Présente à la 13e édition du World Urban Forum (WUF13) organisée du 17 au 22 mai 2026 à Bakou, la Tunisie met en avant sa vision d’un habitat social plus inclusif et durable. Conduite par le ministre de l’Équipement et de l’Habitat, Slah Zouari, la délégation tunisienne participe aux discussions internationales sur la crise mondiale du logement, les défis climatiques et l’avenir des villes.
La Presse — En marge du forum, la signature d’un partenariat stratégique entre le Programme des Nations unies pour les établissements humains et Alwaleed Philanthropies a marqué une avancée importante pour la Tunisie. Ce projet pilote, qui sera déployé dans le Grand Tunis et à Tataouine, vise à développer des solutions de logement adaptées aux personnes en situation de handicap, avec une approche fondée sur l’intégration, la participation citoyenne et le respect des spécificités locales.
Dans cet entretien accordé à La Presse de Tunisie, Slah Zouari revient sur les attentes de la Tunisie au WUF13, les nouveaux mécanismes de logement social et l’ambition de faire de la Tunisie un modèle régional en matière d’habitat inclusif.
La Tunisie participe au WUF13 dans un contexte mondial marqué par la crise du logement et les défis urbains. Quelles sont vos principales attentes à travers cette participation ?
La Tunisie participe à ce forum international avec une délégation de haut niveau composée de représentants du ministère de l’Équipement et de l’Habitat, ainsi que d’ONU-Habitat Tunisie. Notre objectif principal est de présenter l’expérience tunisienne dans les domaines de l’habitat, de l’aménagement urbain et du logement social.
Nous sommes ici pour partager notre savoir-faire, mais également pour apprendre des différentes expériences internationales présentées dans le cadre du forum. Le WUF13 réunit des experts, des urbanistes, des décideurs et des institutions internationales venant du monde entier. C’est donc une opportunité stratégique pour échanger autour des solutions innovantes liées au logement, à l’inclusion sociale et à la résilience urbaine.
La Tunisie souhaite surtout mettre en avant une approche humaine et inclusive de l’habitat. Aujourd’hui, notre priorité est de proposer des solutions adaptées aux personnes à besoins spécifiques et aux catégories les plus vulnérables. Nous voulons développer un habitat qui prend en considération les besoins réels du citoyen, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de son logement.
Quels sont aujourd’hui les principaux projets portés par la Tunisie dans ce domaine ?
La Tunisie a engagé plusieurs programmes importants dans le domaine du logement social. Parmi les nouveaux mécanismes qui seront lancés cette année figure notamment le système de “location-vente”. Il s’agit d’un nouveau modèle destiné à faciliter l’accès au logement social pour les catégories à revenu limité. Ce mécanisme vient compléter les dispositifs déjà existants, notamment le Programme spécifique de logement social, qui se poursuit actuellement. Grâce à ce programme, plus de 4.800 logements ont déjà été livrés à travers plusieurs régions du pays. D’autres logements sociaux seront également attribués prochainement aux catégories les plus démunies et marginalisées dans différents gouvernorats. Par ailleurs, nous préparons de nouveaux programmes qui seront annoncés courant 2026. À ce stade, nous allons lancer des appels d’offres portant sur près de 2 500 nouveaux logements. Tous ces projets ont un objectif commun : renforcer l’habitat social et garantir un logement digne aux citoyens les plus fragiles, avec une attention particulière accordée aux personnes en situation de handicap.
La signature du partenariat entre ONU-Habitat et Alwaleed Philanthropies constitue-t-elle une avancée importante pour la Tunisie ?
Absolument. Cette signature représente une étape extrêmement importante dans notre stratégie nationale en matière d’habitat inclusif.
Le partenariat conclu entre ONU-Habitat et la Fondation Alwaleed Philanthropies permettra la mise en œuvre d’un projet pilote intitulé “Renforcer le logement durable et inclusif pour les personnes en situation de handicap dans la région arabe : projet pilote en Tunisie”.
Ce projet sera réalisé sur une période de deux ans et vise à améliorer l’accès au logement décent pour les personnes en situation de handicap. Pour le moment, l’initiative sera déployée dans deux zones pilotes : le Grand Tunis et Tataouine. Elle prévoit l’adaptation de logements existants ainsi que l’intégration de critères d’accessibilité dans les nouveaux projets de logement social.
Au-delà des infrastructures, le projet comporte aussi un important volet de formation et de renforcement des capacités destiné aux institutions publiques, aux professionnels de l’urbanisme et aux bénéficiaires eux-mêmes. L’adaptation d’au moins 100 unités de logement, dans une première étape, constitue l’un des objectifs majeurs de cette initiative.
Aujourd’hui, nous avons présenté cette vision à Bakou et les retours que nous avons reçus sont très positifs et encourageants.
Quelle est la philosophie de ce projet pilote ?
Notre grand objectif est l’intégration. Nous voulons que chaque citoyen puisse vivre normalement, sans ressentir une différence ou une exclusion liée à son handicap.
L’idée fondamentale est simple : ce n’est pas au citoyen de s’adapter au logement, mais au logement de s’adapter au citoyen. Nous voulons construire des habitats pensés selon les besoins réels des habitants.
C’est pour cette raison que nous avons adopté une approche “sur mesure”. Le bénéficiaire participe lui-même à la conception de son logement. Il devient, d’une certaine manière, l’architecte de son propre espace de vie.
Nous voulons préserver chez chaque citoyen le sentiment d’appartenance à sa région, à son environnement et à son mode de vie. L’intégration sociale passe aussi par cette dimension culturelle et territoriale.
Pourquoi avoir choisi le Grand Tunis et Tataouine comme zones pilotes ?
Parce que chaque région possède ses propres spécificités sociales, environnementales et architecturales.
Tataouine, par exemple, présente des caractéristiques climatiques et géographiques particulières. Il y a la chaleur, les montagnes, mais aussi des matériaux de construction traditionnels qui diffèrent de ceux utilisés dans le Grand Tunis.
Nous souhaitons justement exploiter les ressources locales et utiliser des matériaux issus de chaque région afin de préserver l’identité architecturale locale. Le citoyen doit continuer à se reconnaître dans son environnement.
Nous ne voulons pas imposer un modèle standardisé identique dans tous les gouvernorats. Notre approche repose sur une conception adaptée à chaque territoire et à chaque mode de vie.
Le logement doit être conçu selon les attentes du bénéficiaire, selon sa manière de vivre et selon les réalités de sa région. C’est cela que nous appelons un habitat “sur mesure”.
La question environnementale est-elle intégrée dans cette stratégie ?
Bien entendu. Aujourd’hui, il est impossible de parler d’habitat sans prendre en considération les défis climatiques et environnementaux.
Notre vision repose sur des logements durables, résilients et économes en ressources. Nous intégrons désormais des solutions liées aux énergies renouvelables, notamment le photovoltaïque, mais aussi des mécanismes de gestion et de rationalisation de l’eau. Nous réfléchissons également à l’efficacité énergétique, à l’éclairage, à la protection contre les fortes chaleurs et à l’adaptation des bâtiments aux conditions climatiques propres à chaque région.
L’objectif est de rassembler toutes les composantes nécessaires pour construire un habitat moderne, écologique et adapté aux besoins des citoyens.
Pensez-vous que cette expérience tunisienne pourrait être reproduite dans d’autres pays ?
Oui, nous le pensons sincèrement. Nous avons présenté ce projet comme un modèle innovant pouvant être développé et reproduit ailleurs. Avec le temps, cette stratégie pourrait donner naissance à d’autres projets similaires, en Tunisie comme dans d’autres pays de la région arabe.
La Tunisie accueillera d’ailleurs en 2027 le 7e Forum arabe pour l’habitat et le développement urbain. Cet événement représentera une nouvelle occasion de promouvoir les solutions tunisiennes dans le domaine du logement inclusif et du développement urbain durable.
Nous espérons que cette expérience tunisienne sera évaluée positivement au niveau régional et international, et qu’elle pourra inspirer d’autres pays confrontés aux mêmes défis.
Ce projet pilote constitue pour nous une première étape solide vers une nouvelle génération de politiques de logement centrées sur la dignité humaine, l’inclusion et la durabilité.



