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TunePay : la Tunisie se dote d’un label national pour unifier et crédibiliser le paiement mobile

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  • 8 mai 2026
  • 4 min de lecture
TunePay : la Tunisie se dote d’un label national pour unifier et crédibiliser le paiement mobile

Intervenant sur les ondes de RTCI le 8 mai 2026, Mohamed Nekhili, professeur universitaire et expert en droit bancaire, a décrypté le déploiement de TunePay, le nouveau label national imposé par la Banque Centrale de Tunisie ( BCT) à l’ensemble des acteurs du paiement mobile. Derrière l’uniformisation graphique, c’est une stratégie en trois volets que poursuit la BCT : éradiquer la fragmentation du marché, bâtir la confiance des citoyens et accélérer la fin du tout-cash. Mais sur les commissions, les usagers ne doivent nourrir aucune illusion.

L’adoption de TunePay est une obligation réglementaire pour l’ensemble des acteurs de la place, assortie d’exigences techniques que chaque établissement devra respecter. Mohamed Nekhili rappelle le contexte qui a rendu cette décision inévitable : le secteur du paiement mobile en Tunisie souffrait d’une fragmentation structurelle, chaque banque et chaque opérateur imposant son propre design et ses propres codes visuels, semant la confusion chez l’utilisateur. TunePay est la réponse de la Banque Centrale à cette cacophonie. L’expert insiste : il ne s’agit pas d’un simple logo. Avant tout, c’est une identité visuelle nationale unifiée, un repère graphique commun, immédiatement compréhensible et rassurant pour le consommateur.

Un déploiement sans délai butoir, mais sous contrôle strict

La BCT n’a fixé aucun délai butoir explicite ni trente jours, ni échéance de fin d’année. Ce qu’elle exige, précise Mohamed Nekhili, c’est un déploiement couvrant l’ensemble du réseau et des canaux digitaux, dans une logique davantage qualitative que quantitative. L’intervenant souligne que la BCT insiste sur la nécessité d’accompagner ce déploiement d’une communication ciblée, afin que le label devienne un véritable jalon de référence pour les usagers et non un simple affichage. Les établissements avancent donc à leur propre rythme, mais sous le contrôle attentif de la BCT, qui veillera à ce que l’uniformisation soit pleinement effective.

Non. L’expert est catégorique : TunePay n’est pas et ne sera pas un levier de baisse des commissions. Mohamed Nekhili appelle à une distinction fondamentale : le label est un outil de marketing et d’uniformisation il ne touche en rien au modèle économique du paiement mobile. Les commissions demeureront régies par les contrats conclus entre les banques, les commerçants et les réseaux de cartes. C’est une circulaire distincte, annoncée lors de l’adoption de la loi relative au chèque et toujours attendue, qui devrait plafonner l’ensemble des commissions bancaires.

Trois objectifs stratégiques derrière l’opération

L’intervenant identifie trois objectifs majeurs. Premier objectif : éliminer la fragmentation. Le marché tunisien est morcelé, avec des portefeuilles électroniques qui ne partagent pas toujours le même langage visuel ; TunePay constitue un premier pas vers une interopérabilité renforcée. Deuxième objectif : bâtir un réflexe de confiance durable. Les Tunisiens restent frileux face au paiement digital ; en imposant un label unique certifié par la Banque Centrale, celle-ci adresse un message clair : là où TunePay est affiché, l’environnement est sécurisé et fiable. Troisième objectif : accélérer la généralisation du paiement mobile. Mohamed Nekhili rappelle que les chiffres sont éloquents en 2025, les transactions mobiles ont bondi de 81 % pour atteindre 8,4 millions mais que l’usage du cash progresse lui aussi. En offrant un signal simple et universel, la BCT entend faire basculer la Tunisie vers une économie moins dépendante du cash.

Mohamed Nekhili juge cette crainte légitime et l’estime fondée sur un point de vigilance majeur. Il reconnaît que le risque de verrouillage existe : si l’utilisation du label est conditionnée à une adhésion obligatoire au système de la SMT, cela pourrait ériger une barrière à l’entrée pour les fintech indépendantes. Toutefois, l’expert nuance : le label en lui-même n’est pas un monopole. Sa lecture est que la BCT est consciente de cet enjeu et entend précisément utiliser TunePay comme levier pour exiger de la SMT qu’elle joue le rôle d’un guichet ouvert, transparent et accessible à tous les acteurs agréés. Dans ce cas de figure, le label pourrait au contraire favoriser l’innovation, en offrant aux fintech une porte d’entrée standardisée à l’image de Flous, qui a déjà obtenu l’agrément de la BCT. Toutes les fintech candidates devront intégrer la charte visuelle TunePay dans leur dossier. L’intervenant reconnaît que ce point ne fait pas l’unanimité : certains plaident pour une ouverture totale du marché, d’autres privilégient la centralisation au nom de la sécurité des données.

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Auteur

La Presse

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