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Stratégie énergétique euro-méditerranéenne: La Tunisie, acteur clé de l’initiative « T-MED »

  • 2 juillet 2026
  • 6 min de lecture
Stratégie énergétique euro-méditerranéenne: La Tunisie, acteur clé de l’initiative « T-MED »

L’Union européenne a dévoilé au début du mois de juin une nouvelle initiative destinée à mobiliser jusqu’à 25 milliards d’euros d’investissements dans les énergies renouvelables et l’hydrogène vert autour de la Méditerranée. L’objectif : tirer parti du potentiel solaire exceptionnel du Maghreb et du Moyen-Orient pour produire de l’hydrogène vert ou ses dérivés, puis alimenter les besoins croissants de décarbonation de l’industrie européenne. L’initiative s’inscrit dans le cadre du Pacte méditerranéen adopté à Barcelone en novembre 2025.

La Presse —La première réunion opérationnelle de la plateforme T-MED est prévue pour octobre 2026, tandis que les premières coopérations industrielles devraient commencer à prendre forme dès 2027.

La Trans-Mediterranean Renewable Energy and Clean-Tech Cooperation, «T-MED», est une plateforme de coopération industrielle et financière, lancée par la Commission européenne au mois de juin 2026, réunissant plusieurs pays du bassin méditerranéen : la Tunisie, l’Algérie, l’Égypte, la Jordanie, le Liban, la Libye, le Maroc, la Palestine, la Syrie. Elle constitue un mécanisme de garantie destiné à attirer des capitaux privés sur des projets de production d’énergie renouvelable, de stockage et d’hydrogène vert.

La Tunisie, le rôle de pont vers l’Europe

La Tunisie possède une position géographique précieuse qui lui permet de devenir un point de passage entre les réseaux électriques nord-africains et européens. Le projet «Elmed», qui prévoit une interconnexion électrique sous-marine entre la Tunisie et l’Italie, illustre cette ambition. Pour notre pays, «T-MED» peut offrir des financements utiles à la modernisation du réseau, au développement du solaire dans le sud du pays et à la formation de compétences spécialisées. Les coopérations industrielles ciblées incluent les chaînes de valeur locales: fabrication de composants, formation, développement de compétences techniques. L’UE table sur 100.000 emplois pouvant être créés dans les pays partenaires.

Une plateforme d’investissement sera mise en place dès septembre 2026. Les investisseurs privés et  les porteurs de projets ont jusqu’au 15 août 2026 pour soumettre leurs candidatures.

Pour la Tunisie, l’initiative intervient alors que le pays a validé un pipeline de 2.300 MW éolien et solaire, attribué quatre projets totalisant 498 MWac à Qair, Voltalia et Scatec, et que la deadline du Round 6 Steg (200 MW) vient de s’achever le 15 juin 2026. T-MED peut accélérer l’accès aux financements européens pour ces projets.

La Commission de l’UE fixe un objectif de 15 GW de nouvelles capacités renouvelables dans les pays partenaires d’ici 2035, tous pays confondus et toutes technologies confondues. Ramené aux seuls Maroc, Algérie, Tunisie et Égypte, le potentiel de captation est considérable : les quatre pays cumulent déjà des pipelines de projets supérieurs à 50 GW.

Les étapes clés

La première réunion opérationnelle de la plateforme T-MED est prévue pour octobre 2026. Les premières coopérations industrielles concrètes sont attendues à partir de 2027.

La plateforme disposera d’un mécanisme de revue continue des projets éligibles. Les critères retenus incluent la bancabilité (cadre réglementaire stabilisé, mécanisme de revenus garanti…), l’additionnalité (projet non financé sans la garantie) et l’impact local (emplois, contenu local, formation). La première réunion d’octobre constituera le test de la capacité de Bruxelles à transformer ce cadre en flux de projets concrets.

Pour les développeurs de projets, T-MED ne finance pas directement les projets mais elle réduit le risque perçu pour les investisseurs privés. En effet, les projets qui peinent à boucler leur financement à cause du coût du capital trop élevé — problème chronique en Afrique du Nord, où le coût de la dette est deux à trois fois supérieur à celui observé en Europe — pourraient devenir bancables grâce aux garanties «EFSD+».

Pour les gouvernements de la région, la question est de s’assurer que les cadres réglementaires locaux, licences, réglementation de l’autoproduction, règles d’accès au réseau…, sont suffisamment stabilisés pour permettre une mise en œuvre rapide. Pour l’Algérie, la Tunisie et le Maroc, le programme ouvre une séquence importante. Mais tous n’arrivent pas avec les mêmes atouts. L’Algerie, en l’occurrence, dispose d’une carte singulière avec un immense potentiel solaire, des infrastructures gazières déjà tournées vers l’Europe et une longue expérience industrielle dans l’énergie.

L’ambition européenne est de sécuriser de nouveaux approvisionnements en énergie propre tout en rapprochant les réseaux des deux rives.

Retombées potentielles

La Tunisie pourrait ainsi franchir une nouvelle étape dans son ambition de devenir l’un des principaux fournisseurs d’énergie verte de l’Europe. Pour le pays, cette initiative intervient dans un contexte particulièrement favorable. Grâce à sa proximité géographique avec l’Europe, à ses importantes ressources solaires et éoliennes ainsi qu’à ses infrastructures logistiques et énergétiques déjà opérationnelles, il apparaît comme l’un des partenaires les mieux positionnés pour accompagner la transition énergétique européenne.

Pour la Tunisie, les retombées potentielles dépassent largement le seul secteur énergétique. La production d’électricité verte, d’hydrogène vert.. pourrait attirer de nouveaux investissements industriels, renforcer les exportations et consolider le rôle stratégique du pays dans les chaînes de valeur de la transition énergétique mondiale.

Cette dynamique pourrait également bénéficier aux consommateurs européens. En diversifiant leurs sources d’approvisionnement énergétique, les pays de l’Union espèrent sécuriser leurs besoins futurs tout en limitant leur dépendance aux énergies fossiles importées. Dans ce schéma, la Tunisie est appelée à jouer un rôle de passerelle énergétique entre l’Afrique et l’Europe.

Le défi reste toutefois considérable. La réussite de cette ambition passera par l’accélération des investissements dans les réseaux électriques, les capacités de stockage et les infrastructures d’exportation, ainsi que par la mise en place de cadres réglementaires adaptés aux futurs échanges énergétiques transfrontaliers. Mais avec T-MED, la Tunisie dispose désormais d’un nouvel outil pour conforter sa place parmi les futurs leaders de l’énergie verte en Méditerranée.

Auteur

Najoua Hizaoui

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