Tunisie : Renard appelé en urgence pour un “électrochoc” en pleine Coupe du monde
Les anciens sélectionneurs nationaux Youssef Zouaoui et Nizar Khanfir estiment que la nomination du Français Hervé Renard à la tête de la sélection tunisienne de football en pleine Coupe du monde 2026 répond avant tout à une situation d’urgence, après les lourdes contre-performances enregistrées lors des derniers matches, notamment la défaite 5-1 face à la Suède.
Dans un entretien accordé au studio télévisé de l’agence TAP, les deux techniciens soulignent que cette décision vise avant tout à stopper la perte de confiance qui touche le groupe et à provoquer un électrochoc avant les deux dernières rencontres de la phase de groupes contre le Japon et les Pays-Bas (Groupe F).
Selon Youssef Zouaoui, les difficultés rencontrées par la sélection ne découlent pas principalement du système de jeu choisi, mais plutôt de son application et du manque de préparation des joueurs à ce dispositif. Il estime que l’équipe s’est éloignée de son identité traditionnelle, fondée sur une organisation défensive rigoureuse, la discipline tactique et les transitions rapides, des caractéristiques qui lui avaient valu le surnom d' »Italie de l’Afrique ».
L’ancien directeur technique de la Fédération tunisienne de football souligne également que certains choix tactiques opérés par Sabri Lamouchi ont manqué de cohérence. Il relève notamment que le sélectionneur n’avait pas travaillé avec une défense à trois centraux durant la préparation avant d’opter pour cette formule dès le début du Mondial. Cette absence de continuité et de vision claire aurait contribué à la perte de repères collectifs et aux difficultés défensives qui ont conduit la Tunisie à encaisser dix buts en seulement deux rencontres. Il rappelle d’ailleurs que l’équipe n’avait concédé aucun but lors des éliminatoires de la Coupe du monde, preuve de la solidité de son organisation défensive avant ce changement d’approche.
Pour Zouaoui, la responsabilité incombe d’abord au staff technique, chargé de préparer les joueurs et de leur fournir un cadre tactique clair. Il estime toutefois que les joueurs portent eux aussi une part de responsabilité, le rendement collectif ayant été affecté par des initiatives trop souvent individuelles au détriment de la cohésion d’ensemble.
Dans ce contexte, il considère que la priorité d’Hervé Renard sera de simplifier les consignes, de rétablir une organisation défensive efficace et de redonner confiance aux joueurs. Il devra notamment trancher rapidement entre un système à trois ou à quatre défenseurs, tout en privilégiant l’efficacité et l’équilibre collectif. Zouaoui insiste également sur la nécessité d’aligner chaque joueur à son poste de prédilection afin d’exploiter pleinement ses qualités.
De son côté, Nizar Khanfir reconnaît qu’un changement d’entraîneur en pleine Coupe du monde n’est généralement pas souhaitable, ajoutant que le football repose davantage sur des projets construits sur le long terme que sur des réactions à chaud. Toutefois, l’ampleur des difficultés rencontrées récemment et les dix buts encaissés lors des deux derniers matches rendaient, selon lui, une intervention inévitable pour préserver l’image du football tunisien et provoquer une réaction au sein du groupe.
Khanfir considère l’arrivée d’Hervé Renard comme la meilleure option disponible, en raison de son expérience internationale et de son important palmarès africain, notamment ses sacres en Coupe d’Afrique des nations avec la Zambie puis la Côte d’Ivoire. Il rappelle que le technicien français figurait depuis plusieurs années parmi les candidats potentiels au poste de sélectionneur tunisien, même si des contraintes financières avaient jusque-là empêché sa nomination.
L’ancien sélectionneur estime toutefois que la mission de Renard ne devrait pas se limiter à la fin du Mondial. Selon lui, la Fédération gagnerait à inscrire cette nomination dans un projet à long terme pouvant s’étendre jusqu’à la Coupe du monde 2030.
Khanfir met également l’accent sur l’aspect psychologique du travail qui attend le nouveau sélectionneur. Avec seulement quelques séances d’entraînement à sa disposition avant le match contre le Japon, Renard devra avant tout remobiliser mentalement son groupe et lui permettre de tourner la page de la lourde défaite contre la Suède. Il souligne que le temps disponible est insuffisant pour opérer de profondes transformations sur les plans physique ou tactique.
Sur le plan du jeu, Khanfir rappelle que l’identité footballistique tunisienne repose historiquement sur un bloc compact, des lignes rapprochées et des contre-attaques rapides. Il insiste également sur l’importance de faire évoluer les joueurs à leurs postes naturels et de préserver l’équilibre collectif lors des changements tactiques. A ce titre, il estime que certaines décisions prises contre la Suède ont désorganisé l’équipe, notamment la sortie des milieux défensifs Elyès Skhiri et Rani Khedira alors que la Tunisie était menée, ce qui a contribué à accentuer le déséquilibre du bloc.
Enfin, Khanfir se montre critique envers certains choix effectués lors de la constitution de la liste pour le Mondial. Il considère que plusieurs joueurs ayant participé à la qualification auraient mérité de conserver leur place et que certains remplacements n’ont pas favorisé la stabilité du groupe.
Malgré les difficultés actuelles, les deux techniciens se montrent optimistes. Ils estiment que la Tunisie conserve ses chances face au Japon puis aux Pays-Bas, à condition de retrouver rapidement ses repères tactiques, son équilibre collectif et surtout la confiance nécessaire pour montrer un tout autre visage et retrouver sa compétitivité au plus haut niveau.



