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Eya Bouteraa, actrice à la Presse : « C’est toujours l’aspect sociétal qui prime… »

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  • 12 juillet 2026
  • 7 min de lecture
Eya Bouteraa, actrice à la Presse : « C’est toujours l’aspect sociétal qui prime… »

« A voix basse », 3e film de Leyla Bouzid, continue de se frayer un chemin en Tunisie et à l’étranger. Actuellement dans les salles, le long métrage a été auréolé de distinctions au festival du film méditerranéen de Malte, fin juin 2026. « A voix basse » a reçu le prix du meilleur film méditerranéen et sa 2e récompense, « Prix spécial du jury », a été attribuée à son actrice principale, Eya Bouteraa. Rencontre avec une révélation.

La Presse — « A voix basse » de Leyla Bouzid rassemble une pléiade d’actrices femmes, toutes générations confondues, et vous en faites partie. Ce film est votre premier long métrage. Qu’est-ce qui vous a encouragée principalement à mener cette aventure jusqu’au bout ?

Leyla Bouzid a une manière extrêmement douce, tendre de filmer ses acteurs et qui convient à ma perception du cinéma et de comment je veux que les femmes soient filmées. Un cinéma dénué de « Male Gaze », sensuel. Je me reconnais pleinement dans sa sensibilité. La relation entre mon personnage Lilia (l’héroïne principale) et sa mère (Incarnée par Hiam Abbass) m’a conquise, à la lecture du scénario.

Cette relation a été magnifiquement bien écrite. Ce lien fort m’a séduite. Le lien entre une mère et sa fille ou son fils reste pour moi tout ce qu’il y a de plus fort dans la vie. Troisièmement, et bien évidemment, le sujet principal compte beaucoup pour moi. Je me dois de porter cette cause. Tout prenait sens pour moi.

« A voix basse » traite largement de la thématique de la transmission intergénérationnelle. Vous avez voué un intérêt pour l’axe mère/fille, mais il y a aussi la grand– mère (interprétée par la réalisatrice Salma Baccar, devant la caméra pour la première fois) et qui joue un rôle majeur dans l’histoire…

Pour la construction du rôle de Lilia, je me suis davantage focalisée sur le rôle de la mère, celle de mon personnage. J’ai pris en compte la totalité des axes et des thématiques sur le tournage. Il y a l’axe de la famille, de la mémoire aussi. J’ai choisi de ne penser qu’aux composantes essentielles qui alimenteront mon personnage, sans m’éparpiller. Suite aux interactions des autres acteurs, on se crée des liens et tout se forge au fur et à mesure. Jouer aux côtés de Hiam Abbass était très édifiant pour moi. Elle m’a prise sous son aile. Il y avait une formidable alchimie entre nous, qui se ressent à l’écran.

Il y a une autre dimension essentielle du film, celle du non–dit, du tabou familial, du secret collectif, du silence partagé. Comment avez-vous travaillé cette composante du scénario ?

Leyla Bouzid et moi avons beaucoup travaillé la « Retenu » pour que je puisse convenablement interpréter Lilia. Dans la vraie vie, je suis impulsive et suis quelqu’un qui dit ce qu’il pense quand ça ne lui plaît pas, qui conteste, qui s’exprime quand rien ne va. Pas de place au silence… tout le contraire de l’atmosphère du film (d’où le titre d’ailleurs).

Je me suis donc nourrie de ressentis, de souvenirs, d’écriture, d’inspirations. Ensuite, j’ai fait confiance au moment présent, aux interactions qui se sont créées. J’étais sûre que davantage je devais montrer, moins mon jeu va être bien. Je décide donc à un moment de moins montrer. Ce qui d’ailleurs ressemble au cinéma de Leyla : ne pas montrer frontalement. C’est ainsi que s’est déroulée la direction d’acteur. Pendant le tournage, j’ai fait confiance totalement à Leyla et à moi-même.

Lilia, votre personnage est épris d’un amour jugé interdit, fortement réprimé par le poids des sociétés. Comment avez– vous travaillé cette histoire d’amour ?

Je n’ai pas fait de recherches, spécialement. C’est une histoire d’amour comme une autre, car l’amour pour moi reste universel. Cet amour n’est pas si différent d’une autre histoire. L’amour, c’est de l’amour. En revanche, ce qui découle d’une histoire comme celle du film, ce sont les mécanismes hérités de la société, imposés par elle.

L’essence même de l’histoire est puisée dans mon cœur. Nous savons ce que c’est aimer. Je me suis aussi documentée en lisant quelques livres incontournables, ou des films. Je tenais à m’imprégner de ce sentiment de rejet, savoir ce que c’est de ne pas être écoutée, rejetée, ne pas pouvoir se révéler aux autres. Comprendre cet état d’esprit. C’est toujours l’aspect sociétal qui prime : il fallait déceler comment tout fonctionne dans un environnement précis, sous le prisme des conventions.

Il n’y a pas eu d’hésitation de votre part à accepter ce scénario ?     

Pas une seule seconde. Au contraire, j’ai été très contente. Comblée de bonheur même. En revanche, j’ai eu peur, en interprétant le rôle de ne pas être vraie, ni à la hauteur. J’ai eu peur que mon jeu ne résonne pas chez les spectateurs. La pression a chuté quand le film est sorti en Tunisie et quand il a été vu. Il y a une responsabilité en campant un rôle au cinéma. Ça compte pour moi de titiller la société ou l’ordre établi (Sourire).

La ville de Sousse, la maison familiale. La ville et la maison dans le film sont très présentes. On pourrait même dire que le lieu est un personnage à part. Le tournage a duré deux mois, sur place, entourée d’un casting presque entièrement féminin. Ce tournage a-t-il été différent ? 

Ce n’est ni Tunis, ni la France ou ailleurs (sourire). Je me sens chanceuse et fière de commencer ma carrière ici en Tunisie. Sousse est une ville reposante, loin de la cacophonie. On se sentait davantage dans un cocon, amplifié par l’ambiance du tournage. Toutes celles et ceux qui avaient travaillé sur le film sont restés beaucoup ensemble. Pour moi, le tournage était comme une société dans la société. L’atmosphère était mi–colonie de vacances mi–noyau familial (sourire). Très plaisante et mémorable.    

Comment a été reçu le film par son public tunisien ?

Étonnamment bien. Je m’attendais à des réactions plus virulentes. Aucune réaction négative n’a eu lieu, ou qui m’a provoqué. « A voix basse » a suscité le débat, c’est l’essentiel. Ma famille l’a vu et même les réactions des personnes que je redoutais ont finalement été très positives (sourire). Elles ont senti le film et l‘ont vécu. La distribution était bien ciblée, sans doute. Le public présent était cinéphile, averti.

Pour finir, qui est Eya Bouterâa, l’actrice que le public vient tout juste de connaître dans « A voix basse » ?

Actrice depuis cinq ans. J’ai fait de l’impro et joué dans des courts métrages. Ma passion, c’est la scène. Un lieu que je trouve libre et libérateur. Prochainement, je vais me consacrer bien plus au théâtre. J’aimerais beaucoup écrire davantage et avancer sans bloquer, tout en chantant du jazz, de l’arabe, du blues et tout en dansant aussi (Sourire). La scène fusionne toutes les disciplines que je tiens à mixer et à expérimenter.

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Auteur

Haithem Haouel

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