« Le conflit au Moyen-Orient, déclenché en février 2026, n’a pas eu de répercussions immédiates sur le commerce extérieur de la Tunisie, mais un impact à moyen terme demeure, probable », a affirmé Riadh Bezzarga, directeur principal à la Direction centrale approches et études des marchés au Centre de promotion des exportations (CEPEX).
Lors d’une interview télévisée réalisée au studio de l’Agence TAP, le responsable a qualifié les indicateurs du commerce extérieur pour le premier trimestre 2026 de « satisfaisants ». Les exportations tunisiennes ont enregistré une hausse de 6,1% en glissement annuel, dépassant le seuil des 16 milliards de dinars, a précisé Bezzarga, estimant toutefois, que la problématique réside dans l’incertitude liée à la durée du conflit.
« Si la guerre persiste, le prix du baril de pétrole, initialement fixé à 95 dollars, pourrait atteindre, voire dépasser, les 110 dollars. Un tel scénario contraindrait la Banque mondiale (BM) à revoir de nouveau ses estimations à la baisse », a-t-il expliqué.
Face à cette situation, deux scénarios se présentent, selon le responsable. Soit une cessation des hostilités au Moyen-Orient, favorisant une reprise économique mondiale, soit une poursuite du conflit qui fera de 2026 une année économique particulièrement difficile.
Dans le même contexte, Bezzarga a rappelé que le conflit survenu au Moyen-Orient, a quelque peu tempéré les prévisions initiales ambitieuses de la BM, en termes de croissance.
L’Institution de Bretton Woods, a, en effet, révisé à la baisse ses prévisions, estimant désormais la croissance mondiale à 3,1% contre 3,3% prévu initialement. Cette révision est due à une régression significative de la croissance au Moyen-Orient, laquelle est passée de 4,2% à 1,8%.
De même, la croissance en Europe, principal partenaire économique de la Tunisie, reste atone, avec une estimation globale de seulement 1,1%.
S’agissant de la Tunisie, les prévisions du Fonds monétaire international (FMI), dans cette conjoncture internationale incertaine, soulignent que le pays devrait afficher un taux de croissance estimé à 2,1%, contre 2,3%, initialement prévu, alors que les autorités tunisiennes restent plus optimistes tablant sur un taux de 3%.
Analyse des performances sectorielles et géographiques des exportations tunisiennes (T1 2026)
L’évolution des exportations tunisiennes affichent des résultats variables selon les secteurs, a indiqué Bezzarga, en se référant aux indicateurs du commerce extérieur publiés par l’Institut national de la statistique (INS).
Les industries agro-alimentaires ont enregistré une croissance de plus de 16%, portée principalement par l’huile d’olive, dont les ventes ont bondi de 38% pour atteindre une valeur de 2 milliards de dinars.
Le secteur des industries mécaniques et électriques a connu aussi un rythme ascendant avec une progression de 10,6%. Idem pour le secteur de l’énergie qui a enregistré une hausse de 6,2%.
En revanche, certains secteurs ont connu une baisse de leurs exportations. Il s’agit des mines, phosphates et dérivés (chute de plus de 20%), du textile, habillement et cuirs qui ont connu une légère contraction de 5%.
S’agissant de la répartition géographique, l’Union européenne (UE) demeure la destination principale, accaparant 71,5% du total des exportations tunisiennes. Cette progression est perceptible pour les exportations tunisiennes sur les marchés de la France ( +10%), de l’Italie (+ 4%) et de l’Allemagne ( +3,3%) , a indiqué Bezzarga.
En outre, le marché égyptien a enregistré une croissance remarquable de plus de 50%, alors que l’Arabie Saoudite, un marché en plein essor, a connu une croissance des exportations tunisiennes dépassant les 80%, a-t-il encore fait savoir.
Pour la région du Maghreb Arabe, notamment les marchés libyen, algérien et marocain, ils restent des partenaires stratégiques, malgré une légère baisse du volume des exportations enregistré au premier trimestre 2026, a affirmé le responsable.
Pour le marché africain, Bezzarga a évoqué un renchérissement des exportations tunisiennes vers le continent, représentant 10% du total des exportations du pays (6% pour l’Afrique du Nord et seulement 4% pour l’Afrique subsaharienne).
La Tunisie est parvenue, également, à renforcer sa présence en Amérique du Nord (Canada et États-Unis) ainsi qu’en Asie du Sud (Chine et Japon), selon le responsable du CEPEX.
Stratégie et réalisations du plan d’action du CEPEX
Afin d’optimiser les performances des exportations tunisiennes, le CEPEX a élaboré un plan d’action pour l’année 2026, a souligné le responsable. Et d’expliquer que ce programme prévoit des opérations promotionnelles et d’autres spécifiques.
S’agissant des opérations promotionnelles, elles sont au nombre de 67 et portent sur 31 participations à des salons internationaux d’envergure et 36 missions économiques, incluant des déplacements d’hommes d’affaires tunisiens à l’étranger ainsi que l’accueil d’acheteurs et d’importateurs étrangers en Tunisie.
Pour la participation aux salons à l’étranger durant l’année 2026, le CEPEX ciblera 18 marchés et 9 secteurs. Il s’agit de 7 marchés en Europe ( Italie, Espagne, France, , Russie, Allemagne, Pologne ), 6 pays arabes ( Les Émirats arabes unis, la Jordanie, l’Arabie saoudite, la Libye, l’Algérie et le Maroc) et 4 marchés africains, (Sénégal, Nigeria, la république démocratique du Congo, Kenya ), outre le marché brésilien.
En ce qui concerne les missions d’hommes d’affaires tunisiens ou l’accueil des importateurs, le programme vise 10 secteurs et 32 marchés, dont 19 pays de l’Afrique subsaharienne ( Ouganda , Sénégal, Rwanda, Bénin, Nigeria…) , 6 pays en Europe ( Russie, la Biélorussie, l’Italie, Pays-Bas, la Belgique, la Pologne), six pays arabes , (l’Algérie, l’Arabie saoudite , la Libye, le Maroc, le Qatar et l’Irak) et le Canada.
À la fin du mois de mars, le bilan fait état de 23 opérations déjà réalisées, dont 10 participations à des foires et salons, et 6 missions d’hommes d’affaires (Côte d’Ivoire, Kenya, Italie, Sénégal, Pays-Bas et Congo), rappelle encore Bezzarga.
En totalité, le plan prévoit de cibler près de 19 secteurs en 2026, répartis entre des secteurs classiques, relatifs aux cuir et chaussures, textile-habillement, industries mécaniques et électriques, et industries agroalimentaires, ainsi que des secteurs porteurs (émergents), portant sur les Technologies de l’information (TIC), équipements hôteliers et de restauration, enseignement supérieur, formation professionnelle, cosmétique et énergies renouvelables.
Parmi les opérations spécifiques et exceptionnelles programmées durant l’année 2026, figure un premier programme qui accorde une attention particulière à la promotion de l’huile d’olive (conditionnée et en vrac).
En étroite collaboration avec le ministère des Affaires étrangères et le réseau des ambassades, le CEPEX a programmé 30 opérations promotionnelles exceptionnelles dédiées exclusivement à ce produit phare de l’agriculture tunisienne, pour impulser nos exportations, affirme encore le responsable.
Et d’ajouter que le 2ème programme spécifique concerne les rencontres d’affaires « Tunisia Africa Business Meetings – TABM « , dont la 4ème édition, aura lieu les 9 et 10 décembre 2026.
Un nouveau programme d’accompagnement à l’export
Le CEPEX vient de lancer un programme dédié aux entreprises qui n’ont pas encore franchi le pas de l’exportation ou qui rencontrent des difficultés à se lancer à l’international, a annoncé le responsable.
Et de préciser qu’une équipe de spécialistes au sein du CEPEX a été mobilisée pour offrir le soutien et l’encadrement nécessaires aux sociétés désireuses d’élaborer leur première stratégie export.
A cet égard, Bezzarga a appelé les nouveaux exportateurs à commencer par un plan d’action à court terme (sur un an), soit un programme conçu avec l’appui d’un expert, permettant d’évaluer la valeur ajoutée du produit et d’identifier les marchés les plus accessibles.
Pour les moyennes et grandes entreprises, elles doivent s’inscrire dans une vision de long terme (5 à 10 ans), à travers une planification stratégique pour assurer un positionnement pérenne et compétitif, notamment dans un contexte de mutation rapide de l’économie mondiale et de concurrence internationale accrue, a-t-il encore fait savoir.


