoigne Alice Mogwe, présidente de la Fédération internationale des droits de l’homme.
Deux fois sélectionnée pour le prix Nobel, la figure de proue de ce qu’on appelle le printemps tunisien s’éteint laissant derrière elle un merveilleux parcours de lutte contre toute forme d’injustice. Juste quelques semaines avant son décès, elle est parvenue dans le cadre de son initiative à collecter des milliers de livres pour les offrir aux prisonniers qui, en lisant chaque page, se souviendront de son âme et de sa générosité.

Icône d’une génération militante, Lina Ben Mhenni est partie vers un monde meilleur. Aujourd’hui, tu auras tout réussi et ta mission prend fin, certes dans la tristesse  mais aussi dans l’orgueil et la fierté de cette terre qui a sans aucun doute adoré enfanter quelqu’un comme toi.. Ton visage et ton esprit seront toujours présents dans toutes les luttes pour chaque juste cause! Paix à ton âme, ta Tunisie te sera à jamais reconnaissante… Adieu Lina !

Auteur

Khalil JELASSI

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