Culture

On nous écrit – Rétrospective de l’artiste plasticien Salah Ben Amor : L’art unificateur d’un insulaire

  • 6 juillet 2026
  • 4 min de lecture
On nous écrit – Rétrospective de l’artiste plasticien Salah Ben Amor : L’art unificateur d’un insulaire

Originaire des îles Kerkennah, où il est né au début des années 1950, l’artiste plasticien contemporain tunisien Salah Ben Amor investit le Musée de la Ville de Tunis. Sa riche rétrospective y mêle créations nouvelles et anciennes. L’exposition porte un titre mystérieux, métaphore de la vie qui illustre toute l’énigme posée par l’art.

Trois installations, une vingtaine de tableaux à l’acrylique, autant de sculptures façonnées dans différents matériaux et techniques et autant de tapisseries murales occupent le vaste espace lumineux du rez-de-chaussée. Au total soixante œuvres se déploient à travers les salles en enfilade, du Palais Kheireddine, au cœur de la médina de Tunis.

Ce « vagabond de l’art », comme l’appellent ses amis, est un touche-à-tout insatiable quand il s’agit de faire travailler ses mains. Bon vivant, au tempérament sauvage et rebelle, cet artiste plasticien, doté d’une sensibilité extrême, est pourtant capable d’une grande douceur. Salah Ben Amor bouscule la bienséance et défie les conventions. Il incarne l’essence même de l’artiste contemporain novateur.

Nomade de la matière

Son art adhère à sa vie. Ses incessants déplacements entre son île et Sfax font de lui un nomade permanent à la recherche d’un équilibre entre la campagne et la ville, entre ses navigations dans sa barque et ses retours sur la terre ferme. La mer, les vagues, les filets, les cordes, les rames, les embarcations connaissent bien Salah Ben Amor. À peine quitte-t-il la mer où il vogue et pêche, qu’il y revient. Travaillant à l’air libre, à la plage, devant sa maison, devant son dépôt où sur un terrain vague.

Partout ou il est possible d’être en contact avec la matière, l’air, la lumière, la terre et l’eau, Salah Ben Amor ne recule pas à dompter n’importe quel matériau. Bronze, inox, cuivre,marbre,cuir, corde, résine, laine, peinture acrylique, toile, tissu ; absolument tout l’interpelle.

S’engage alors un dialogue de corps à corps avec le matériau, voire à un combat pour l’amadouer, l’assouplir et lui donner une courbe délicate. Ses mains aux doigts habiles parlent de leur affrontement avec la matière dure.

À les observer en action, on comprend leur lien intime avec les sujets de ses œuvres, où la présence constante de trois traits parallèles est frappante à l’instar de la sculpture en marbre : « Envol », 70 x 29 x 12 cm. Finalement, les mains de Salah Ben Amor deviennent à la fois outil et sujet central de son art.

L’union des contraires

À travers les six espaces de l’exposition, cette multidisciplinarité de la pratique artistique de ce plasticien poursuit une idée récurrente : lier ce qui est séparé et maintenir ensemble les deux parties symétriques en une entité organique.

Au sein de cette structure générale, se devine la notion de couple, d’union des contraires et d’attache.

Dans cet ordre d’idée, les sculptures en résine et fibre de verre, par exemple, pour ne citer que la monumentale : « La noce des mannequins », 150 x 60 x 80 cm, trouvent dans les autres œuvres en ronde-bosse un écho et un répondant. Ses tissages à ras et en points noués renforcent cette dynamique. Par les formes arrondies des rondes-bosses ainsi que dans les reliefs des tapisseries murales, on retrouve l’attachement de l’artiste à ses origines insulaires. En témoignent les courbes successives en laine aux couleurs pures alignées horizontalement, lesquelles imitent le mouvement des vagues déferlant sur le rivage, exemple : «Partition», 135 x 100 cm.

En symbiose avec les éléments naturels, le plasticien Salah Ben Amor célèbre l’amour, l’amitié, le partage. En contrepoint, il critique l’invasion des technologies et s’érige fermement contre les machines qui brisent le contact direct avec autrui.

Par la symétrie de ses formes et la multiplicité de ses médiums, son univers plastique lance un appel vibrant à la diversité, à l’altérité et à l’unité. Cet engagement humain pour l’union des contraires est le reflet d’une lutte permanente pour trouver un équilibre. Les créations de Salah Ben Amor personnifient le lien. En incitant au partage dans la différence, elles s’inscrivent dans un projet de paix et portent une dimension humaniste essentielle, fédératrice de cohésion sociale.

Auteur

Amel BOUSLAMA

You cannot copy content of this page