Faouzi Benzarti gagne le titre de champion avec le CA pour la seconde fois : L’inoxydable gagneur !
Photo : © Mokhtar HMIMA
À 75 ans, le vétéran entraîneur a réussi à bien mener sa barque malgré tous les handicaps. Un CA pas séduisant, mais gagneur à l’image de Benzarti, de loin l’entraîneur tunisien le plus doué.
La Presse —Gagner un derby à 10 joueurs et sur un but in extremis face à l’EST qui recevait et rafler le titre de champion, c’est un exploit au sens propre du mot. Le CA est champion de Tunisie 2025-2026, l’histoire le retiendra pour deux raisons : c’est un titre très précieux, compte tenu de l’intersaison agitée et des problèmes financiers et administratifs, et aussi parce que derrière ce sacre il y a un entraîneur qui sait gagner dans tous les contextes, Faouzi Benzarti. On a affirmé que c’etait le derby des joueurs, les vrais acteurs sur le terrain, mais on a dit aussi que c’etait le derby des entraîneurs. Et, Benzarti a été largement supérieur à Beaumelle, il n’y a pas photo. Le vieux briscard connaît très bien ce genre de matches, aime ces défis et savoure les victoires quand personne n’y croit vraiment. Mentalement, et collectivement, le CA était meilleur que l’EST. Il a été appliqué, il a verrouillé le jeu de l’EST. Sans être dominateur (le match avait un enjeu fou), mais sans être dominé à part la fin du match et avec un joueur en moins, l’équipe de Benzarti a été patiente, résiliente, et, à l’image de son entraîneur, elle a fait le break à un moment fatal. Depuis cette seconde mi-temps contre le ST, Benzarti a réussi à secouer ses joueurs, à les transcender. Idem pour le parcours : l’entraîneur clubiste a pris les rênes deux semaines avant le début du championnat. Il a repris une équipe désorganisée, mal préparée (l’intenable Mohamed Sahli !), et, malgré cela, il a joué les premiers rôles du début jusqu’à la fin. Malgré une défaite face à l’ESZ et à l’ESM et deux nuls contre le CSS et l’ASS à Radès (dus en grande partie au manque de concentration et à une préparation tronquée), Benzarti est resté au sillage de l’EST et profité de ses faux pas au retour pour s’emparer de la tête du classement. Avec un effectif riche dans certains postes et limité dans d’autres, avec des blessures redondantes et avec une pression folle des supporters et les problèmes de trésorerie, le CA est resté debout grâce à des vestiaires unis et un maître à bord qui savait quoi faire. Aussi simple que cela. Le titre ne s’est pas joué seulement au derby retour, mais durant toute la saison. A aucun moment, le coach clubiste n’a perdu espoir. Son tempérament obstiné et de feu, ses choix parfois têtus et controversés finissent par lui donner raison à terme.

Le parallèle avec 1990
Lors de l’intersaison 1989-1990, Ferid Abbes, président du CA, fait le pari de confier l’équipe, maudite depuis 10 saisons, à un jeune entraîneur qui s’appelle Faouzi Benzarti. Lauréat avec l’Etoile, mais sous la protection de Chettali, ce jeune entraîneur, qui venait de battre le CA la saison d’avant à El Menzah avec le SRS, n’avait pas le standing d’aujourd’hui. Le CA de cette époque était en transition : d’anciens joueurs comme Amdouni, Mhaissi, Fessi, Mehri et Tayech, quelques jeunes de l’équipe nationale juniors 1985 comme Abdelhak, Yaâkoubi et Touati sans oublier la révélation Faouzi Rouissi, étaient encadrés par un entraîneur novateur qui jouait la zone, le pressing et qui aimait le football offensif. Et cette saison- là, le ST, une équipe séduisante (Herguel, Ben Jaballah et les autres), l’EST tenante du titre avec ses stars Tarek Dhiab, Ben Yahia, Abid, Jeridi, Zico, avaient 13 points d’avance sur le CA. Et comme le champion est celui qui le plus long souffle, le CA surgit de nulle part, profitant de la baisse des deux concurrents. Et comme avant-hier, c’est au derby contre l’EST que le CA de Benzarti revient de loin. Un inoubliable derby où Jamel Tayech, ex-gardien de la JSK, repousse un penalty de Ben Neji avant que Abdelhak ne transforme le penalty de la victoire. Tayech en 1990, Chamekh en 2026, les grands gardiens font les grandes équipes. Et les grands entraîneurs savent jouer cette carte. Le raz-de-marée humain au dernier match face à l’ASM ressemble beaucoup à celui d’avant-hier. Un titre après plus de 10 ans aussi, et le point commun : un Faouzi Benzarti qui a une histoire de cœur avec le CA. Il a gagné avec l’EST plus tard, avec l’ESS, avec le WAC, mais le CA pour Faouzi Benzarti est une autre histoire.
Même s’il n’a pas réussi chaque fois qu’il est revenu, il avait toujours eu de l’affection et le respect, un impact spécial que seuls les Clubistes connaissent. On peut ne pas l’aimer, on était nous-mêmes très critiques envers ses choix, mais avouons quand même que c’est un gagneur. Un meneur d’hommes. On s’est trompé quand on a dit que c’est un entraîneur terminé. Au contraire, il est inoxydable, infatigable et toujours affamé de victoires. Le football l’aime, les petits détails jouent pour lui, la chance est de son côté, mais pour en arriver là, il faut être un grand entraîneur. Tel un alchimiste, Benzarti a le don d’élever le niveau de ses joueurs (l’exemple de Zaâlouni), il a l’art de motiver ses joueurs, quitte à les maltraiter, à les acculer, et, en fin de compte, il réussit avec eux en tirant le maximum d’eux. C’est Faouzi Benzarti.



