Foire internationale du livre de tunis 2026 – Le roman et le cinéma en Tunisie : entre réalité et aspirations : De la difficulté de trouver un terrain d’entente

Nos cinéastes restent frileux lorsqu’il s’agit d’adapter une œuvre littéraire au cinéma. Les cas sont rares et même s’ils existent, les films adaptés à partir d’une nouvelle ou d’un roman sont des courts métrages.
La Presse — Les activités culturelles de la 40e édition de la Filt ont démarré avec un sujet souvent abordé au cours de différentes occasions à savoir la relation entre le roman et le cinéma. Si, à l’étranger, les films les plus célèbres sont des adaptations de romans, en Tunisie, les deux domaines se regardent en chiens de faïence. En effet, nos cinéastes restent frileux lorsqu’il s’agit d’adapter une œuvre littéraire au cinéma. Les cas sont rares et même s’ils existent, les films adaptés à partir d’une nouvelle ou d’un roman sont des courts métrages dont «Une vie meilleure» de Chiraz Bouzidi (2013) d’après la nouvelle de Lassâd Ben Hssin «Aouham Jamila». (Belle Illusion).
Pour ce qui est des longs métrages, depuis «Le fou de Kairouan» de Jean André Kreuzi (1939), il y a eu si peu d’adaptation. On peut toutefois citer «Et demain» (1972) d’après «Et ma part d’horizon» de Abdelkader ben Cheikh et «La nuit de la décennie» de Brahim Babai (1990) d’après le roman de Mohamed Salah Jabri, «Barg Elllil» de Ali Laâbidi (1990) d’après le roman de Béchir Khraïef et, plus récemment, le long métrage intitulé « Wed » du réalisateur Habib Mestiri est une adaptation du roman éponyme « Le dernier rêveur » de Mustapha Ben Ahmed. Il y a lieu d’admettre que la relation entre les deux spécialités n’est pas du tout évidente. Pour comprendre la place que réserve le cinéma à la littérature et évaluer les différents prismes culturels à travers lesquels les cinéastes et les romanciers se perçoivent, cette rencontre placée sous le thème « Le roman et le cinéma en Tunisie entre réalité et aspirations » ouvre le débat sur cette importante thématique en faisant participer des cinéastes et des auteurs tunisiens Kamel Ben Ouanès, Hamadi Arafa, Lassâd Ben Hssin, Samir Zoghbi, Amna Rmili, Fathi Kharrat, Salwa Ben Hfaiedh, Abdelkader Belhaj Nasr et l’Egyptien Bassel Ramsis avec la participation des modérateurs : Ahmed Guesmi.
L’universitaire et écrivaine Salwa Ben Hfaïedh a évoqué son expérience d’écriture du scénario « Nafoura » avec la cinéaste Selma Baccar qu’elle estime fructueuse et différente de l’écriture littéraire. Elle dit avoir appris beaucoup de cette expérience complexe mais motivante qui constitue la première de son parcours d’écrivain, mais qu’il ne s’agit pas dans ce cas précis d’une adaptation. Samir Zoghbi, universitaire à l’Institut des arts et du multimédia, a souligné, pour sa part, que les adaptations littéraires sont rares dans le cinéma tunisien et se comptent sur les doigts d’une main. Les causes sont l’absence d’industrie cinématographique et le manque d’intérêt des cinéastes pour le roman.
Le réalisateur égyptien Bassel Ramsis estime que la majorité des films égyptiens adaptés à l’écran sont de qualité moyenne. Quant au public, il essaie de comparer entre l’œuvre littéraire et le film qui souvent n’ont rien avoir l’un avec l’autre. L’adaptation ne veut pas dire retranscription d’un récit mais plutôt une relecture à partir du point de vue du cinéaste.
Fathi Kharat, ex-directeur général au ministère de la Culture, a fait savoir qu’il y a un manque d’équilibre entre les différents corps de métiers du cinéma : Production, diffusion et exploitation. L’exigüité du marché oriente la profession vers le cinéma d’auteur alors que la production éditoriale est importante mais non prise en compte par les cinéastes.
L’écrivain Lassâd Ben Hssin a révélé que tout roman et nouvelle sont susceptibles d’être adaptés à l’écran. Parlant de son expérience, il a indiqué qu’un roman est réussi s’il est adapté par plusieurs réalisateurs en se basant chacun sur sa propre vision.
Le romancier Abdelkader Belhaj Nasr, qui a collaboré sur un certain nombre de feuilletons télévisés, considère qu’il y a une rupture entre le romancier et le cinéaste. Les adaptations n’ont cours que s’il y a affinité entre les deux sans oublier les difficultés financières qui freinent la collaboration entre l’auteur et le cinéaste. Hamadi Arafa, réalisateur de plusieurs dramatiques à la télévision tunisienne, a posé le problème du budget notamment pour les feuilletons d’époque et la réticence des producteurs pour ce genre de fiction. Il a évoqué son expérience avec l’écrivain Bayrem Tounsi dont il devait adapter l’une de ses œuvres, mais le projet n’a pas vu le jour en raison du manque de moyens financiers.
L’universitaire Kamel Ben Ouanès justifie le peu d’intérêt des cinéastes à l’adaptation littéraire par l’absence d’échanges avec les écrivains, ce qui crée une frontière entre les deux domaines. Cette constatation est générale dans les autres secteurs artistiques, excepté quelques cas isolés. Le contraste est d’autant plus flagrant qu’il est en nette opposition avec la vitalité sans cesse croissante de la production littéraire depuis au moins deux décennies.




