Alors que la hausse des pensions de retraite prévue par la loi de finances 2026 devait concerner les retraités des différents régimes, certaines catégories n’ont finalement pas bénéficié de cette revalorisation, relançant le débat sur l’équité du système de retraite et la situation des pensionnés aux revenus les plus faibles.
La polémique a été déclenchée après la publication, vendredi dernier, d’un communiqué de la section de la protection sociale et du secteur informel de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), qui a dénoncé l’absence d’augmentation pour un grand nombre de retraités percevant des pensions minimales ne dépassant pas 260 dinars par mois auprès de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS).
Pour l’organisation syndicale, cette situation constitue une mesure qui “approfondit la précarité” d’une partie importante de la population, estimant que les retraités aux faibles pensions ne sont pas les seuls concernés. L’UGTT a aussi évoqué d’autres catégories, notamment les affiliés exerçant à l’étranger ainsi que les personnes parties à la retraite à partir du 1er janvier 2026.
L’article 15 de la loi de finances au cœur du débat
Intervenant ce mardi 7 juillet 2026 sur Diwan FM, l’expert du département de la protection sociale de l’UGTT, Hédi Dahmen, a estimé que l’article 15 de la loi de finances 2026 ne prévoit aucune exclusion de catégories de retraités.
Selon lui, ce texte prévoit de manière générale une augmentation des salaires et des pensions dans les secteurs public, privé et les établissements concernés, sans distinction entre les catégories de retraités.
L’expert syndical considère que la responsabilité incombe au gouvernement, qui fixe les modalités d’application des décisions, tandis que les caisses sociales, notamment la CNSS, ont pour rôle d’exécuter les mesures adoptées.
Pour rappel, l’article 15 de la loi de finances 2026 prévoit une augmentation des salaires et traitements pour les années 2026, 2027 et 2028, avec une extension de cette revalorisation aux pensions des retraités. Les augmentations ont été fixées par des textes réglementaires publiés au Journal officiel de la République tunisienne le 30 avril 2026.
Trois catégories principalement concernées par l’absence de hausse
Selon le professeur de droit du travail Hafedh Amouri, trois principales catégories de retraités n’ont pas bénéficié de la dernière augmentation.
La première concerne les retraités percevant des pensions très faibles, parfois inférieures à l’aide sociale. Ces situations concernent notamment des personnes ayant déclaré de faibles salaires durant leur carrière ou ayant travaillé pendant une période très courte, parfois seulement cinq ans.
Dans certains secteurs, notamment agricoles, les pensions peuvent être particulièrement faibles, voire symboliques. Pour ces retraités, l’État avait déjà procédé à une revalorisation afin d’aligner les montants sur le niveau des allocations sociales, actuellement fixées à 260 dinars, avec une évolution attendue vers environ 280 dinars.
La deuxième catégorie concerne les bénéficiaires du régime complémentaire de retraite de la CNSS. Ce dispositif optionnel concerne principalement les salariés dont les rémunérations dépassaient six fois le salaire minimum. Il repose sur un système de points acquis au cours de la carrière.
Dans ce régime, les cotisations s’élèvent à 9 %, réparties entre l’employeur (6 %) et le salarié (3 %). Toutefois, la dernière augmentation des pensions ne porte que sur le régime de base et ne concerne pas le régime complémentaire.
Le cas particulier des Tunisiens établis à l’étranger
La troisième catégorie concerne les Tunisiens résidant à l’étranger affiliés à un régime spécifique de sécurité sociale. Ce système, qui reste optionnel, vise principalement les Tunisiens vivant dans des pays ne disposant pas d’accords bilatéraux de sécurité sociale avec la Tunisie.
Selon Hafedh Amouri, les augmentations concernant les affiliés à ce régime nécessitent un texte spécifique et ne sont donc pas automatiquement couvertes par les hausses prévues dans la loi de finances.
Mais au-delà du débat juridique, cette situation met en lumière une réalité sociale : pour de nombreux retraités aux revenus modestes, chaque hausse de quelques dizaines de dinars représente un soutien essentiel face à l’augmentation du coût de la vie.
R.I



