En Tunisie, le Nouvel An de l’Hégire n’est pas seulement un moment de recueillement spirituel marquant le début du mois de Mouharram. Il constitue également une occasion de rassemblement familial autour de traditions culinaires profondément ancrées dans la mémoire collective.
Dans de nombreuses régions du pays, l’arrivée de la nouvelle année hégirienne est célébrée à travers des plats dont la préparation et la dégustation sont associées à des vœux de prospérité, de bénédiction et d’abondance pour les mois à venir. Ces coutumes, transmises au fil des générations, témoignent de la richesse du patrimoine immatériel tunisien.
Le couscous préparé pour l’occasion se distingue souvent par l’ajout de légumineuses telles que les pois chiches, les fèves ou les haricots secs, auxquelles s’ajoutent parfois des raisins secs et de la viande séchée conservée depuis l’Aïd al-Adha, connue sous le nom de “kadid”. Dans l’imaginaire populaire, la diversité et la richesse des ingrédients symbolisent l’abondance des récoltes, la prospérité du foyer et l’espoir d’une année généreuse.
Ce couscous de Mouharram, qui varie légèrement d’une région à l’autre, demeure l’un des plats les plus emblématiques des célébrations du Nouvel An hégirien. Il réunit les familles autour d’une table où se mêlent traditions, partage et transmission des savoir-faire culinaires.
Autre plat incontournable de cette période : la meloukhia. Préparée dans de nombreux foyers tunisiens dès le premier jour de l’année hégirienne, cette spécialité à base de poudre de corète potagère, longuement mijotée avec de la viande de bœuf ou d’agneau, occupe une place particulière dans les croyances populaires.
Sa couleur verte est traditionnellement associée à la fertilité, à l’espérance et à la réussite. Pour beaucoup de familles, commencer l’année avec une meloukhia est un symbole de bon augure, un souhait que les mois à venir soient marqués par la prospérité, la stabilité et la réussite. La lente cuisson du plat, parfois durant plusieurs heures, contribue également à son caractère festif et exceptionnel.
Au-delà de leur dimension gastronomique, ces plats racontent une histoire. Ils traduisent la manière dont les Tunisiens ont, au fil du temps, intégré les événements religieux dans leur patrimoine culturel et familial. Chaque recette porte ainsi une charge symbolique qui dépasse largement le simple plaisir de la dégustation.
À l’heure où les modes de vie évoluent et où certaines traditions tendent à s’effacer, le couscous de Mouharram et la meloukhia continuent de rassembler les générations autour de valeurs de partage, de solidarité et de transmission. Ils demeurent l’expression d’un héritage vivant qui fait du Nouvel An de l’Hégire un moment à la fois spirituel, familial et profondément ancré dans l’identité tunisienne.



