Chedly Abdelly, D-G de l’Agence Nationale de Promotion de la Recherche Scientifique : « Nous visons une recherche à fort impact sur le milieu socioéconomique »
Rencontré en marge de la 10e édition du Tunisia Digital Summit, tenue récemment à Tunis sur le thème «Le triangle Partenariat Public-Privé-Startup pour une innovation accélérée», Chedly Abdelly, directeur général de l’Agence nationale de la promotion de la recherche scientifique (Anpr), est revenu sur le rôle central de la recherche collaborative dans l’accélération du développement. Un chaînon manquant indispensable à la transformation du potentiel académique tunisien en véritable moteur de création de valeur.
Une bonne nouvelle vient de tomber : l’Université de Sfax est entrée, dimanche dernier, au Guinness des records, grâce à 300 étudiants qui ont réussi à concevoir et créer, de bout en bout, une start-up en seulement trois heures. Qu’en pensez-vous ?
Ce qui a été réalisé par l’Université de Sfax est une grande fierté. Cela témoigne, une fois de plus, des potentialités extraordinaires de nos jeunes Tunisiens et de la qualité de nos compétences. Bravo et toutes nos félicitations.
Lors du panel, il a été largement question du fossé entre la recherche académique et les besoins des acteurs socioéconomiques. Une certaine dynamique d’innovation semble aujourd’hui émerger dans ce sens, mais elle demeure insuffisante. Par quels mécanismes le rapprochement entre ces deux sphères serait-il possible ?
Il est clair que la valorisation des résultats, le transfert technologique et l’innovation constituent une priorité absolue de premier rang. Ils représentent un pilier essentiel du développement économique de notre pays. Certes, plusieurs initiatives existent au sein de différents ministères pour soutenir les porteurs de projets innovants et encourager la valorisation de la recherche. C’est un point positif. Mais ce qui est encore plus intéressant, c’est d’assurer une coordination et une complémentarité entre ces différentes initiatives. Parce que dans certains cas, on souffre un peu d’une certaine dispersion. Nous disposons de moyens qu’il est nécessaire de canaliser. Il y a des priorités pour le pays. Il faut s’orienter vers ces priorités, en termes de formation, parce que nous souffrons du manque d’employabilité des jeunes diplômés. Il est donc impératif de repenser les parcours de formation en partant des besoins. Et aussi, lorsqu’on parle de recherche— c’est vrai que je suis chercheur et je croyais en la liberté académique—, le plus intéressant, aujourd’hui, est de partir d’une recherche qui tient compte des problématiques d’une région ou bien du pays. Parce que nous aspirons à une recherche impactante, une recherche qui a de l’impact sur le milieu socioéconomique, en termes de création de valeur ajoutée et de nouvelles occasions d’emploi.
Aujourd’hui, la recherche et développement s’impose comme un catalyseur de croissance pour les entreprises et pour l’économie d’une manière générale. Alors est-ce de la responsabilité des entreprises d’oser investir dans la recherche et développement ou c’est à l’Etat d’initier cette dynamique ?
On peut dire que la responsabilité est partagée. Toutefois, il est important de rappeler que notre tissu socioéconomique est majoritairement composé de petites et moyennes entreprises. Dans la plupart des cas, ces entreprises ne disposent pas de cellules de recherche et développement. Or, ces structures sont essentielles : si l’on souhaite développer une recherche collaborative, les entreprises doivent être en mesure d’y participer activement. Ce sont ces cellules qui permettent d’établir des passerelles avec les centres de recherche.
Par ailleurs, les entreprises manquent également de cellules de veille scientifique et technologique. C’est dans ce contexte que, au niveau de l’Agence nationale de promotion de la recherche scientifique (Anpr), nous avons mis en place le dispositif «MobiDoc». Celui-ci permet à des docteurs d’intégrer des entreprises pour une durée de deux ans, durant laquelle ils sont pris en charge afin de mener des travaux de recherche appliquée.
L’objectif est qu’à l’issue de cette période, ces profils soient recrutés par les entreprises, contribuant ainsi à structurer de véritables cellules de recherche et développement, ainsi que de veille scientifique et technologique. Enfin, il apparaît également nécessaire de mettre en place des mécanismes d’incitation en faveur des entreprises qui intègrent la recherche et développement dans leurs activités.



