Nettoyage et propreté : Une obligation, un devoir de citoyenneté
C’est sans doute utile, c’est mobilisateur, spectaculaire, mais ces campagnes que l’on lance de temps à autres sont également inhibitrices. En effet, tout ce remue-ménage, toute cette mobilisation, ces foules, ce spectacle, cette disponibilité laissent souvent un vide.
La Presse — Les médias partis, les images fixées, les informations communiquées, il ne reste plus rien.
Quelques semaines plus tard, nous redécouvrons ce qui a motivé cette «campagne» pour qu’un quartier, une ville, une cité soit plus propre. Comme si les Tunisiens étaient sales et qu’il leur fallait toute cette mise en scène pour l’être ou le devenir.
Dans le cadre du Mois du patrimoine, l’Association des scouts tunisiens a organisé une campagne de nettoyage des abords des sites archéologiques de la ville de Sousse. Cette initiative, menée par des bénévoles, visait à préserver la propreté des sites et à promouvoir le bénévolat. Quelle sera la suite de cette mobilisation ?
A Gafsa, on a fait de même, et ce fut une réussite.
On s’est en effet mobilisés pour mettre un terme aux points noirs qui défigurent la ville. La municipalité a déployé de gros moyens et pris des mesures. Entre autres — et c’est ce qui nous semble le plus important — la mobilisation d’un matériel conséquent et l’application d’un plan logistique réfléchi. Des contrôleurs sur le terrain pour agir en cas de défaillances et surtout la mise en place d’un espace citoyen pour signaler infraction ou dysfonctionnement et faire part de ses doléances.
Et cerise sur le gâteau, le retrait des bacs ou conteneurs avec l’adoption d’un prélèvement strict. C’est un véritable saut qualitatif qui devrait inspirer d’autres municipalités,
Ce n’est pas du tout une surprise ni une découverte. Si l’on s’y met et qu’on y consacre les moyens matériels et financiers, cela n’a rien d’extraordinaire. Il suffit que l’on soit convaincu que la propreté est une obligation de tous les jours, surtout pour un pays qui reçoit des millions de visiteurs. La Tunisie se doit d’offrir l’image resplendissante d’un pays propre, organisé, accueillant et qui respire la joie de vivre.
Mais il y a des conditions pour que ce vœu soit concrétisé sur le terrain. On ne fait rien pour qu’il en soit ainsi.
A se demander pourquoi avons-nous perdu ces bonnes habitudes qui existaient avant la mise en place de ces affreux conteneurs, bacs ou bennes à ordures un peu partout, en des endroits qui surprennent: devant une école, un restaurant, une mosquée, une administration…
Bref, là où il ne faudrait pas, pour mille et une raisons. Ces bacs sont souvent débordés, boiteux, jamais sur les roues dont on les a dotées, sales, repoussantes de vue et d’odeurs. Pour un pays qui vit dans bien des domaines dans ce vingt et unième siècle et où ses enfants, filles et garçons, grimpent allègrement sur les podiums du monde entier dans bien des domaines, sportif, espace, artistique, gastronomique, agricole, etc., ce n’est pas bien glorieux.
Un toilettage régulier
Il nous semble qu’il faudrait tout d’abord supprimer ou poser ces conteneurs là où ils devraient être, des endroits loin d’un certain nombre d’activités. Ils devraient servir pour prendre en charge les déchets et ordures des retardataires, dont on n’a pas enlevé les ordures au pied de la porte comme cela se faisait dans le temps, à des heures régulières, qu’il vente ou qu’il pleuve.
Il y a dans un certain nombre de cités ces rondes, mais il s’avère qu’elles sont insuffisantes. Le nettoiement devrait être plus fréquent et les sanctions pour ceux qui jettent n’importe où leurs déchets pour que l’on sache que les saletés menacent la santé de tout le monde.
Depuis que l’on a «organisé» les services de nettoiement, on enregistre souvent des réactions collectives de ces braves hommes, pour des raisons que seuls les responsables connaissent. L’enlèvement est suspendu ou repoussé pour des heures impossibles. Cela se traduit par des répercussions négatives sur cette image de propreté que l’on veut donner.
C’est la raison pour laquelle ces «campagnes» sont positives dans la mesure où on en fera une mobilisation collective de toute une ville pour conforter une politique et non pour provoquer un simple mouvement de foule sans lendemain.
Organiser les rondes au moins deux fois par jour à des heures fixes, éviter les ratés pour prévenir l’amoncellement des déchets et encourager les chiens et chats errants de les disperser, mettre en place des rondes de contrôle pour dégager les chaussées et les trottoirs défigurés par la pose d’obstacles d’appropriation d’espaces de manière indue semblent des urgences.
Et il y a certainement d’autres actions à entreprendre pour faire de nos cités et de nos villes des endroits propres et présentables.
Des actions à entreprendre, tout en assurant le suivi sur le terrain et non dans le silence feutré des bureaux.



