Le CA champion de Tunisie 2025-2026 : Maintenant, les pieds sur terre…
Le CA a intérêt à regarder l’avenir tout en savourant son titre (Ph.: © Mokhtar HMIMA)
Les Clubistes ont intérêt à atténuer l’euphorie du titre conquis. L’après-titre est beaucoup plus délicat avec des chantiers brûlants à gérer.
La Presse —Du public aux dirigeants en passant par les joueurs, le CA vit encore sous le charme de ce titre conquis et de quelle manière. Légitime pour un club qui a passé par des périodes aussi douloureuses qui ont failli l’enfoncer ; c’est pourquoi on voit toujours cette liesse et ce « vertige » qui dure encore. En même temps, il est aussi fondamental que cette joie démesurée ne se transforme pas en une distraction et un relâchement inutiles et nocifs. Ce titre, c’est fini, il faut le caser dans l’histoire et bâtir sur l’exploit réalisé. La saison prochaine commence bientôt, l’intersaison aussi avec des chantiers à gérer pour rester dans le même palier de performances. Au CA, les titres gagnés en souffrance et avec tant d’excitation et de bravoure ne se comptent pas, mais l’après-titre a été toujours un casse-tête. L’histoire ne le contredit guère. Des exemples ? En 1992, le CA sort une magnifique saison en raflant trois titres et en gagnant sur tous les tableaux (défense, attaque, buteur). Après, Cherif Bellamine, nouveau président à l’époque, commet la bourde de licencier le jeune entraîneur Balacci, sorti par la petite porte, et ramène Marcel Husson. Une saison compliquée et gâchée hormis la coupe Afro-Asiatique. En 1996, Said Neji (un passage catastrophique) ne gère pas bien l’après- titre et on se souvient du manège de l’époque ( les cas Tadjou et Wadja, départ de Sellimi sans le remplacer, Sérafin qui finit par partir et son successeur Benzarti ne fait pas mieux). En 1998, et après une très bonne saison, Exbrayat, sous la présidence de Bellamine, ne réussit pas grand-chose.
L’équipe s’effondre. De même en 2008 et après un titre précieux et valeureux, Kamel Idir et son staff ratent le championnat le plus facile après avoir réduit l’écart de 9 points sur l’EST et l’avoir battue au derby. Benchikha et son adjoint Nebil Kouki ratent le match du CSHL où le nul leur était suffisant pour rester en tête, sans oublier les déboires dans le tour préliminaire de la Ligue des champions en dépit d’un grand garni. En 2015, le passage d’un certain président de club qui a usé du club pour se faire une carrière politique, avant de le ruiner exprès et s’évader, a confirmé la règle qui dit que le CA rate souvent la saison d’après-titre. L’histoire nous donne des leçons, et les dirigeants clubistes, en premier lieu Mehdi Miled, un des artisans de la réussite cette saison et aussi responsable de ce qui s’est passé après le titre de 2008, et Dr Mohsen Trabelsi savent mieux que quiconque que le CA, aussi prestigieux et populaire (un vrai phénomène digne de recherche malgré la disette), a besoin de réussir la prochaine saison et de renouer avec la tradition des titres. Les titres sont indispensables pour travailler en paix, pour rebâtir un projet, pour gagner en notoriété, pour ramener des sponsors et pour fidéliser une bonne tranche du jeune public. Si les Clubistes vont fêter encore et encore ce titre sans penser à soigner les lacunes et à se renforcer, ils risquent de tomber dans le même piège.
Renforts
Côté dirigeants, on a un comité élu qui va continuer sa mission. C’est déjà bon. Mohsen Trabelsi, en tant que personne consensuelle aux relationnels très précieux (il a su défendre les intérêts de son club et garantir toutes les chances d’équité au dernier derby décisif, contrairement par exemple à Youssef El Almi qui, en 2022, a abandonné ses joueurs dans le fameux derby retour du play off), reste un repère et un gage de stabilité. Le second homme clef n’est que Mehdi Miled, l’homme discret et au pouvoir total en section football. C’est lui qui décide de tout et qui n’aime pas qu’on lui tende la main. Autoritaire, obstiné parfois, il a la qualité de savoir maîtriser les affaires du football malgré quelques erreurs dans le choix des joueurs. Lui aussi va continuer à gérer l’équipe. Quant à Hichem Manai, dirigeant compétent et dévoué, orateur aussi, il a eu un rôle fondamental dans la gestion financière d’un club endetté et qui a su réduire sa masse salariale et mettre fin aux tares des dernières saisons dans les recrutements et la résiliation des contrats.
Côté technique, Faouzi Benzarti sera dans le test de rester une seconde saison de suite et de la réussir, chose qu’il n’a jamais faite avant. Et l’effectif ? C’est, à notre avis, le point central de l’intersaison. Le titre gagné est un exploit technique, un coup de génie, car, avec cet effectif, il est très difficile de le faire encore une fois. Et encore, c’est plus difficile d’aborder la Ligue des champions. Le CA ne crée pas assez le jeu bien qu’il y ait maints joueurs techniques comme Harzi, Ait Malek ou Mahmoud. Une bonne défense oui, mais un banc pas riche en doublures défensives dans l’axe. Un milieu solide pour casser le jeu adverse, mais désordonné et calé quand l’adversaire ferme les espaces, et des couloirs pas assez rapides pour créer le surnombre. Certains peuvent être gênés par cette analyse, d’autres peuvent se vexer même, mais on parle d’un après-titre.on parle d’un contexte qui change.
Le CA sera l’équipe à battre, et les premières journées du prochain championnat vont être très difficiles. Pour cela, l’équipe a besoin au moins de 7 joueurs de grande qualité : un gardien de la même valeur que Chamekh, deux défenseurs centraux, un pivot costaud de métier, un relayeur capable de faire la différence, deux joueurs de couloir créatifs et percutants, sans oublier des jeunes U21 capables d’apporter une plus-value technique dans les trois lignes.
Des joueurs étrangers comme Chrimi, Khan, aussi bons qu’ils sont, peuvent ne pas suffire pour élever la valeur de l’équipe, des joueurs comme Kinzumbi, Téné Wills, Mesmari, Srarfi, Khadhraoui, Bouguerra sont loin, très loin des standards de joueurs qui jouent dans un club qui cherche à conserver son titre. La Ligue des champions, c’est un autre niveau même si ces dernières années, il y a eu une régression de cette compétition. Le CA est averti, il a l’avantage d’avoir un comité directeur uni et professionnel qui a la chance d’agir dans une atmosphère décontractée.



