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Société

Consommation : Mais où est donc le pain riche en fibres ?

  • 13 mai 2026
  • 5 min de lecture
Consommation : Mais où est donc le pain riche en fibres ?

La campagne pour l’introduction d’une nouvelle farine pour le pain subventionné (baguettes/grands pains), caractérisée par un taux d’extraction de 85 % (contre ~78 % auparavant), plus riche en fibres, vitamines et minéraux (fer, calcium, zinc), a été rondement menée. Cela répond en fait à une logique qui n’est nullement l’apanage de ceux qui ont enfin opté pour cette idée. Vu que cette farine était subventionnée, il fallait trouver l’astuce pour éviter qu’elle ne serve à d’autres usages et… faire quelques économies.

La Presse — Depuis la date annoncée pour l’entrée en vigueur de cette réforme, bien des consommateurs étaient convaincus qu’ils « mangeaient » du pain confectionné avec la nouvelle farine conçue pour ses qualités et son goût irréprochable. Effectivement, il y avait de temps à autre du pain, dont la mie était moins blanche, que celle à laquelle nous étions habitués.

D’autres étaient convaincus du contraire. Ils ne trouvaient pas de différence. Le goût était le même. C’était la même apparence. La mie de pain  parait plus souple.

Jusqu’au jour où  on a posé la question pour en savoir davantage. Le président de l’Otic, interrogé à ce propos, a déclaré à une des stations radio de la place que « la farine a été livrée à tout le monde et si l’on trouve de temps à autre du pain confectionné avec de l’ancienne farine, c’est tout simplement l’écoulement d’un ancien de stock ». Il y a certes des boulangers qui en ont et ne l’utilisent pas prétendant que le pain qu’ils mettent à la vente est « spécial ». Il faudrait le signaler aux autorités qui interviendront rapidement. Le consommateur doit absolument se défendre et ne pas tolérer ces dépassements interdits.

Les excuses  que les boulangers récalcitrants évoquent dénotent une résistance  qui s’explique par l’aubaine que  représentait l’ancienne farine qu’ils détournaient pour d’autres usages plus rémunérateurs : « On n’a pas encore donné cette farine à ceux qui n’ont pas épuisé l’ancien stock de farine blanche ».

Ou tout simplement : « on n’a rien livré et nous recevons toujours la même farine. Quant à la nouvelle farine annoncée, il semble que l’on ait révisé tout le programme. Le programme est remis en question ».

Pour l’Otic,  la  clarification technique constitue une « transformation qualitative » dans la gouvernance du dispositif de compensation, en réduisant les zones grises qui facilitaient jusque-là les détournements.

L’organisation insiste toutefois sur le fait que la réussite de cette réforme dépendra surtout de son application rigoureuse sur le terrain.

Elle appelle à réserver effectivement la farine panifiable à la consommation familiale, avec une interdiction stricte de son usage dans des activités commerciales non concernées par la compensation, notamment les restaurants, les hôtels, les unités industrielles, les activités commerciales privées.

Nous ajoutons que le comportement du consommateur conditionne cette réussite. Il ne doit pas accepter de se faire gruger et se doit de dénoncer les abus.

En effet, certains boulangers n’ont pas encore compris l’intérêt collectif et les sacrifices que la communauté consent pour mettre à sa disposition du pain de bonne qualité au prix que l’on peut considérer comme un des plus bas du monde.

Il n’en demeure pas moins que le bouche à oreille est encore efficace.

Toute cette stratégie ne doit pas  tomber à l’eau et il faudrait tenir compte de l’aversion automatique des consommateurs qui seront difficiles à convaincre de nouveau si les campagnes de ceux qui résistent réussissent.

Pour éviter de perdre tout ce qui a été acquis et notamment la confiance des consommateurs, il y a lieu d’expliquer les causes d’un retard de livraison par exemple ou les raisons qui ralentissent la mise en application. Les réseaux sociaux fourmillent de suppositions et d’explications qui déroutent et créent une ambiance où la sérénité est la chose la moins partagée du monde.

Un puissant lobby

Revenons aux causes de ces bruits et chuchotements. Si tout ce qui a été dit à propos de la qualité et des retombées sur la santé tient encore la route, il faudrait chercher à qui « profite le crime ». Aux pâtissiers parbleu ! Aux boulangeries qui  se servaient de la farine blanche pour en faire des gâteaux vendus à prix d’or et qui se retrouvent sans cette ressource bénie par la compensation bien sûr ! Les milliers de tonnes de farine saisies stockées dans d’obscurs dépôts expliquent en grande partie ce gisement de profits, auquel on veut mettre fin en  tuant le projet nouvelle farine dans l’œuf.

Effectivement, ce lobby est assez puissant pour semer le doute dans l’espoir de faire avorter cette initiative.

Nous pensons quand même que c’est un peu tard,  car la nouvelle farine a réussi à nous fournir un pain qui sent bon. Au même prix et avec plus de bienfaits pour la santé.

Auteur

Kamel GHATTAS

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