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Société

Coût du stress urbain : Violence, absentéisme et détérioration de la santé mentale

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  • 1 mai 2026
  • 6 min de lecture
Coût du stress urbain : Violence, absentéisme et détérioration de la santé mentale

Combien nous coûte le stress urbain ? Quelle est la facture à payer — aussi bien de la part de l’individu que de l’Etat — en contrepartie d’un confort citadin, à dominante imparfaite, voire quasi rocambolesque ? C’est que vivre en milieu urbain rime souvent avec chance et privilèges. C’est du moins ce que dénote toute la panoplie de prestations administratives et multisectorielles qui font des villes de petits cosmos regroupant toutes les commodités dont la proximité représente, en outre, un autre détail avantageux qui, en milieu rural, relève souvent de l’utopie.

La Presse — Cependant, dans cet environnement social et économique conçu — normalement et généralement — pour apporter à l’individu et à la communauté le confort dont ils ont besoin pour s’épanouir, tout converge vers le stress ! Ce dernier revient non seulement au rythme frénétique de la vie moderne mais aussi aux défaillances qui accablent toutes les prestations sectorielles, sans exception aucune ! Du coup, le coût du stress urbain incite à la réflexion et à l’analyse.

Interpellé sur le sujet, Abdelsattar Sahbani, sociologue, souligne l’importance majeure du coût social. Pour bénéficier du confort urbain, l’individu déverse beaucoup d’argent. Plus il paie, plus son accès au confort devient aisé. «L’individu paie pour habiter en milieu urbain. Pour ce, il doit payer un loyer. Ce dernier varie selon l’emplacement de l’habitat, de son standing. Pour bénéficier du confort, il doit payer plus d’argent. D’autres optent pour l’achat d’appartements ; une acquisition qui implique le recours aux crédits bancaires. Ceux-là risquent de passer leur vie à payer le crédit sans pour autant vivre dans le confort vu que la majorité des appartements sont étroits», explique Sahbani.

Un toit : une nécessité qui coûte cher

Vivre à l’étroit mais aussi dans la promiscuité. Dans certains quartiers, les maisons ressemblent plus à des  «oukalas» ou habitations collectives. Loin d’être un choix, partager le même foyer devient une nécessité pour les personnes à moyens ou encore à faibles revenus. «Et au lieu d’abriter une famille nucléaire, une petite maison devient le toit sûr pour des familles élargies, surtout que les loyers sont inabordables en comparaison du budget familial et de la cherté de la vie», renchérit-il.

Les promoteurs n’en font qu’à leur guise !

Par ailleurs, les prix invraisemblables de l’immobilier incitent à la méfiance, surtout que la plupart des promoteurs immobiliers optent pour des modèles d’appartements rudimentaires en termes de superficies. D’autant plus qu’ils misent sur certaines zones pourtant non urbaines — dont le prix du mètre carré est compétitif — pour y construire des résidences, mettant ainsi les multinationales dans l’obligation de compléter le paysage par des routes et des installations de réseaux d’eau, d’électricité et d’assainissement.  Ainsi, autant de «hics» confèrent aux nouvelles habitations un aspect contrariant et aux villes, un air opprimant et stressant.

Des commodités… incommodantes !

L’inconfort du logis se trouve aggravé par d’autres défaillances qui donnent au milieu urbain un aspect tyrannique. Le sociologue attire l’attention sur les commodités incommodantes. C’est le cas, par exemple, du transport en commun, de l’état des routes, de l’invasion quartiers résidentiels par les commerces et ce qui s’ensuit de pollutions diverses. «L’encombrement et l’intrusion des commerces dans les quartiers résidentiels produisent plusieurs formes de pollution, à savoir solide, atmosphérique, linguistique et sonore. C’est dire à quel point une telle situation risque de nuire à l’environnement, aussi bien naturel que social», indique Sahbani. Il évoque, par ailleurs, le cycle stressant des exigences socio-économiques des ménages.

Le cycle infernal des dépenses évènementielles

En effet, face à la cherté de la vie, le Tunisien suit, de surcroît, l’alternance des évènements de consommation. Une fois le Nouvel An célébré, il doit  s’apprêter à faire face aux dépenses ramadanesques et celles relatives aux préparatifs de l’Aïd el-Fitr. Puis, arrivent les dépenses nécessaires à l’Aïd el-Idha, puis celles des vacances… L’été rime souvent avec la célébration d’heureux évènements et donc de dépenses parfois colossales, sans oublier les factures souvent gonflées, d’eau et l’électricité…Deux mois de répit, et voilà que la rentrée scolaire pointe le nez! «D’un côté, on a des besoins qui excèdent de loin nos moyens. D’un autre côté, nous sommes en plein dans un cycle de consommation ; une véritable série d’accumulation d’évènements nécessitant des dépenses ponctuelles importantes ; le tout, poursuit M. Sahbani, dans un contexte marqué par une cherté de la vie insupportable».

Les répercussions du stress urbain

Toutes ces composantes du milieu urbain sont — intrinsèquement — des composantes du stress urbain. Ce dernier se manifeste par trois principaux phénomènes, tout aussi redoutables l’un que l’autre : la violence, l’absentéisme et le manque de rendement au travail ainsi que la détérioration de la santé mentale. Le sociologue pointe du doigt la recrudescence de la violence urbaine, laquelle se traduit par la violence verbale, l’irritabilité et par les délits. «Récemment, des chiffres ont été révélés sur l’absentéisme au travail. L’on estime que la Tunisie perd, annuellement, pas moins de deux millions d’heures de travail. 60% des absences reviennent à des problèmes de santé. Et cela traduit un mal d’être : si l’on n’est pas bien chez soi, on ne peut l’être ailleurs», explique Sahbani. D’où l’impératif d’élaborer les statistiques relatives à la santé mentale en Tunisie.

Manifestement, le coût du stress urbain dépend de la qualité de vie. Plus la qualité de vie – et les conditions de vie — sont moindres, plus le coût du stress urbain — et des solutions en réponse à ce problème –augmentent !

Débat national et gouvernance locale

Le sociologue recommande certaines solutions à même de remédier à la situation. Il appelle à donner aux collectivités locales le poids qui leur convient. Il est grand temps, à son sens, d’accorder aux municipalités les prérogatives nécessaires en veillant, évidemment, sur le contrôle de ces structures. La transparence dans la gouvernance locale constitue un critère indiscutable pour garantir la fiabilité des actions. «Enfin, il faut appliquer la loi en matière de gestion du paysage urbain et de sauver les anciens quartiers du délabrement et des phénomènes sociaux néfastes qu’ils vivent. Pour ce, un débat national s’impose et urge», conclut le sociologue.

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Auteur

Dorra BEN SALEM

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