Le projet du métro de Sfax n’a pas été abandonné et demeure inscrit parmi les priorités de l’État, a affirmé le président de la commission technique chargée d’accélérer les projets publics à la présidence du gouvernement, Idriss Mnejja, mettant ainsi fin aux interrogations suscitées ces dernières semaines autour de son statut.
Cette clarification intervient en réponse à une question écrite de la députée Fatma Mseddi, qui s’étonnait de ne pas voir le projet figurer parmi les projets dits “en difficulté” dans une précédente réponse gouvernementale, alors même qu’il est inscrit dans les budgets publics des années 2025 et 2026.
Selon Idriss Mnejja, cette absence ne signifie ni abandon ni mise à l’écart du projet, mais s’explique par le périmètre limité de la réponse précédente, qui concernait uniquement les projets confrontés à des blocages identifiés, et non l’ensemble des projets programmés dans le gouvernorat de Sfax, lesquels dépassent les 390 interventions en cours de suivi.
Un projet structurant toujours dans le portefeuille de l’État
Le gouvernement a tenu à rappeler que le projet du réseau de transport collectif en site propre de Sfax, communément appelé “métro de Sfax”, constitue un projet structurant national, destiné à transformer en profondeur la mobilité urbaine dans la capitale économique du sud tunisien.
Son objectif est clair : fluidifier un trafic routier de plus en plus saturé, améliorer les conditions de déplacement des citoyens et accompagner le développement urbain et économique d’une région considérée comme stratégique.
Dans ce cadre, Idriss Mnejja a insisté sur le fait que le projet continue de faire l’objet d’un suivi institutionnel régulier et qu’il reste intégré dans les priorités nationales en matière d’infrastructures de transport.
Des avancées techniques, mais des blocages persistants
Sur le plan opérationnel, les autorités indiquent que plusieurs étapes importantes ont été franchies. Les études préliminaires ont été achevées et les discussions relatives au montage financier ont progressé. Des avancées ont également été enregistrées dans les opérations de déplacement des réseaux publics ainsi que dans les procédures d’acquisition des terrains nécessaires au tracé du futur réseau.
Cependant, le démarrage effectif des travaux reste suspendu à la finalisation de plusieurs procédures sensibles, notamment celles liées au foncier.
Parmi les étapes encore en cours figurent la libération complète de l’emprise du projet, la finalisation des expertises des biens concernés par les expropriations, ainsi que la préparation des dossiers d’appels d’offres relatifs aux différentes composantes du chantier.
Ces contraintes, principalement administratives et foncières, continuent de constituer le principal frein au passage à la phase de réalisation.
Une réponse aux critiques sur un projet jugé “bloqué”
Cette mise au point intervient dans un contexte marqué par des critiques récurrentes, notamment sur la lenteur du projet et son absence de concrétisation depuis plusieurs années.
La députée Fatma Mseddi a notamment rappelé que le projet du métro de Sfax est évoqué depuis plus d’une décennie, sans aboutissement concret, malgré des annonces successives et des enveloppes budgétaires mobilisées pour les études et les phases préparatoires.
Elle souligne également que la ville de Sfax fait face à une congestion routière croissante et à des insuffisances structurelles dans le transport public, ce qui rend, selon elle, la réalisation du projet de plus en plus urgente.
Pour rappel, le dossier du métro de Sfax remonte à plusieurs années. Créée par un décret gouvernemental en juillet 2015, la société chargée du projet avait initialement fixé des objectifs ambitieux, avec un démarrage progressif des travaux prévu pour les années suivantes.
En 2020, les autorités avaient annoncé une mobilisation de financements pour les premières étapes, notamment la libération foncière et le déplacement des réseaux, avec une première phase envisagée dans un horizon rapproché.
En janvier 2024, le ministère du Transport avait évoqué un travail de révision des études et une accélération des procédures dans le cadre d’un éventuel partenariat public-privé, tout en reconnaissant la nécessité d’actualiser les paramètres techniques du projet.
Plus récemment, en décembre 2025, le ministre du Transport a confirmé que le projet restait en phase de coordination entre les différentes parties prenantes, avec l’appui technique de la Banque africaine de développement envisagé pour affiner les études.
Des solutions temporaires face à l’urgence du transport
Malgré ces annonces successives, le projet reste aujourd’hui dans une phase préparatoire prolongée, entre ajustements techniques, contraintes foncières et recherche de financement optimal.
Son coût global est estimé à environ 540 millions de dinars, avec une première ligne de 22,8 km dont une phase initiale de 13,5 km devait constituer le cœur du lancement opérationnel.
En attendant la concrétisation du projet, les autorités locales et régionales poursuivent les efforts pour améliorer le transport urbain à Sfax. Des réunions de coordination sont régulièrement tenues avec la société régionale de transport afin d’ajuster les horaires et de mieux répondre aux besoins des étudiants et des élèves, notamment aux heures de pointe.
Le gouvernement reconnaît toutefois que ces solutions restent limitées et dépendantes des moyens disponibles en matériel roulant et en ressources humaines, en attendant la mise en œuvre d’un programme d’acquisition et de renforcement prévu à partir de 2026.
Sur le terrain, l’attente reste palpable. Pour de nombreux observateurs, le métro de Sfax est devenu au fil des années un symbole des grands projets annoncés mais retardés, dans une ville où la pression démographique et économique rend les enjeux de mobilité de plus en plus urgents.
Entre volonté politique affichée et contraintes de mise en œuvre, le projet continue ainsi de naviguer entre espoir et impatience.
R.I



