Culture de la fraise : Le Cap Bon, fief de la “Belle Rouge”
Peu calorique et riche en vitamine C, la fraise est un «faux fruit» rouge disponible dès le mois de mars en primeur, puis d’avril à septembre selon les variétés, Ce super aliment peu énergétique (il ne contient pratiquement pas de lipides ni de protéines et ne comporte que très peu de glucides, Ndlr) est composé à près de 90% d’eau, faisant de lui l’un des aliments les plus recommandés pour le bien-être de notre santé. Gros plan.
La Presse — De Beni Aichoun à Korba passant par Tazarka, Ghardaya et Somaâ, la fraise prend racine dans nos contrées dans les vergers du Cap Bon, faisant de cette péninsule son fief avec 95 % de la production nationale. Souvent surnommée la «Belle Rouge», la fraise est aussi un symbole culturel, représentant parfois l’amour, et se trouve au cœur de la gastronomie et des gourmandises.
Un super aliment aux mille et une vertus
Riche en vitamine C — une portion de 150 g contient 80 mg de vitamine C, soit l’apport journalier recommandé (AJR) pour un adulte et qui permet de stimuler le système immunitaire —, également, source de vitamines A, B et B9, et peu énergétique (33 calories pour 100g de fraises, Ndlr); certes, la fraise est très prisées dans nos desserts pour son goût et ses saveurs, mais incarne aussi un super aliment aux mille et une vertus :
• Anti-cancer : ses agents anti-oxydants (notamment l’acide ellagique) permettent de lutter contre les radicaux libres responsables de la formation des cellules cancéreuses.
• Protège les yeux : ses propriétés anti-oxydantes permettent, également, de prévenir contre la formation de la cataracte.
• Anti-vieillissement des cellules et anti-rides : ses agents antioxydants permettent de lutter contre vieillissement cellulaire et la formation des rides à travers la formation du collagène, responsable de l’élasticité de la peau.
• Stimule le système immunitaire
• Laxative et diurétique
• Anti-mauvais cholestérol
• Lutte contre l’hypertension
• Renforce la santé prénatale
• Aide à perdre du poids
Sur le plan botanique, il s’agit d’un « faux fruit », le réceptacle charnu de la fleur, tandis que les véritables fruits sont les petits akènes (grains) à sa surface.
D’ailleurs, la fraise moderne — comme on la connaît aujourd’hui sur nos étals — est issue du croisement au XVIIIe siècle entre deux variétés américaines, notamment la Fragaria chiloensis ramenée par Amédée-François Frézier, tandis qu’auparavant, seule la petite fraise des bois était consommée.
La «Florida Fortuna», dite «Radiance» : reine des étals tunisiens
Au moins 14 variétés de fraisiers sont inscrites dans le registre officiel des plantes cultivables par de l’agriculture tunisienne :
– Tudnew (depuis 2003)
– Camarosa (depuis 2005)
– Sabrosa (depuis 2005)
– Tudela (depuis 2005)
– Sweet Charlie (depuis 2005)
– Carmela Suriano, dite «Caramella» et parfois orthographiée «Carmella» (depuis 2006)
– Macarena (depuis 2007)
– Cristal (depuis 2009)
– Savana, orthographiée aussi « Savanna » (inscrite depuis 2010) : une variété espagnole de fraisiers développée par l’objecteur Planasa, reconnue pour sa précocité et sa productivité, avec une bonne tolérance aux maladies du sol.
– Florida Fortuna, dite «Florida Radiance», et commercialisée sous l’étiquette «Florida» ou «Radiance» (FL 01-116, inscrite depuis 2011) : un cultivar précoce et très productif, développé par le programme d’amélioration génétique de l’Université de Floride (États-Unis, 2008) et diffusé par «Ekland Marketing Company de Californie (EmcoCal).
– Charlotte (depuis 2011)
– Mara des bois (depuis 2011)
– Sabrina (depuis 2012)
– Amiga (depuis 2015)
«Ces dernières années, deux variétés de cultivar ont donné satisfaction dans le Gouvernorat de Nabeul : la «Florida Fortuna», commercialisée sous le nom de «Radiance», importée de Californie, ainsi que la variété espagnole «Savana».
Contrairement à la «Camarosa», la «Radiance» et la «Savana» ont des rendements élevés dès le début de saison. Elles sont largement cultivée au Cap Bon pour leur fermeté, leur couleur rouge brillant et leur goût sucré, ce qui en fait deux leaders sur le marché de la fraise précoce, fait savoir Faouzi El Wailii, agriculteur possédant une parcelle de deux hectares de fraises dans la localité de Somaâ.
«Très productive, avec une production groupée et une bonne précocité, la «Radiance» est actuellement la plus prisée par les agriculteurs car elle est modérément résistante à la pourriture du collet (Colletotrichum) et aux pourritures des fruits, mais sensible à la pourriture du collet par Phytophthora. Elle est également idéale pour la cueillette car elle possède un port de plante ouvert avec de longs pédicelles. De plus, la «Radiance» est très adaptée aux climats doux du Cap Bon et surtout à la production hivernale», ajoute-t-il.
Très appréciée par le consommateur tunisien pour sa grande taille, sa forme conique, avec une peau brillante et une couleur rouge vif uniforme, la variété Florida Fortuna, dite «Radiance » présente un excellent degré Brix (teneur en sucres solubles totaux, SST, Ndlr) oscillant entre 6 et 9%.
Une filière sinistrée par les pluies torrentielles de janvier
Toutefois, les récentes intempéries survenues les 19 et 20 janvier dernier ont provoqué des dommages irréversibles : sur les 350 hectares réservés à la culture des fraises, 40 hectares ont été dévastés par les pluies torrentielles et les flots d’eaux, tandis que 200 autres hectares ont subi des dommages à des degrés divers, compromettant gravement la qualité et la production, selon le président de l’Union régionale de l’agriculture et de la pêche (UraP) de Nabeul, M. Imed Bey.
«Les pertes sur mes deux parcelles suite aux inondations de janvier se chiffrent à plus de 40 mille dinars tunisiens. Voilà pourquoi, j’invite les autorités régionales et le ministère de l’Agriculture à mettre en place une stratégie pour que l’agriculteur puisse assurer sa récolte», souligne M. El Wailii.
Il est à signaler que la culture de la fraise est exclue du Fonds de lutte contre les catastrophes et calamités naturelles. Cette lacune administrative laisse les producteurs sans bouée de sauvetage, poussant les différents acteurs agricoles à exiger illico presto la mise en place de mécanismes de soutien alternatifs pour éviter l’effondrement de la filière.



