gradient blue
gradient blue
Actualités

Tribune – La négligence institutionnelle mise à nu

  • 18 juin 2026
  • 3 min de lecture
Tribune – La négligence institutionnelle mise à nu

Lors de sa récente visite à Kairouan, le Président de la République a été confronté à une scène saisissante: au sommet d’une institution étatique, le drapeau national flottait en lambeaux, totalement déchiré par le temps et les intempéries. Interpellant immédiatement le gouverneur, le Chef de l’État a demandé pourquoi ce symbole de la souveraineté n’avait pas été remplacé. Cette simple observation a mis en lumière, une fois de plus, un mal profond qui ronge l’administration tunisienne : la négligence, la nonchalance et l’absence criante de professionnalisme.

La question présidentielle était on ne peut plus légitime : comment est-il possible qu’aucun agent, aucun responsable de cette institution n’ait remarqué cet état déplorable du drapeau depuis des mois, voire des années ? Pourquoi personne n’a-t-il jugé utile de le signaler et de le changer ? Ce drapeau en haillons n’est pas un simple détail esthétique. Il incarne le laisser-aller généralisé qui s’est installé dans de nombreuses structures publiques, où l’entretien du minimum symbolique semble devenu une corvée superflue.

Malheureusement, cet incident n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une culture de l’à-peu-près qui touche désormais presque toutes les institutions de l’État.

Quelques jours plus tôt, un citoyen tombait, en pleine rue, sur une cabine de lignes fibre optique de Tunisie Telecom grande ouverte, exposée aux intempéries et aux vandales. Aucune protection, aucun cadenas, aucun dispositif de sécurité. Les conséquences sont prévisibles : vandalisme, pannes à répétition, réclamations interminables et interventions coûteuses pour rétablir le service. Encore une fois, les employés et responsables concernés n’ont pas jugé nécessaire de sécuriser les infrastructures vitales des citoyens.

Le même constat s’applique à la Steg, à la Sonede et aux municipalités : interventions tardives, infrastructures dégradées, trottoirs défoncés, accumulation des déchets, et un sentiment général d’abandon des services publics de base.

En pointant du doigt le drapeau déchiré, le Président de la République a mis le doigt sur le vrai problème structurel du pays : cette nonchalance généralisée qui mine l’autorité de l’État, dégrade son image et exaspère les citoyens. Il ne s’agit plus d’incidents isolés, mais d’une culture institutionnelle où le sens des responsabilités s’est émoussé.

Espérons que cette interpellation venue du plus haut sommet de l’État ne restera pas sans suite. Il est urgent de réinstaurer une exigence de professionnalisme, de rigueur et de fierté dans toutes les administrations publiques. Changer un drapeau, fermer une cabine technique, vérifier une carte avant diffusion : ce sont des gestes élémentaires qui reflètent le respect dû aux citoyens et au pays lui-même.

Assez de la médiocrité institutionnalisée! Le changement doit commencer par ces détails en apparence anodins, mais qui en disent long sur l’état général de nos institutions.

(*) Consultant en logistique

N.B. : L’opinion émise dans cette tribune n’engage que son auteur. Elle est l’expression d’un point de vue personnel.
Auteur

Leith LAKHOUA

You cannot copy content of this page