Malgré un environnement international marqué par les incertitudes géopolitiques et les tensions sur les marchés mondiaux, l’Afrique affiche une trajectoire de croissance globalement résiliente. Selon le dernier rapport de la Banque africaine de développement (BAD), présenté lors de ses assemblées annuelles à Brazzaville, le continent devrait maintenir une dynamique économique stable. Mais derrière cette performance se cachent des fragilités structurelles persistantes.
La Presse —Malgré un contexte international agité, le continent africain a fait preuve de résilience, avec un taux de croissance moyen de 4,4 % réalisé en 2025, 4,2 % prévu en 2026 et un rebondissement à 4,4% en 2027. Ces chiffres ont été révélés la semaine dernière dans un nouveau rapport élaboré par la Banque africaine de développement (BAD) et rendu public à l’occasion de ses assemblées annuelles tenues du 26 au 29 mai à Brazzaville.
«Les performances économiques de l’Afrique demeurent résilientes malgré des chocs multiples et une marge de manœuvre budgétaire limitée », a souligné le rapport de la BAD sur les perspectives économiques en Afrique, précisant que 19 pays africains devraient réaliser un taux de croissance supérieur à 5 % en 2026 et 21 en 2027. La BAD se félicite également de la performance réalisée par 36 pays parmi les 54 nations que compte le continent. Ces 36 pays ont réalisé en 2025 un taux de croissance supérieur à celui réalisé en 2024, a-t-on constaté.
Les sources du bien-être
«Cette dynamique place l’Afrique parmi les régions les plus performantes au monde, aux côtés de l’Asie et devant l’Europe et l’Amérique latine et les Caraïbes», a noté le rapport de la BAD, expliquant que les économies africaines ont bénéficié de «l’amélioration de la production agricole, des politiques macroéconomiques favorables, de la hausse des prix des minerais et des métaux, ainsi que de l’affaiblissement du dollar américain».
Et d’ajouter : «Le léger repli attendu en 2026 s’explique principalement par les effets du conflit au Moyen‑Orient, qui a perturbé des chaînes d’approvisionnement mondiales essentielles, avec des répercussions importantes sur les marchés des matières premières et le commerce international. L’ampleur de l’impact de ce choc d’offre sur la croissance et la stabilité macroéconomique dépendra de la durée des perturbations mondiales et de leur influence sur les prix de l’énergie et des engrais».
Optimiste, le rapport dresse des projections sur la base d’une durée limitée à deux ou trois mois du conflit au Moyen-Orient, rappelant tout de même des défis structurels auxquels les économies africaines devraient faire face, dont notamment le déficit de financement du développement estimé à 1300 milliards de dollars par an, selon les chiffres publiés à l’occasion des assemblées annuelles, ce qui pénalise l’intégration de la demande additionnelle d’emplois et, en général, l’atteinte des objectifs du développement durable.
Dans son rapport, la BAD évoque «des vulnérabilités structurelles persistantes qui menacent la capacité de l’Afrique à soutenir une croissance plus élevée».
« Les déficits de financement du développement — résultant d’une faible mobilisation des ressources domestiques, de systèmes financiers encore peu profonds et de coûts d’emprunt extérieur élevés — sont aggravés par un environnement mondial fragmenté, caractérisé par le recul de l’aide au développement et l’évolution des priorités géopolitiques», constate la BAD.
«Dynamisme Démographique»…
Face à ces défis, le président de la BAD, Dr Sidi Ould Tah, a appelé à la vigilance et à la lucidité. « Nous devons rester lucides et vigilants, tant pour consolider les performances actuelles de nos économies que pour relever les défis structurels liés au financement de notre développement », a-t-il soutenu en séance plénière.
L’institution multilatérale dresse, par ailleurs, une série de recommandations pour soutenir la croissance et générer plus d’emplois, évoquant la nécessité d’une transformation durable du «dynamisme démographique», son « élan d’intégration» et «l’expansion de son espace économique» en une croissance soutenue.
«Cela nécessite une stratégie globale de financement, capable de mobiliser des capitaux à grande échelle auprès de sources domestiques, régionales et externes stratégiques, tout en renforçant l’efficience, la gouvernance et l’impact sur le développement de l’allocation des ressources», a plaidé le rapport de la BAD.
Dans cet ordre d’idées, la Banque africaine de développement a considéré que la mobilisation potentielle des ressources financières, estimées à des milliers de milliards de dollars, «requiert des portefeuilles de projets plus robustes et des instruments d’investissement standardisés capables d’absorber à la fois les capitaux institutionnels et l’épargne de la diaspora afin de financer les infrastructures, l’industrialisation et la transition verte».
Outre le renforcement de la stabilité macroéconomique et la réduction des incertitudes, qui devraient favoriser un regain de confiance et une réduction de la tarification du capital à long terme.



