Secteur de l’immobilier : La réinstauration de la dimension sociale en priorité
Le secteur de l’habitat a connu, ces dernières années, un basculement sérieux qui s’est traduit par une rupture grave avec la dimension sociale, alors qu’elle constituait, depuis toujours, le fondement même de notre politique nationale de promotion immobilière. Une transformation « malheureuse » qui a fini par enfoncer le secteur dans une crise structurelle profonde.
Et c’est en raison de la complexité de la situation que le Chef de l’Etat a réaffirmé, tout récemment, la nécessité que les différents acteurs, notamment publics, de la promotion immobilière, « assument pleinement leur responsabilité pour soutenir les citoyens à revenu modeste ou intermédiaire »
La Presse — L’immobilier tunisien connaît, malheureusement, une crise structurelle profonde. Une crise sous forme, soutient une récente étude de l’Institut arabe des chefs d’entreprises, Iace, « d’un divorce entre l’offre et la demande ». Et ce n’est pas une question de manque de logements, étant que notre parc est largement excédentaire, avec plus de 800.000 unités disponibles, mais c’est plutôt un problème de financement, de commercialisation et de pouvoir d’achat. C’est pour cette raison, justement, que l’Iace reconnaît que le problème du logement est un problème d’accessibilité.
Et il faut admette, déjà, que depuis quelques années, le secteur de l’immobilier se démarque par l’incohérence entre ses différents segments. On parle surtout d’un paradoxe profond et même douteux.
En effet, au moment où le nombre d’invendus et des logements vacants évolue rapidement pour représenter environ 19% du parc immobilier, le rythme de construction reste toujours assez rapide, avec une moyenne de plus de 97.000 logements par an. Un nombre assez important surtout pour un marché marqué par une demande trop timide.
L’inaccessibilité « immobilière » s’explique, de toute évidence, par une tendance tarifaire très complexe. A tous les niveaux. Et cela a fini par conduire à une forte recomposition du marché, et surtout par un décrochage au niveau de la valeur ajoutée du secteur. L’Institut national de la statistique, INS, parle d’une chute de 7,1% au premier trimestre de 2026.
Il est vrai, en effet, que l’évolution du prix de la matière première, la complexité du financement, l’évolution spectaculaire du foncier, les pressions fiscales et certaines pratiques douteuses ont faussé le marché immobilier.
Un basculement historique
Ces facteurs ont conditionné largement la politique de promotion immobilière dans son ensemble.
Le rapport de l’Iace réaffirme, en effet, que les « promoteurs, sous la pression des coûts, ont fini par déserter le logement économique et se concentrer ainsi, sur le haut standing, c’est–à-dire, le premium, généralement plus rentable ».
Du coup, la classe moyenne s’est retrouvée exclue, ce qui l’a contrainte à s’orienter vers les segments modestes et qui sont, parfois, peu recommandables.
On se retrouve, donc, et comme le confirme le rapport de l’Iace, face « à un basculement qui marque une rupture historique avec la dimension sociale qui a constitué, jusque-là, le fondement et l’esprit même de notre politique immobilière.
Une situation assez critique et qui nécessite, sans tarder, un engagement sincère et responsable de tous les acteurs du secteur pour rééquilibrer, rapidement, la tendance et réinstaurer un nouveau modèle plus adapté aux capacités financières réelles de la classe moyenne.
L’élargissement des acquisitions par facilité de paiement, avec des taux d’intérêts préférentiels et la réactivation, surtout, de la formule « location-vente » pour soulager, sensiblement, la classe moyenne et les catégories à faibles revenus.
D’ailleurs, le Chef de l’Etat a, tout récemment, insisté pour que la Société nationale immobilière de Tunisie, Snit, l’Agence foncière de l’habitat, AFH, et la Société de promotion des logements sociaux, Sprols, assument « pleinement leur rôle social pour soutenir les citoyens à revenu modeste ou intermédiaire ».
Le marché immobilier national a besoin, en effet, et comme on l’a souvent relevé, d’un compromis sincère et bien réfléchi et qui soit en mesure de satisfaire, du moins dans une large mesure, les exigences des uns et des autres. Mais, pour cela, il est nécessaire de faire les concessions appropriées.



