ELMED, IMEC, Plan Mattei : la Tunisie et l’Italie accélèrent leur partenariat stratégique
Chargée par le président de la République, Kaïs Saïed, la cheffe du gouvernement, Sara Zaafrani Zenzri, a présidé mercredi 24 juin 2026, au siège de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA), la cérémonie d’ouverture du Forum économique tuniso-italien, en présence du vice-président du Conseil des ministres et ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de la République italienne, Antonio Tajani.
L’événement s’est déroulé en présence du ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, du président de l’UTICA, Samir Majoul, de l’ambassadeur d’Italie en Tunisie, Alessandro Prunas, du président de l’Agence italienne du commerce (ICE), Matteo Zoppas, ainsi que d’Antonio Gozzi, représentant de la Confindustria.
Dans son allocution d’ouverture, Sara Zaafrani Zenzri a salué la profondeur des relations historiques d’amitié et de coopération entre la Tunisie et l’Italie. Elle a souligné que ce partenariat puise sa solidité dans des racines historiques anciennes, une proximité géographique naturelle et des liens humains et culturels profondément ancrés dans l’espace méditerranéen.

La cheffe du gouvernement a mis en avant l’évolution remarquable des relations bilatérales au cours des dernières années, marquée par une diversification des domaines de coopération couvrant l’économie, l’investissement, le commerce, l’énergie, la culture, l’enseignement supérieur et la recherche scientifique. Selon elle, cette dynamique a permis aux deux pays de hisser leur relation au rang de partenariat exceptionnel fondé sur un dialogue permanent, une coopération étroite et des projets conjoints à forte valeur ajoutée.
Elle a estimé que l’Italie représente aujourd’hui un partenaire stratégique privilégié pour la Tunisie ainsi qu’un acteur essentiel dans la consolidation d’un espace méditerranéen fondé sur la paix, la stabilité et le développement partagé. Cette orientation, a-t-elle ajouté, traduit la volonté commune des deux pays d’élever leurs relations vers un partenariat stratégique global et solidaire, capable de répondre efficacement aux mutations régionales et internationales.
Sara Zaafrani Zenzri a rappelé que ce forum revêt une dimension particulière puisqu’il coïncide avec le 70e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Tunisie et l’Italie. Elle a indiqué que cette célébration constitue une occasion de mettre en lumière la richesse d’une coopération historique et de renouveler l’engagement des deux pays en faveur d’un partenariat à même de répondre aux aspirations des peuples tunisien et italien.
La cheffe du gouvernement a souligné que cette rencontre représente également une plateforme privilégiée pour renforcer les relations économiques bilatérales, stimuler les investissements, développer les échanges commerciaux et créer un environnement favorable au rapprochement entre les entreprises, les investisseurs et les acteurs économiques des deux pays.
Évoquant les perspectives économiques nationales, Sara Zaafrani Zenzri a indiqué que le forum intervient alors que la Tunisie vient d’achever l’élaboration du Plan de développement 2026-2030. Elle a qualifié ce document de jalon national majeur ouvrant une nouvelle étape de développement fondée sur les priorités nationales, la justice sociale et l’équilibre régional.
Elle a précisé que ce plan a été élaboré, pour la première fois en Tunisie, selon une approche participative ascendante partant du niveau local pour remonter aux niveaux régional et national. L’objectif, a-t-elle expliqué, est de mettre en place un nouveau modèle de développement fondé sur une économie forte, résiliente et capable de s’adapter aux mutations géopolitiques et économiques mondiales.
La cheffe du gouvernement a ensuite dressé un bilan des progrès enregistrés dans les relations économiques tuniso-italiennes. Elle a souligné que l’Italie demeure l’un des principaux partenaires économiques de la Tunisie. Cette position se reflète notamment dans le fait qu’elle occupe la première place parmi les investisseurs étrangers dans le secteur énergétique tunisien et la troisième place en matière d’investissements directs étrangers.
Elle a également indiqué que les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint près de 20,5 milliards de dinars en 2025. Cette dynamique s’est poursuivie au cours des quatre premiers mois de 2026 avec une progression de 8 % par rapport à la même période de l’année précédente.

La responsable gouvernementale a également mis en avant l’importance du marché italien pour le secteur touristique tunisien. Elle a rappelé que plus de 160.000 touristes italiens ont visité la Tunisie en 2025, estimant que ces chiffres traduisent la confiance des investisseurs italiens dans l’économie tunisienne et témoignent des opportunités offertes par plusieurs secteurs stratégiques.
Sara Zaafrani Zenzri a consacré une large partie de son intervention aux grands projets structurants menés conjointement par les deux pays. Elle a notamment cité le projet d’interconnexion électrique ELMED, réalisé par la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) en partenariat avec l’entreprise italienne TERNA.
Selon elle, ce projet constitue un pont énergétique stratégique reliant les deux rives de la Méditerranée et représente la première liaison électrique directe entre l’Afrique du Nord et l’Europe. Il contribuera à renforcer la sécurité énergétique, à soutenir les investissements dans les énergies renouvelables et à consolider le rôle des deux pays dans la transition énergétique.
La cheffe du gouvernement a également évoqué le projet TANIT dans les secteurs de l’agriculture et des ressources hydrauliques, inscrit dans le cadre du « Plan Mattei pour l’Afrique ». Elle a estimé que cette initiative constitue un exemple avancé de coopération au service du développement durable et reflète la volonté commune de promouvoir une croissance mutuellement bénéfique.
Abordant les perspectives d’investissement, Sara Zaafrani Zenzri a exprimé son souhait de voir le forum favoriser l’émergence de nouveaux projets dans des secteurs à fort potentiel tels que les énergies renouvelables, l’industrie des composants automobiles, les technologies de l’information et de la communication ainsi que les services numériques.
Elle a présenté les grandes orientations de la Stratégie nationale pour l’industrie et l’innovation à l’horizon 2035, qui vise à instaurer des mécanismes modernes de gouvernance industrielle à travers le développement des infrastructures, la modernisation des centres techniques, le renforcement des pôles technologiques et industriels ainsi que la promotion des start-up.
Cette stratégie prévoit également l’adaptation des systèmes de certification et de contrôle qualité aux normes internationales, ainsi que la mise en œuvre d’une stratégie nationale intégrée en matière de recherche et développement.
Dans le même contexte, la cheffe du gouvernement a annoncé la préparation d’une stratégie nationale destinée à renforcer le tissu des petites et moyennes entreprises industrielles. Celle-ci reposera sur des incitations à l’innovation technologique, le renforcement de l’intégration économique et le développement des clusters industriels.

Elle a expliqué que ces mesures ont pour objectif de faciliter l’intégration des entreprises tunisiennes dans les chaînes de valeur mondiales, d’améliorer la qualité de leurs produits et de renforcer leur compétitivité.
Parmi les secteurs prioritaires identifiés figurent les industries mécaniques et électriques, les composants automobiles, les composants aéronautiques, l’industrie pharmaceutique, le textile technique, l’industrie agroalimentaire, les industries chimiques, les technologies environnementales, l’économie bleue, les activités liées à la transition énergétique et les services numériques.
La cheffe du gouvernement a également insisté sur l’importance de diversifier le portefeuille des investissements italiens en Tunisie afin d’y intégrer davantage de projets agricoles, notamment dans les domaines des cultures précoces, de l’élevage, de la production d’aliments pour bétail et de l’agriculture durable.
Elle a par ailleurs souligné les opportunités offertes par l’économie numérique et les nouvelles technologies, notamment dans les domaines des centres de données, de la cybersécurité, des applications informatiques et de l’intelligence artificielle destinée aux entreprises.
Selon elle, ces projets permettront également de former une nouvelle génération de compétences spécialisées dans les métiers du numérique, en s’appuyant sur l’expertise et le savoir-faire reconnus des talents tunisiens.
Sara Zaafrani Zenzri a rappelé que la Tunisie fonde sa coopération internationale sur la défense de ses intérêts nationaux tout en valorisant les mécanismes du partenariat euro-méditerranéen et les accords de voisinage avec l’Union européenne afin d’accélérer le développement économique et d’améliorer le climat des affaires.
Elle a affirmé que la Tunisie n’est plus simplement un marché de consommation ou un territoire de transit, mais un acteur intégré aux chaînes de valeur mondiales, un pilier de stabilité en Méditerranée et une porte d’entrée stratégique vers les marchés africains.
La cheffe du gouvernement a estimé que les relations tuniso-italiennes constituent un exemple concret de la politique d’ouverture menée par la Tunisie, fondée sur le dialogue, la coopération et le développement de partenariats stratégiques avec ses environnements arabe, africain et européen.
Elle a également réaffirmé la volonté de la Tunisie de diversifier ses partenariats dans le respect de ses choix nationaux et de ses intérêts stratégiques, tout en préservant sa souveraineté économique.
Sara Zaafrani Zenzri a mis en avant les atouts de la Tunisie en tant que destination d’investissement, notamment sa position géostratégique au carrefour de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen-Orient, la qualité de ses infrastructures, la compétitivité de ses coûts de production et la qualification de ses ressources humaines.
Elle a invité les chefs d’entreprise et les investisseurs italiens à saisir les opportunités offertes par les grands projets structurants lancés en Tunisie afin de renforcer davantage la coopération bilatérale et le partenariat stratégique entre les deux pays.
La cheffe du gouvernement a conclu son intervention en exprimant le souhait de voir ce forum s’imposer comme un rendez-vous régulier permettant aux opérateurs économiques tunisiens et italiens de renforcer leur dialogue, de partager leurs expériences et d’explorer de nouvelles opportunités d’investissement et de coopération.
Elle s’est déclarée convaincue que les discussions engagées à l’occasion de cette rencontre contribueront à consolider les acquis communs et à ouvrir de nouvelles perspectives de partenariat au service des intérêts des deux peuples.
Prenant la parole à son tour, Antonio Tajani a réaffirmé l’engagement de l’Italie à renforcer son partenariat stratégique avec la Tunisie et à approfondir la coopération bilatérale. Il a souligné que ce forum constitue un instrument essentiel pour concrétiser les objectifs du « Plan Mattei pour l’Afrique », fondé sur un modèle de coopération équilibrée et mutuellement bénéfique.
Le responsable italien a estimé que la forte participation des représentants du gouvernement et du secteur privé italiens témoigne de la vitalité des relations entre les deux pays. Il a rappelé que celles-ci ne se limitent pas aux 70 années de relations diplomatiques officielles, mais s’inscrivent dans une histoire commune de plus de 2.500 ans.
Antonio Tajani a appelé les entreprises italiennes à intensifier leurs investissements en Tunisie, notamment dans les secteurs de l’énergie, des énergies renouvelables, de la transition numérique, des infrastructures et de l’innovation.
Il a également insisté sur la nécessité de lever les obstacles administratifs et douaniers afin de favoriser davantage les échanges et les investissements entre les deux pays.
Évoquant le contexte international, il a souligné que les tensions géopolitiques actuelles, notamment les perturbations liées à la fermeture du détroit d’Ormuz et leurs répercussions sur les prix de l’énergie et le transport maritime, imposent aux États de renforcer leurs partenariats stratégiques.
Dans ce cadre, il a qualifié le projet ELMED de moteur essentiel du développement économique et de l’investissement entre la Tunisie et l’Italie, estimant que ses retombées bénéficieront durablement aux deux rives de la Méditerranée.
Antonio Tajani a également considéré que la Tunisie est appelée à jouer un rôle central dans le corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC), lancé en 2023, grâce à ses atouts géographiques et économiques qui en font un lien naturel entre l’Afrique et l’Europe.
En marge du Forum économique tuniso-italien, plusieurs accords de partenariat économique ont été signés entre des entreprises tunisiennes et italiennes dans des secteurs stratégiques. D’autres accords devraient être conclus dans les prochains jours à l’occasion du Forum de l’investissement de Tunisie, prévu à Tunis les 25 et 26 juin 2026, renforçant davantage la dynamique de coopération économique et d’investissement entre les deux pays.



