Le statut de membre fédéral et la machine qui fonctionne depuis des années ne sont pas faciles à lâcher. Quelques membres entendent rendre leur tablier, mais il faudra le faire et non le promettre.
La Presse — Et si l’actuel bureau fédéral démissionnait après le désastre vécu par l’équipe nationale au mondial ? Scénario envisageable dans des pays développés où un organisme mandaté peut s’en aller s’il juge que les erreurs commises ont amené des crises et un échec terrible. Mais, en même temps, beaucoup de sélections ont chuté sur une coupe du monde et ont eu des résultats catastrophiques, mais leurs dirigeants n’ont pas démissionné, et ce, pour une simple raison : là-bas, on a des structures solides qui gèrent le foot, un cadre juridique riche et exhaustif, un championnat fort économiquement et sportivement, des outils de contrôle minutieux.
Ce qui n’est pas le cas dans notre football depuis qu’il a été créé. Jamais on a eu de gestion rationnelle des affaires du football même dans les années de gloire comme 1978 où c’était plutôt un extraordinaire talent des joueurs, associé à une ambiance saine et un sélectionneur charismatique, qui ont produit la saga du mondial de l’Argentine.
En 2004, on a gagné la CAN oui, mais avant et après, on se souvient comment l’équipe nationale fonctionnait et on se souvient tous de ce catastrophique mondial 2006 sous la conduite de Roger Lemerre et du bureau de Hammouda Ben Ammar. D’ailleurs, mis à part le mondial argentin, l’équipe de Tunisie n’a jamais réussi à laisser une forte impression.
Défaites, élimination dès le premier tour, problèmes dans les vestiaires, personnages criminels qui ont détruit la sélection en présence de sélectionneurs complices et effacés, on en a vu de toutes les couleurs. Dire que cette année, c’est la participation la plus faible et dire que c’est l’équipe la plus médiocre n’est pas si précis, car on avait touché avant le fond même avec de bons joueurs. Pour le mondial 2026, l’ampleur du désastre est plus grande pour une simple raison : deux défaites lourdes et un visage médiocre. Rien de plus. Mais au fond, l’équipe nationale confirme ses limites et son incapacité en coupe du monde.
La responsabilité de qui ? Une question compliquée qui demande des jours et des jours pour être cernée. Cependant, on peut invoquer le bureau fédéral de Houcine Jenayeh et Moez Nasri, élu pour résoudre les problèmes, mais qui a failli à sa mission. En toute objectivité, la façon dont Houcine Jenayeh (véritable président de la FTF) et ses amis ont géré la sélection est tellement vicieuse et louche, que leur démission est la moindre des choses.
En continuité de la période de l’ex-président Wadi El Jary, ce bureau fédéral a multiplié les gaffes et ancré une gestion médiocre et suspecte qui a si nui à la sélection. On en a parlé en long et en large et il suffit de voir de janvier 2025, date de leur investiture, jusqu’à aujourd’hui, le bal des sélectionneurs et des joueurs qui ont défilé pour se rendre compte de l’ampleur des dégâts et l’état dans lequel on se trouve.
Intérêts vitaux
La démission, acte civique d’un responsable, qui avoue son échec et qui assume ses responsabilités même si les textes lui permettent de rester jusqu’à la fin, n’est pas un acte facile. Seuls les courageux, les honnêtes le font et avouent qu’ils ne peuvent plus rien donner. Surtout quand il y a un drame comme l’a vécu l’équipe nationale.
Dans le cas d’espèce, Houcine Jenayeh, Moez Nasri, Khemaïs Hamzaoui, Rym Bejaoui, Marwa Skhiri, Mannoubi Troudi, Belhassen Bessamra, Neji Chahed, Moez Mestiri, Wissem Ltaïef, Moez Naïli et Zyed Massoudi, tous membres fédéraux élus en janvier 2025, vont-ils être aussi fermes et tenaces pour laisser la place à d’autres ? Très difficile, même si quelques rumeurs disent que certains membres pensent s’en aller.
En tout cas, plusieurs membres, surtout les influents et les pièces clefs de la machine fédérale, feront tout pour rester, quitte à faire profil très bas, à encaisser les critiques les plus acerbes, à sortir en faux héros comme l’a fait Ali Abdi et jouer la comédie. Ils s’accrocheront jusqu’au bout pour rester collés à leurs sièges, parce qu’ils savent que les intérêts sont énormes entre notoriété, relationnel, accès aux structures régionales et internationales comme la CAF et la Fifa, réseau de relations locales et tous les avantages que le statut de membre fédéral permet.
De plus, la plupart d’entre eux jouent les avocats de leurs clubs dans un système de copinage et de connivences, ancré depuis des années. La pression qui vient de partout pour les pousser à démissionner grandit d’un jour à l’autre. Ou il y aura démission et appel à de nouvelles élections ou désignation d’un comité de gestion (une mauvaise idée si l’on va rappeler Kamel Idir ou quelqu’un de son profil !), ou l’actuel bureau fédéral fera de la résistance et parviendra à tenir.
Dans tous les cas, rien ne va vraiment changer si l’on continue avec les textes actuels et les dirigeants actuels des clubs qui amènent tous les 4 ans des gens loyaux. Si l’on pense que le départ de Houcine Jenayeh et son équipe, chose inévitable vu les événements survenus, va à elle seule transformer le football tunisien, on se trompe.
L’autre liste qui a perdu les élections et conduite par Mahmoud Hammami, dont certains membres montent au créneau profitant de la déconvenue du mondial, n’est pas meilleure. Ce sont d’autres acteurs d‘une même pièce qui se joue sur notre football. De plus, ramener des ex-footballeurs qui n’ont pas de profil académique, qui n’ont pas fait des études, qui n’ont pas entraîné ou dirigé avant, ne semble pas la solution.
Tout un cadre juridique et tout un casting de dirigeants (quitte à exclure, pour une période donnée, tous les gens qui ont déjà fait partie d’un ex-bureau fédéral) à revoir si on veut vraiment que notre football se débarrasse de ses maux. En attendant que le miracle se produise et que l’actuel bureau fédéral s’en va de son plein gré.



