Négociations Iran-USA : des signes de progression tangibles selon Boulbeba Salem

Dans une interview accordée à la Radio nationale, l’analyste politique et écrivain Boulbeba Salem passe au scalpel deux dossiers brûlants. D’un côté, les négociations irano-américaines, dont il décèle des signes tangibles de progression sous garantie russe. De l’autre, la crise malienne, qu’il replace au cœur d’une compétition impitoyable entre grandes puissances pour le contrôle stratégique de l’Afrique. Décryptage sans concession.
L’analyste constate que les pourparlers entre Washington et Téhéran, bien qu’indirects, enregistrent une progression notable. Il observe que les déclarations de Trump en constituent le baromètre : conciliantes lors de percées, menaçantes lors de blocages.
Il accorde une signification particulière aux démarches du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, qui a visité successivement le Pakistan, Oman, puis Moscou. La réception à Oman traduit un enjeu concret : ce pays, qui partage avec l’Iran la gestion du détroit d’Ormuz et entretient les meilleures relations du Golfe avec Téhéran, pourrait jouer un rôle dans la régulation future de ce passage. Oman avait déjà servi de médiateur lors d’un cycle antérieur, avant que Washington n’y mette fin unilatéralement.
Plus significative encore est la réception d’Araghchi par Poutine en personne à Moscou, après une rencontre avec Lavrov. L’écrivain y voit la preuve que des dossiers sensibles requièrent des garanties au plus haut niveau, et que l’Iran cherche à faire de la Russie le garant d’un accord éventuel.
Trois exigences iraniennes non négociables
L’intervenant identifie trois points de blocage : la souveraineté sur le détroit d’Ormuz, la levée du blocus naval américain que Téhéran qualifie de piraterie, et le dossier nucléaire englobant la question de l’uranium enrichi et la suppression des sanctions.
Il ajoute que l’Iran refuse de traiter avec les envoyés de Trump, Witkoff et Kushner, soupçonnés de défendre des positions israéliennes plutôt qu’américaines, constat que partage le politologue John Mearsheimer. Téhéran préférerait négocier directement avec le vice-président JD Vance, perçu comme moins favorable à l’option militaire.
L’écrivain rappelle que Trump a engagé les États-Unis dans ce conflit sans l’aval du Congrès, avant de réclamer deux cents milliards de dollars au Trésor pour le financer. Il souligne qu’à l’exception du lobby pro-israélien, l’ensemble de la classe politique américaine s’oppose au conflit, jugeant qu’il ne répond à aucun intérêt national ni à aucune menace directe iranienne.
Les sondages Reuters créditent Trump de 37 % d’approbation, plombé par la hausse du carburant et l’approche des élections de mi-mandat. Ses alliés traditionnels, Royaume-Uni, Allemagne, France, Espagne et Belgique, ont refusé de s’associer à ce qu’ils qualifient de guerre illégale menée sans concertation.
Mali : la violence comme révélateur d’une rivalité mondiale
Sur le dossier malien, l’analyste identifie deux acteurs derrière les attaques dans le nord du pays : le Mouvement national de libération de l’Azawad, d’obédience touarègue, implanté à Tombouctou, Gao et Kidal, et le groupe djihadiste « Jamaat Nusrat al-Islam wal-Muslimin », affilié à Al-Qaïda. Ces deux forces, antagonistes sur le plan idéologique, se sont coalisées contre le régime du président Goïta, au pouvoir depuis le coup d’État de 2020.
L’accord d’Alger comme ligne de fracture
L’écrivain rappelle qu’en 2023, Goïta s’est affranchi de l’accord d’Alger de 2015, négocié sous l’égide de l’Algérie et des Nations unies pour apaiser les tensions entre les multiples composantes du pays. Il y voit un signal grave, directement à l’origine de la dégradation actuelle. Il cite à cet égard l’abattage d’un drone malien par l’armée algérienne il y a environ un an, signe que des puissances régionales cherchent à déstabiliser l’Algérie depuis ses frontières méridionales.
L’intervenant décrit la bande sahélienne, Mali, Niger et Burkina Faso, comme un espace de rivalité entre grandes puissances. Les coups d’État récents ont mis fin à la prédominance française, remplacée par une présence militaire russe via Wagner. Il affirme que les groupes extrémistes y sont régulièrement instrumentalisés par des intérêts économiques extérieurs, et relie la démarche israélienne en Somalie à cette même logique : après la fermeture de Bab-el-Mandeb par les Houthis, Israël cherche un point d’appui proche du golfe d’Aden via la reconnaissance de groupes séparatistes somaliens.
L’écrivain conclut en alertant sur les répercussions d’une déstabilisation du Mali pour l’Afrique du Nord : crise économique, diversité ethnique et religieuse explosive, groupes armés soutenus de l’extérieur. Si la situation dégénère en guerre civile, la pression migratoire vers l’Algérie, la Tunisie et le Maroc deviendrait, selon lui, incontrôlable. Il place ses espoirs dans l’Algérie, seul acteur régional disposant des réseaux d’influenc





