Crédit sans intérêts de 10.000 dinars : Des bénéficiaires ciblés
Présenté dans un premier temps comme une opportunité élargie d’accès au financement, le programme de crédit sans intérêts de 10.000 dinars lancé par le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle a rapidement suscité un vif intérêt auprès des Tunisiens. Dans un contexte économique marqué par des difficultés d’accès au crédit et une inflation persistante, nombreux sont ceux qui y ont vu une bouffée d’oxygène pour concrétiser un projet ou relancer une activité. Mais derrière cet engouement initial, des précisions sont venues redéfinir les contours du dispositif, désormais réservé à une catégorie bien spécifique : les personnes porteuses de handicap.
La Presse — Lors de son intervention dans l’émission « En 60 minutes », Jihane Serioui, directrice des finances et des partenariats à la Direction générale des initiatives spéciales, a clarifié plusieurs conditions d’éligibilité. Le crédit, plafonné à 10.000 dinars, est accordé sans intérêt, sans garantie et sans exigence d’apport personnel. Il est remboursable sur une période pouvant aller jusqu’à huit ans, incluant un différé de deux ans. Toutefois, ce financement est strictement encadré : il est exclusivement destiné aux personnes porteuses de handicap qui sont dûment enregistrées au programme, dans le cadre de la création de nouveaux projets ou à l’extension d’activités existantes, excluant toute utilisation à des fins de consommation ou de rénovation.
Conditions strictes
Autre précision de taille : les bénéficiaires doivent impérativement être inscrits au registre des personnes handicapées auprès du Bureau de l’emploi et du travail indépendant. De plus, les personnes déjà engagées dans des crédits bancaires ou en situation de litige avec la Banque centrale sont automatiquement exclues du dispositif.
Si ces clarifications permettent de mieux cerner les objectifs du programme — favoriser l’inclusion économique des personnes handicapées — elles ont également nourri un sentiment de confusion chez une partie du public, qui pensait initialement pouvoir y prétendre. Cette communication évolutive interroge sur la manière dont l’information a été diffusée, et sur l’écart entre la perception initiale et la réalité du dispositif.
Par ailleurs, plusieurs zones d’ombre persistent. Le ministère n’a pas encore communiqué le nombre de bénéficiaires potentiels ni l’enveloppe globale allouée à ce programme. Des interrogations subsistent également quant aux critères de sélection, aux mécanismes d’accompagnement des porteurs de projets, ou encore à la répartition géographique des financements.
Inscriptions jusqu’au 20 mai
Dans son communiqué officiel, le ministère a annoncé l’ouverture des inscriptions du 27 avril au 20 mai 2026, exclusivement via une plateforme numérique dédiée. Une démarche qui, si elle s’inscrit dans une logique de modernisation administrative, pourrait toutefois poser des défis d’accessibilité pour certains publics concernés.
Au-delà de ses ambitions sociales, ce programme met en lumière les attentes croissantes des Tunisiens en matière de financement inclusif et transparent. Entre volonté affichée d’accompagnement et manque de visibilité sur certains aspects clés, le crédit sans intérêt de 10.000 dinars apparaît aujourd’hui comme une initiative prometteuse, mais encore incomplètement définie.
