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Inflation en Tunisie : une stabilité qui masque la poursuite de la hausse des prix

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  • 10 juin 2026
  • 4 min de lecture
Inflation en Tunisie : une stabilité qui masque la poursuite de la hausse des prix

L’inflation annuelle en Tunisie s’est stabilisée à 5,5 % au mois de mai 2026, maintenant ainsi le même niveau enregistré le mois précédent. Toutefois, cette stabilité du taux global masque une poursuite de la hausse du coût de la vie, selon les données publiées par l’Institut national de la statistique (INS).

L’indice des prix à la consommation a en effet progressé de 194,8 points en avril à 195,5 points en mai 2026, confirmant une hausse continue des prix, même à un rythme modéré.

Selon l’économiste spécialisé en gestion d’actifs, Larbi Ben Bouhali, cette stabilité ne signifie pas un ralentissement de la hausse des prix, mais plutôt une augmentation continue à un rythme similaire à celui des mois précédents. Il souligne également que le niveau général des prix est aujourd’hui supérieur d’environ 95,5 % par rapport à l’année de base 2015, illustrant une inflation cumulée importante sur le long terme.

Pressions inflationnistes persistantes

L’expert estime que l’économie tunisienne reste exposée à de nouvelles tensions inflationnistes, alimentées par des facteurs externes et internes. Parmi les principaux risques figurent les tensions géopolitiques internationales, notamment au Moyen-Orient, susceptibles d’entraîner une hausse des prix de l’énergie et du transport.

Toute augmentation des prix du pétrole ou des coûts logistiques se répercuterait directement sur les coûts de production et d’importation, ce qui renforcerait les pressions sur les prix à l’échelle nationale.

Sur le plan interne, l’expansion de la masse monétaire et la hausse des salaires figurent parmi les principaux facteurs de pression. L’économiste évoque notamment les injections monétaires de la Banque centrale de Tunisie, ainsi que la progression de la masse monétaire, qui ont contribué à alimenter la hausse des prix des biens de consommation et des services.

Il souligne également l’impact des déséquilibres budgétaires et du financement des dépenses publiques, notamment en matière de subventions, qui peuvent accentuer les tensions inflationnistes lorsqu’ils sont financés par la création monétaire.

Érosion du pouvoir d’achat

Malgré une hausse nominale des salaires estimée à 5 % en 2026, soit environ 3,5 % en termes réels après impôts, celle-ci reste insuffisante face à une inflation de 5,5 %, entraînant une perte de pouvoir d’achat estimée à -2 % pour les ménages tunisiens.

Sur les trois dernières années, l’inflation cumulée atteint 18,6 %, dépassant largement l’évolution des revenus, ce qui contribue à une érosion progressive du pouvoir d’achat.

Les ménages à faibles revenus sont les plus affectés, leurs dépenses étant concentrées sur les produits essentiels tels que l’alimentation, le logement, le transport et les services de base. La classe moyenne subit également une pression croissante, notamment en raison de la hausse des coûts de la santé, de l’éducation et du logement.

Cette situation s’est traduite par une baisse de l’épargne et une réduction des dépenses non essentielles, telles que les loisirs, les voyages ou la restauration, ce qui pourrait à terme affecter la consommation intérieure et la croissance économique.

Les services, principal facteur de rigidité inflationniste

Selon l’analyse de l’expert, le principal défi réside désormais dans l’inflation des services, plus persistante et moins sensible aux fluctuations internationales que les prix des biens.

Les secteurs de l’éducation, de la santé, des services personnels et de la restauration sont particulièrement concernés, leurs prix étant étroitement liés aux coûts salariaux et d’exploitation.

Cette rigidité pourrait prolonger les pressions inflationnistes et contraindre la politique monétaire à maintenir des taux d’intérêt élevés, avec un impact potentiel sur l’investissement et la croissance économique.

En conclusion, l’économiste Larbi Ben Bouhali estime que la maîtrise de l’inflation en Tunisie reste un défi de long terme. Il appelle à des réformes structurelles visant à renforcer la production locale, améliorer l’efficacité de la distribution et préserver les équilibres financiers et monétaires.

L’évolution des prix de l’énergie à l’échelle mondiale et la dynamique de l’inflation dans les services devraient, selon lui, rester des facteurs déterminants de l’évolution des prix en Tunisie dans les années à venir.

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Auteur

La Presse

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