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Economie

10e édition du «Tunisia Economic Forum» : La réforme des circuits de distribution à l’examen

  • 13 mai 2026
  • 6 min de lecture
10e édition du «Tunisia Economic Forum» : La réforme des circuits de distribution à l’examen

Réunis à l’occasion de la 10e édition du « Tunisia Economic Forum », responsables publics et experts ont débattu de la réforme des circuits de distribution agricoles en Tunisie. Entre poids de l’informel, multiplication des intermédiaires et nécessité de digitalisation, plusieurs pistes ont été avancées pour mieux réguler le marché, préserver le pouvoir d’achat et garantir une meilleure rentabilité aux producteurs.

La Presse — Entre l’agriculteur qui se plaint toujours du manque de rentabilité et de la hausse continue des coûts de production et le consommateur qui déplore la dégradation progressive de son pouvoir d’achat, les circuits de distribution sont souvent pointés du doigt comme responsables directs de dysfonctionnements faisant perdurer une certaine amertume des uns et des autres, alors que l’Etat multiplie les actions pour moderniser, organiser et maintenir les équilibres généraux entre les différents maillons de la chaîne.

Des intermédiaires, des taxes…

Cette « épineuse » problématique a été soulevée, mardi 12 mai, à l’occasion de la fête de l’agriculture, marquant le 62e anniversaire de l’évacuation agricole, par l’Institut arabe des chefs d’entreprise (Iace), dans le cadre de la 10e édition du « Tunisia Economic Foru ». Des études à l’appui, l’Iace a proposé, selon une approche systémique, une réforme de la distribution et un plan d’action sur cinq ans (2026-2030), en présence de responsables publics et d’experts qui ont suggéré de nombreuses solutions afin qu’un sursaut puisse être réalisé, sans pour autant recourir à l’exclusion et affecter la dimension sociale et les emplois.

Dans les circuits de distribution des produits frais, pas moins de huit intermédiaires ont été identifiés, intervenant dans la chaîne, depuis la production dans les champs agricoles jusqu’au consommateur final, dont le concessionnaire de vente, le transporteur, le grossiste, le détaillant, etc.

Aussi, 16 taxes ont été énumérées sur l’ensemble de la chaîne, non sans effet sur le prix du produit final, toujours objet de contestation de la part du consommateur. L’idée rapide pour mieux maîtriser les coûts était ainsi de raccourcir cette chaîne avec une réduction du nombre des intermédiaires. Il serait aussi opportun de remplacer l’ensemble des taxes pratiquées par une seule taxe qui est la TVA, comme l’a suggéré Fayçal Derbel, expert en finances et ancien député, lors des débats. Mais la manœuvre n’est pas aussi simple, comme l’a expliqué Mohamed Hédi Inoubli, inspecteur général au ministère du Commerce, qui a présenté l’action et les projets pilotes du ministère pour mieux contrôler la distribution et réduire la fuite dans les circuits informels. Sur le terrain, il existe, au fait, deux circuits de distribution : un circuit légal qui fait l’objet d’une traçabilité et d’un contrôle à tous les niveaux avec fixation des marges bénéficiaires et un circuit parallèle, assimilé généralement à une évasion fiscale, qui échappe au contrôle, à la taxation et à la réglementation en vigueur, mais qui est paradoxalement préféré par certaines catégories sociales aux revenus limités, parce que généralement moins cher. Ce circuit informel évolue pourtant en plein jour et non pas dans le « noir ». Il est soumis juste à une taxe municipale dans les marchés hebdomadaires. M. Inoubli a expliqué que le ministère de tutelle s’emploie toujours à maintenir un certain équilibre, bien entendu, dans le cadre de la loi de l’offre et de la demande, afin de protéger le consommateur, mais aussi afin de ne pas affecter le producteur. Il a souligné au passage l’existence d’une dimension sociale que le contrôle économique prend en considération, afin que tout le monde puisse continuer à travailler dans la légalité. Dans cette optique, il a été rejoint par l’expert Yasser Bououd, affirmant qu’« on ne peut supprimer aucun intermédiaire ! »

Comment faudra-t-il procéder, alors ?

La piste la plus plausible, partagée par plusieurs intervenants, consiste à réduire progressivement l’activité informelle en faveur de l’activité légale et transparente. « Si un intervenant a pris un volume plus important qu’il ne mérite, il doit être ramené à sa place », a recommandé M. Bououd. La digitalisation constitue également une piste incontournable pour la modernisation et le contrôle des circuits de distribution.

C’est d’ailleurs l’un des trois piliers proposés par Ahmed Ben Kheder, présentant l’étude de l’Iace sur la question. Selon l’expert, les deux autres piliers consistent en l’élaboration d’un code spécifique aux circuits de distribution et en l’intégration des intervenants dans un registre officiel et l’attribution d’une carte professionnelle pour chaque intermédiaire.

Lors des débats, un intervenant a exposé un modèle réussi dans certains pays développés, où il n’existe plus de marchés de gros, mais de centrales d’achat et des coopératives, favorisant une meilleure coordination entre la production et la distribution, où les produits frais arrivent emballés, valorisés, sans aucun déchet, mais également à des flux convenus et programmés d’avance pour éviter tout déséquilibre entre l’offre et la demande. La production a été, par ailleurs, citée comme domaine très lié à la distribution qui nécessite également une modernisation et une digitalisation, un intervenant s’interrogeant sur l’existence ou non d’une cartographie agricole ou encore de statistiques exhaustives sur la population agricole ou de qui produit quoi et pour le compte de quelle partie. Les frigos, dont certains sont légaux, d’autres sont clandestins ont été également cités comme maillon important de régulation de l’approvisionnement et des prix, alors qu’ils ne sont pas tous comptabilisés dans les opérations de stockage. Il en résulte des opérations de stockage permettant de mieux gérer les récoltes en cas d’abondance, mais aussi de favoriser la spéculation en cas de pénurie. Un fragile filon de séparation existerait entre les deux. Selon Mohamed-Hédi Inoubli, il suffit de déclarer son frigo et les produits stockés sur une plateforme numérique dédiée pour passer de l’informel au formel et se soumettre à la gestion numérique des flux des produits agricoles frais.

Cette gestion constitue au fait un autre chantier nécessitant une expertise spécifique…

Auteur

Lassâad BEN AHMED

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