Dans une étude consacrée à la réforme des circuits de distribution des produits agricoles frais, l’Institut arabe des chefs d’entreprises propose une transformation progressive du secteur sur la période 2026-2030. Porté par une approche systémique, le plan entend moderniser les marchés, intégrer l’informel, digitaliser les échanges et renforcer la transparence, avec l’ambition affichée d’instaurer une «souveraineté alimentaire structurée, transparente et équitable».
La Presse — L’Institut arabe des chefs d’entreprises (Iace) vient de présenter une étude sur la réforme des circuits de distribution, proposant un plan d’action sur cinq ans (2026-2030).
L’étude, présentée par l’expert Ahmed Ben Kheder, dresse un diagnostic de l’existant et propose une réforme systémique déclinée en pistes pratiques de modernisation qui se veulent bénéfiques à tous les intervenants, dont le producteur, le consommateur, le commerçant, ainsi qu’à l’Etat, avec en ligne de mire « une souveraineté alimentaire structurée, transparente et équitable ».
Selon le diagnostic dressé dans le cadre de cette étude, la distribution des produits agricoles frais présente de nombreuses défaillances. Les intermédiaires informels s’accaparent plus de 50 % des échanges, provoquant une distorsion des prix, une évasion fiscale massive, une absence de traçabilité et l’affaiblissement de certaines institutions de l’Etat en rapport avec l’activité commerciale.
Au niveau des infrastructures, l’étude pointe une certaine détérioration due au manque d’entretien, des contrats de concession de très courte durée, un manque d’expertise spécialisée au niveau des municipalités, des abattoirs en dégradation et une carence avérée de systèmes informatiques pour assurer le suivi…
Ce sont, au fait, des insuffisances déjà connues et l’Iace n’apporte pas des éléments nouveaux à ce niveau. La nouveauté réside plutôt dans la démarche proposée pour évoluer, dans l’espace de cinq ans vers des circuits de distribution modernes, valorisants, transparents et bénéfiques pour tous, sans « fragiliser les équilibres économiques et sociaux existants ».
Transformations
Selon le président de l’Iace, Amine Ben Ayed, « les transformations des circuits de distribution ne sont jamais purement techniques. Elles touchent à des intérêts économiques établis, à des habitudes de marché, à des équilibres territoriaux, mais aussi à la relation de confiance entre l’Etat, les opérateurs et les citoyens ».
En conséquence, l’accent est mis sur « la réforme immatérielle, managériale et financière », plutôt que sur la réhabilitation matérielle qui ne constitue que la « coquille », selon l’étude.
Trois piliers sont alors identifiés. Le premier pilier consiste à « professionnaliser » le cadre réglementaire et institutionnel, notamment par l’adoption d’un code spécifique aux circuits de distribution, l’évolution vers des contrats longue durée garantissant une meilleure qualité de service et une stabilité de l’approvisionnement et, enfin, l’établissement de partenariats publics-privés dans la gestion des infrastructures municipales comme les marchés de gros et les abattoirs.
Le deuxième pilier consiste à amener les opérateurs évoluant dans l’informel à rejoindre le circuit légal, moyennant des encouragements à caractère fiscal et social, ce qui se traduirait par un meilleur contrôle des flux de marchandises et, partant, une meilleure maîtrise de l’approvisionnement.
L’ambition serait d’obtenir, à terme, des accords préalables entre les producteurs et les acheteurs, fixant les prix, les volumes et les délais, quoique la production agricole soit littéralement dépendante des conditions climatiques souvent instables d’une année à l’autre, mais qui fait l’objet d’un suivi au niveau de la tutelle agricole…
Enfin, le troisième pilier de la réforme consiste à « raccourcir la chaîne de valeur par le digital et le local », et ce, grâce à une plateforme numérique dite E-marché, favorisant la vente en ligne, sans présence physique, ce qui permettrait de raccourcir les transferts physiques et, forcément, réduire les coûts. En cas d’excédent, le produit pourrait être valorisé au niveau local, soit par la transformation ou par le stockage. La mise en vente sur le marché pourrait ainsi être régulée en conséquence…
Quelles incidences ?
De nombreuses incidences positives ont été identifiées par l’étude.
Au niveau social, les agriculteurs pourraient bénéficier d’une hausse de revenus, ne serait-ce que par la suppression des « intermédiaires superflus » ; le consommateur pourrait espérer une baisse des prix générée par la compression des coûts, avec une garantie plus évidente de sécurité sanitaire et de qualité et, au niveau de la société, le nouveau système favoriserait l’intégration des « travailleurs de l’ombre » et la « réduction de la corruption et des disparités régionales ».
Au niveau économique, l’étude projette une amélioration des recettes fiscales, ne serait-ce que par l’intégration des acteurs de l’activité informelle, l’Etat serait en mesure de mieux contrôler les flux et intervenir à temps dans le cadre de son rôle de régulation.
Aussi, il y aurait moins de pertes et de gaspillage, avec une « rentabilité accrue des investissements » que ce soit dans la logistique ou dans la production agricole elle-même. Le plan d’action, pour ce faire, prévoit trois phases, à savoir la fondation et la préparation (2026), le lancement et l’expérimentation de la plateforme E-marché et de nouveaux contrats de concession (2027-2028) et, ensuite, la généralisation avec le « déploiement national des infrastructures », dont des « Farm markets et des unités de transformation ».
L’étude suggère, in fine, en guise de pré-requis, « un engagement moral soutenu du plus haut niveau de l’Etat », la « mobilisation d’une équipe-projet représentative et multipolaire », « l’implication sans faille de toutes les parties prenantes sur les trois phases », un « alignement total entre l’équipe centrale et les opérateurs locaux » et « une communication réactive, transparente et adaptée au terrain ».
Trop beau…



