La 11e édition prévue du 30 avril au 3 mai 2026 s’annonce comme une nouvelle étape dans cette aventure obstinée, où la musique continue de tracer son chemin, envers et contre tout.
La Presse — Quand Sicca Jazz voit le jour au Kef, il ne s’agit pas seulement d’ajouter un festival de plus à la carte culturelle tunisienne. Le projet naît d’un geste presque audacieux : faire du jazz, musique de l’improvisation, du dialogue et des marges, une identité artistique dans une ville longtemps perçue comme périphérique. Très vite, Sicca Jazz s’impose comme une aventure culturelle singulière, enracinée dans son territoire et ouverte sur le monde, transformant Le Kef en un point de rencontre pour le jazz et les musiques du monde.
Depuis ses débuts, le festival a choisi de faire du lieu un acteur à part entière. La Kasbah du Kef, avec sa charge historique et symbolique, est devenue bien plus qu’un simple décor : un espace de résonance où la musique dialogue avec la pierre, la mémoire et le paysage. Au fil des éditions, Le Kef s’est affirmé comme une ville emblématique du festival, et le jazz comme un cachet, une orientation assumée, presque un manifeste culturel.
Mais ce chemin n’a jamais été linéaire. Comme beaucoup de projets culturels indépendants, Sicca Jazz a dû affronter des défis structurels, financiers et logistiques, accentués ces dernières années lorsque le festival a temporairement quitté La Kasbah. Ce déplacement, imposé par les circonstances, a mis en lumière la fragilité d’un événement qui, malgré sa notoriété nationale et internationale, doit se battre au quotidien pour exister, convaincre, mobiliser et durer.
Maintenir un festival de jazz dans une région éloignée des grands centres culturels et dans des situations de crises reste un pari permanent, fait de résistance, d’ingéniosité et de passion. La 11e édition de Sicca Jazz, prévue du 30 avril au 3 mai 2026, marque ainsi un retour fort et symbolique à La Kasbah du Kef. Au programme : six concerts de jazz, des spectacles de rue, le Sicca Veneria Village, une tournée du cinéma itinérant «Cinéma Tdour», ainsi que des résidences artistiques dans le cadre de «Sicca Jazz Experience ».
Une programmation pensée comme un parcours, où la musique se déploie dans la ville et invite le public à en redécouvrir les espaces. Nouveauté majeure de cette édition : la création du «Jardin des Pros », nouveau point de rassemblement imaginé comme un espace de rencontres et de convivialité.
Le public y est invité à explorer la richesse du Kef à travers le patrimoine matériel, les artisans de la région, des ateliers participatifs dédiés aux savoir-faire locaux, ainsi qu’une expérience culinaire mettant à l’honneur les produits et saveurs du terroir. Une manière de prolonger l’expérience musicale par une immersion dans la culture vivante de la ville.
Fidèle à son esprit, Sicca Jazz continue de mettre en avant les talents tunisiens, tout en favorisant les échanges artistiques. Showcases, soirées Off, master-class, résidences, visites guidées et déjeuners musicaux complètent cette dynamique et participent à façonner une image renouvelée du Kef, non pas comme simple ville-hôte, mais comme véritable laboratoire culturel.
À l’heure où les festivals indépendants doivent sans cesse composer avec l’incertitude, Sicca Jazz poursuit son combat quotidien : défendre une vision artistique exigeante, préserver son ancrage territorial et affirmer que le jazz, au Kef, n’est ni un luxe ni un hasard, mais une nécessité culturelle. La 11e édition s’annonce ainsi comme une nouvelle étape dans cette aventure obstinée, où la musique continue de tracer son chemin, envers et contre tout.