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De 300 à 2 500 dinars la brebis : une explosion des prix qui inquiète en Tunisie

  • 5 juillet 2026
  • 4 min de lecture
De 300 à 2 500 dinars la brebis : une explosion des prix qui inquiète en Tunisie

Le secteur de l’élevage en Tunisie traverse depuis plusieurs années une période de fortes tensions structurelles, marquée par une flambée spectaculaire des prix du bétail et une baisse progressive de la production nationale de viande rouge, selon des données récentes publiées par l’Office de l’élevage et du pâturage et des chiffres officiels des ministères de l’Agriculture et du Commerce.

Sur une période de 16 ans, entre 2010 et 2026, le prix moyen des brebis a connu une augmentation estimée à près de 800 %, passant d’environ 240 à 300 dinars par tête en 2010 à près de 2 500 dinars durant le premier semestre 2026. Une hausse de plus de 2 200 dinars par animal, qui illustre l’ampleur des déséquilibres actuels du marché.

Dans le même temps, la production nationale de viande rouge a reculé d’environ 10 %, passant de 122,7 mille tonnes en 2010 à près de 110,8 mille tonnes en 2025, confirmant une tendance baissière progressive du secteur.

Un secteur fragilisé par plusieurs facteurs combinés

Selon les données présentées lors d’une audition parlementaire tenue début juillet, cette évolution est le résultat d’un ensemble de facteurs structurels et conjoncturels. Parmi eux figurent la hausse du coût des aliments pour bétail, directement liée à l’augmentation des prix mondiaux des céréales, ainsi que les coûts de transport et d’importation.

À ces pressions économiques s’ajoutent les effets répétés des périodes de sécheresse, qui ont fortement réduit la disponibilité des fourrages locaux, notamment le foin et la paille, essentiels à l’alimentation du bétail.

Les autorités soulignent également une transformation profonde du secteur, marquée par la diminution du cheptel national (en particulier des femelles reproductrices) et la baisse du nombre d’éleveurs. Beaucoup d’acteurs ont réduit leur activité ou quitté le secteur, en raison de difficultés financières croissantes.

Du côté du ministère du Commerce, les analyses mettent en avant un déficit structurel de production, aggravé par l’augmentation de l’abattage non contrôlé et des pratiques de contrebande. Ces phénomènes ont contribué à réduire l’offre sur les marchés, accentuant la pression sur les prix.

Face à cette situation, l’État a été amené à intervenir via des mécanismes de régulation, notamment l’importation ponctuelle de viandes réfrigérées et congelées afin de garantir l’approvisionnement, en particulier durant les périodes de forte demande.

Une stratégie de relance à l’horizon 2030

Pour répondre à ces déséquilibres, le ministère de l’Agriculture a présenté une stratégie nationale de développement du secteur de l’élevage à l’horizon 2030. Ce programme vise à reconstituer le cheptel national et à améliorer sa productivité à travers plusieurs axes.

Il prévoit notamment le soutien aux petits éleveurs, la modernisation du suivi du bétail via la digitalisation, le renforcement de la santé animale, ainsi que l’amélioration des ressources alimentaires locales.

Le plan inclut également le développement de l’amélioration génétique des troupeaux, l’introduction de techniques modernes de reproduction, la création d’une plateforme numérique nationale de suivi du cheptel, et la généralisation du marquage électronique des animaux.

Sécuriser l’alimentation animale et moderniser la filière

Parallèlement, les autorités misent sur la réduction du déficit en aliments pour bétail, à travers l’extension des cultures fourragères, la valorisation des résidus agricoles et industriels, ainsi que la constitution d’un stock régulateur destiné à stabiliser le marché.

Des échanges internationaux ont également été engagés, notamment avec l’Afrique du Sud, pour explorer l’introduction de races animales mieux adaptées aux conditions climatiques changeantes, dans l’objectif d’améliorer la résilience du cheptel tunisien.

Au-delà des chiffres, ces évolutions traduisent une réalité plus large : celle d’un secteur stratégique pour la sécurité alimentaire nationale, mais fragilisé par des contraintes économiques, climatiques et structurelles qui s’accumulent depuis plus d’une décennie.

Ainsi, entre hausse des prix, recul de la production et dépendance accrue aux importations, l’élevage tunisien se trouve aujourd’hui à un tournant, où les choix stratégiques des prochaines années seront déterminants pour rééquilibrer un marché sous tension.

R.I

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R. I

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