Les Clubistes, anciens surtout, qui ont vécu le CA des années 60 et 70, perçoivent autrement ce titre. Nostalgie quand tu nous tiens
La Presse —Évoquer l’histoire et le palmarès du club de Bab Jedid revient, pour les générations nées dans les années 60 et 70, à ouvrir un album de souvenirs où se mêlent ferveur populaire, passion viscérale et nostalgie heureuse. À cette époque, l’amour du rouge et blanc, les couleurs mythiques du Club Africain, relevait presque d’une appartenance affective et identitaire. Dans les ruelles de Tunis comme dans pratiquement toutes les régions du pays et dans les gradins du stade d’El Menzah ou Chedly-Zouiten, le club faisait vibrer toute une jeunesse bercée par les exploits d’une équipe entrée dans la légende.
Ces générations gardent encore en mémoire les noms des géants qui ont façonné l’âge d’or clubiste, dont le gardien mythique Sadok Attouga, véritable rempart et capitaine d’âme, le maestro Nejib Gommidh au milieu, le génial dribbleur Tahar Chaïbi, ou encore Mohamed Naouali, le célèbre «Gouchi», surnommé à juste titre «Cœur de lion». Entre les sacres remportés dès 1963 et la domination prolongée jusqu’à 1980, ces joueurs ont illuminé l’enfance et la jeunesse de milliers de supporters qui continuent aujourd’hui encore à raconter leurs exploits avec des étoiles dans les yeux.
À cette époque bénie, tout semblait sourire au club de Bab Jedid. La relève prit ensuite le relais avec la même faim de victoire et le même attachement au maillot. Le sommet fut atteint au début des années 90 lorsque le Club Africain réalisa un exploit unique dans l’histoire du football tunisien et africain. Une inoubliable quadruple couronne remportée en un laps de temps. Ligue des champions d’Afrique en 1991, championnat de Tunisie et Coupe de Tunisie en 1992, puis Coupe afro-asiatique début 1993. Une épopée historique qui consacra définitivement le club comme l’un des plus grands symboles du football national et continental.
Cette génération dorée pouvait compter sur des talents exceptionnels, tels les frères Rouissi, les frères Sellimi, Magharia, Nasri ou Touati. Les anciens supporters se rappellent encore les cris puissants de Attouga résonnant dans l’enceinte d’El Menzah, des dribbles déroutants de Tahar Chaïbi, de la classe de Taoufik Belghith, milieu aussi élégant que combatif, ou de la solidité défensive d’Ali Rtima. Chaque match ressemblait alors à une fête populaire où le Club Africain incarnait bien plus qu’une équipe. Une fierté collective.
Mais pour les nostalgiques, les années 60 et 70 demeurent incomparables. Les rouge et blanc occupaient les cœurs et les esprits dans une époque où les moyens de communication étaient encore limités. Peu d’images ont immortalisé les scènes de liesse dans les rues de Tunis après chaque trophée remporté. La Télévision tunisienne diffusait difficilement les rencontres dans le cadre de l’émission « Dimanche Sport », mais cela suffisait à nourrir la passion. Le club vivait dans les conversations, dans les cafés, dans les écoles et jusque dans les rêves des jeunes supporters.
Cette grande histoire s’est aussi construite grâce à des entraîneurs devenus eux-mêmes des figures de légende, à l’image d’André Nagy, Jamel Bouabsa, Ameur Hizem, le légendaire Fabio ou d’Ilie Balaci, artisan du quadruplé historique et maître d’œuvre d’une équipe qui fit rayonner le football tunisien à travers l’Afrique.
Et puis, il y a cette image qui résume tout. Celle d’un supporter d’un âge avancé, les larmes aux yeux après le but inscrit face au Stade Tunisien. Une scène saisissante que les caméras de la Télévision tunisienne ont longuement mise en lumière lors de la transmission en direct de ce match, disputé dans le cadre de la phase retour avant le derby face à l’Espérance. Des larmes de bonheur, certes, mais surtout des larmes chargées de mémoire. Car derrière cette émotion surgissent les souvenirs glorieux des générations des années 60 et 70, celles qui portent encore aujourd’hui le Club Africain dans leur âme.
Le récent titre de championnat, remporté au stade Hamadi Agrebi de Radès devant environ 27 mille supporters espérantistes, a agi comme un baume au cœur pour ces anciens. Eux qui n’ont pas seulement aimé le Club Africain, ils l’ont vécu, respiré et transmis comme un héritage sacré aux générations suivantes.



