Les précipitations exceptionnelles de la saison 2025-2026 ont considérablement amélioré le niveau de remplissage des barrages, offrant des perspectives rassurantes à l’approche de la saison estivale.
Depuis le début de l’année hydrologique le 1er septembre, les apports cumulés ont atteint environ 1,56 milliard de mètres cubes, un volume nettement supérieur à la moyenne des dernières années. Cette pluviométrie abondante a permis aux principaux ouvrages hydrauliques du pays de retrouver des niveaux conséquents.
Les barrages du Nord, qui concentrent l’essentiel des ressources en eau de surface, affichent ainsi un taux de remplissage avoisinant les 78 %, a relevé l’expert agricole Aniss Ben Rayana lors de son intervention à la radio. Dans la région du Cap Bon, la situation est encore plus favorable, avec des retenues atteignant jusqu’à 98 % de leur capacité. Certains ouvrages, à l’instar de celui de Beni Mtir, ont même dépassé leur seuil maximal, contraignant les autorités à procéder à des lâchers d’eau contrôlés afin d’éviter tout risque pour les infrastructures, en procédant à leur transfert vers d’autres ouvrages hydrauliques.
Cette amélioration notable devrait garantir une alimentation stable en eau potable durant l’été, période traditionnellement marquée par une hausse de la consommation, sans craindre de coupures d’eau, notamment dans la région du Cap Bon. Cependant, cette embellie reste inégalement répartie sur le territoire. Les barrages du Centre continuent d’afficher des niveaux préoccupants, avec un taux de remplissage ne dépassant pas 13 %. Le barrage de Nebhana, en particulier, est quasiment à sec. Or, ces réserves sont cruciales pour l’irrigation des régions du Sahel, de Kairouan et de Sfax, où l’agriculture dépend fortement des apports en eau.
Pour atténuer ces disparités régionales et renforcer la sécurité hydrique, la station de dessalement de Sousse a été raccordée au réseau national de distribution de la Sonede, ce qui permettra de réduire la pression sur les ressources du Nord, tout en assurant un approvisionnement plus équilibré.
Autre défi de taille : les pertes liées à l’évaporation. Une part non négligeable des volumes stockés dans les barrages est susceptible de s’évaporer durant les mois d’été, en raison des températures élevées, souvent supérieures à 40°C dans certaines régions. Selon les experts, ces pertes peuvent atteindre plusieurs dizaines de millions de mètres cubes chaque année.
Face à cet enjeu, des solutions techniques et environnementales sont à l’étude, telles que l’ensemencement artificiel des nuages au-dessus des ouvrages hydrauliques, la couverture partielle des retenues, l’utilisation de films anti-évaporation ou encore l’optimisation de la gestion des lâchers d’eau.
Si la situation actuelle est rassurante, la nécessité d’une gestion durable des ressources hydriques s’impose alors que les épisodes de sécheresse tendent à devenir de plus en plus fréquents à cause des changements climatiques.
Imen HAOUARI

