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SpécialL démarrage BAC 2026 – Gafsa : Ferveur, larmes et solidarité sous la canicule

  • 4 juin 2026
  • 5 min de lecture
SpécialL démarrage BAC 2026 – Gafsa : Ferveur, larmes et solidarité sous la canicule

Hier matin, Gafsa n’avait qu’un seul visage : celui de sa jeunesse face à son destin. Entre la ferveur des marchés hebdomadaires et le silence sacré des salles d’examen, la ville minière s’est transformée en une immense forteresse de solidarité. Des forces de l’ordre aux compagnies de transport, jusqu’aux parents transformés en sentinelles sur les trottoirs, découvrez les coulisses d’une journée hors du commun où l’avenir de 5 931 candidats est devenu l’affaire de toute une région.

La Presse — Il est à peine six heures, mais la ville s’éveille déjà dans un bruissement inhabituel. En ce mois de juin, l’air est encore frais, mais l’atmosphère, elle, est déjà électrique. Quelque chose de grand se prépare. Depuis 1957, cela fait près de sept décennies que le baccalauréat rythme la vie de la Tunisie.

Près de 70 ans que cette épreuve, bien plus qu’un simple examen, s’est imposée comme un véritable rite de passage, la clé de voûte de l’avenir des familles tunisiennes, prêtes à tous les sacrifices pour voir leur progéniture décrocher le précieux sésame. À Gafsa, ce matin-avant, l’enjeu prend une dimension presque sacrée.

Une cartographie du Défi

Dans le gouvernorat de Gafsa, les chiffres traduisent à eux seuls l’ampleur de la logistique déployée. Cette année, ils sont 5 931 candidats à retenir leur souffle. Parmi eux, une immense majorité de 4 131 élèves issus de 32 établissements publics, à côté de 931 candidats du secteur privé.

Mais le baccalauréat tunisien se veut aussi inclusif : la direction régionale de l’enseignement et de l’éducation a recensé 23 cas particuliers, bénéficiant d’aménagements spécifiques pour composer dans la dignité. Parmi ces profils, l’histoire retiendra celle de deux candidats qui passent leurs épreuves derrière les murs des établissements pénitenciers, rappelant que l’espoir d’un avenir meilleur n’a pas de frontières. Pour accueillir cette jeunesse, 32 centres d’examen ont été minutieusement préparés et sanctuarisés à travers toute la région.

La ville face au défi du souk : une organisation millimétrée

Le grand défi de cette première journée tenait en un mot : le calendrier. Par un hasard du calendrier, le coup d’envoi des épreuves a coïncidé de plein fouet avec le jour du souk hebdomadaire de Gafsa, un moment où la ville double traditionnellement de volume et sombre dans le chaos des étals et des klaxons. Pour éviter le blocus, les autorités régionales ont sorti le grand jeu.

Dès l’aube, les forces de police ont investi les points névralgiques de la ville. Postés aux carrefours stratégiques, les agents ont canalisé le flot des acheteurs et des marchands pour tracer des couloirs de circulation fluides en direction des centres d’examen. Aucun retard ne serait toléré.

Pour se mêler de la partie, la Société Régionale des Transports (Srtg) s’est mise au diapason. Des dessertes spéciales ont été activées depuis les quartiers les plus reculés et les zones périphériques du gouvernorat. L’objectif était clair : aucun candidat, même le plus isolé géographiquement, n’est laissé au bord de la route.

Devant les portes : tension, tendresse et solidarité citoyenne

Devant les grilles des lycées, le spectacle est poignant. C’est un condensé d’émotions pures, un mélange unique de tension palpable et d’espoir fervent. Les parents sont là, accrochés aux grilles.
On ajuste un col de chemise, on glisse un dernier conseil à l’oreille, on murmure une prière. Les candidats franchissent le seuil, la mine grave, chargée des rêves de toute une lignée. Une fois les portes closes, le temps s’arrête. Une grande partie des parents refuse de partir. Ils élisent domicile sur les trottoirs, sous l’ombre des rares arbres, entamant une longue et solidaire veillée de plusieurs heures.

À l’intérieur des centres, tout a été orchestré pour offrir des conditions idoines. Et alors que les aiguilles tournent, le thermomètre, lui, s’emballe. Fidèle à sa réputation, le soleil de Gafsa commence à cogner dur dès le milieu de la matinée. C’est alors que la beauté de la solidarité locale s’invite au tableau : spontanément, des citoyens et des associations de quartier se déploient devant plusieurs centres pour distribuer des bouteilles d’eau fraîche aux parents éprouvés et préparer l’accueil des candidats à leur sortie.

À Gafsa, la réussite de ces jeunes talents n’est pas une affaire individuelle. C’est une cause commune, une mobilisation totale où chaque acteur — du policier au chauffeur de bus, du parent au simple citoyen — sait qu’un pan de l’avenir de la région se joue aujourd’hui sur une table d’examen.

Auteur

Hafedh Trabelsi

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