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Patrimoine en lumière – Les remparts de Sfax : Un chef-d’œuvre architectural

  • 14 mai 2026
  • 5 min de lecture
Patrimoine en lumière – Les remparts de Sfax : Un chef-d’œuvre architectural

Dominant encore le cœur ancien de Sfax après plus de onze siècles d’existence, les remparts de la Médina demeurent l’un des plus précieux trésors du patrimoine tunisien. Massives et majestueuses, ces murailles ne racontent pas seulement l’histoire d’une ville fortifiée; elles portent la mémoire vivante de générations entières qui ont grandi derrière leurs portes, traversé leurs ruelles et construit au fil du temps l’âme singulière de Sfax.

La Presse — Édifiés vers 849 après J.-C. sous les Aghlabides, durant le règne de l’émir Aboul Abbas Mohammed, les remparts furent conçus pour protéger une cité naissante appelée à devenir un important carrefour commercial et maritime du Sud tunisien. Selon les historiens, la fondation de la médina fut dirigée par Ali Ibn Salem El Bekri. Les bâtisseurs utilisèrent alors des pierres provenant notamment des ruines antiques de Thyna, ancienne cité romano-byzantine voisine, donnant ainsi aux murailles une profondeur historique où se mêlent plusieurs civilisations.

Longues d’environ deux kilomètres, les murailles encerclent la médina dans un tracé presque rectangulaire, rare dans les villes historiques tunisiennes. Leur architecture aghlabide se distingue par une impressionnante sobriété alliée à une grande efficacité défensive. Les murs, élevés en pierre de taille soigneusement assemblée, atteignent plusieurs mètres de hauteur et sont renforcés par des tours de guet rectangulaires réparties à intervalles réguliers. Les créneaux qui couronnent les remparts dessinent encore aujourd’hui une silhouette caractéristique visible de loin.

Les portes monumentales constituent l’un des éléments les plus remarquables de cette enceinte fortifiée. Bab Diwan, tournée vers la mer et les activités portuaires, fut pendant des siècles la grande porte commerciale de la ville, reliant la médina au port et aux échanges méditerranéens. Au Nord, Bab Jebli ouvrait la ville vers les terres intérieures et les routes caravanières. À proximité de la forteresse militaire se trouve Bab El Kasbah, autre accès stratégique lié à la défense de la cité.

Avec l’évolution urbaine de Sfax, de nouvelles ouvertures furent aménagées dans les remparts afin de faciliter la circulation entre la médina et les quartiers modernes, notamment Bab Borj Ennar, Bab Gharbi,  Bab Charki, Bab El Ksar et Bab  Nahj El Bey. Chacune de ces portes a son histoire et son atmosphère particulière, marquant le passage entre la ville ancienne et la ville contemporaine.

À certaines heures du jour, lorsque la lumière dorée du soleil vient caresser les pierres anciennes, les remparts offrent un spectacle saisissant où l’histoire semble encore respirer à travers chaque détail : les ombres glissant sur les tours, les marques du temps visibles sur les blocs de pierre et les silhouettes des anciennes portes qui continuent d’accueillir habitants et visiteurs.

Mais la véritable richesse de ces murailles dépasse leur seule dimension architecturale. Pour les habitants de Sfax, les remparts représentent une mémoire affective profondément ancrée dans le quotidien. Derrière ces murs, se sont développés les souks animés, les ateliers d’artisans, les mosquées et les maisons traditionnelles qui ont façonné l’identité sfaxienne. Les anciennes portes de la médina évoquent encore les souvenirs des promenades familiales, des soirées de Ramadan baignées de lumière, des odeurs de pain chaud et d’épices, ou encore les voix des commerçants résonnant dans les ruelles étroites.

Au fil des siècles, les remparts ont résisté aux invasions, aux bouleversements politiques et aux transformations urbaines. Ils ont traversé les périodes aghlabide, hafside et ottomane sans perdre leur caractère authentique. Aujourd’hui encore, la Médina de Sfax demeure l’une des enceintes fortifiées les mieux conservées du monde arabe, offrant un témoignage exceptionnel sur l’urbanisme islamique médiéval.

Face aux effets du temps et à la pression de l’urbanisation moderne, plusieurs projets de réhabilitation ont été engagés ces dernières années afin de restaurer les sections fragilisées des murailles, consolider les tours et valoriser les accès historiques de la médina. Ces travaux dépassent largement la simple restauration de vieilles pierres. Ils traduisent une volonté de préserver une mémoire collective et de transmettre aux générations futures une partie essentielle de l’identité sfaxienne.

Lorsque le visiteur longe aujourd’hui les remparts au crépuscule, alors que les lumières commencent à apparaître derrière les portes anciennes et que la médina apaise son agitation quotidienne, il comprend rapidement que ces murailles ne protègent pas seulement une ville. Elles protègent une histoire, une âme et un héritage qui continuent de vivre dans le cœur des habitants de Sfax.

Auteur

Samira Hamrouni

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