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Monuments – La zaouia de Sidi Maâouia : Un cénotaphe banalisé dans le paysage nabeulien

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  • 13 juillet 2026
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Monuments – La zaouia de Sidi Maâouia : Un cénotaphe banalisé dans  le paysage nabeulien

Malgré sa position centrale, en plein milieu de l’une des principales artères commerçantes de la ville, l’édifice — délabré et mal entretenu — a tendance à passer inaperçu dans le chaos urbanistique de la Cité des Potiers.

La Presse — Généralement, quand on parle de mausolées ou de cénotaphes (monument funéraire élevé à la mémoire d’une personne, et dont la forme, contrairement au mausolée, rappelle une tombe mais qui ne contient aucun corps) de marabout  en Tunisie, nous vient directement à l’esprit un sanctuaire isolé, perché sur une colline ou bien tapi au fin fond d’une vieille médina.

Tel n’est pas le cas du cénotaphe de Sidi Maâouia, à Nabeul. En effet, sa «zaouia»* se distingue des autres par sa position atypique en se trouvant en plein centre-ville, au milieu de l’avenue Habib-Thameur, la deuxième plus grande avenue de Nabeul.

«J’ai toujours été fasciné par ce petit monument situé dans cette artère effervescente au centre de Nabeul. Sidi Maâouia représente pour moi cette symbolique de la solidarité humaine et un monument important de l’histoire de Nabeul». C’est avec ces mots, en 2004, lors de la cérémonie de remise des prix du concours photo «Nabeul Flash» organisé par l’Association de promotion de la ville de Nabeul «Nabeul Net», que Paul Nicolas, photographe français originaire de Metz, justifia son choix du monument de Sidi Maâouia, à Nabeul, pour en perpétuer le souvenir dans une photo argentique.

Sur les traces de Sidi Maâouia…

En effet, Sidi Maâouia n’est pas à confondre avec son homonyme d’El-Haouaria, d’après M. Yahia El Ghoul, professeur universitaire en histoire contemporaine. Les données historiques se référant à ce personnage sont quasi inexistantes. Seuls quelques témoignages de personnes âgées le décrivent comme ayant été un homme saint, très généreux et qui venait toujours en aide aux plus démunis.

Sa zaouia était ouverte pour porter secours aux voyageurs sans abri. Ce qui est sûr, cependant, c’est qu’il appartient à cette grande confrérie des Maâouines dont le fondateur, venu du Maroc vers le XIIe siècle, serait descendant du Prophète.

Malgré sa position centrale dans la ville, l’édifice a tendance à passer inaperçu dans le paysage nabeulien. La surface de ce patrimoine culturel s’est vu, au fil des années, réduire à une petite pièce d’à peu près 6 m2, sans électricité ni eau potable, délabré et reconnaissable seulement à sa coupole en tuiles vertes (en bien mauvais état), comme en témoigne Rafik Jazi, propriétaire d’un commerce juste en face de l’édifice, qui se rappelle au sujet de cette zaouia.

«Jadis, Sidi Maâouia occupait un très grand espace. Il n’y avait pas de route à deux voies, dans les années 40. Il n’y en avait qu’à une seule voie. Le sanctuaire était composé d’un grand patio, d’une chambre funéraire centrale surmontée d’une coupole et dans laquelle il y avait quatre tombeaux, une grande coupole, une citerne pour conserver les eaux de pluie, un puits derrière le bâtiment qui alimentait un abreuvoir pour les bêtes des voyageurs», fait-il savoir. «Et chaque jeudi, les gens venaient en pèlerinage manger du couscous à la viande et offrir un cierge en signe de dévotion. Le vendredi, c’était le tour des voyageurs qui passaient par le souk hebdomadaire de Nabeul d’investir l’endroit», ajoute le commerçant.

Aujourd’hui, de temps en temps, le mausolée ouvre ses portes le jeudi aux quelques fidèles à la mémoire de Sidi Maâouia.

D’ailleurs, pour la petite anecdote, selon une légende urbaine, le Dr Taoufik Daghfous (né le 24 mars 1925 à Nabeul et décédé le 6 mars 2003—Ndlr), ancien maire de la ville de Nabeul (du 15 mai 1960 au 24 mai 1980—Ndlr) aurait voulu délocaliser le mausolée de Sidi Maâouia. Or, à en croire la rumeur qui circulait à cette époque, voilà que Sidi Maâouia visite en rêve M. le maire pour le mettre en garde contre toute atteinte à la zaouia, ce qui a poussé le regretté maire à renoncer à son projet. À chaque cité ses mythes et ses réalités…

Un patrimoine culturel marginalisé

Mais qui dit patrimoine, dit aussi entretien et valorisation. Ce qui n’est pas le cas pour zaouiet Sidi Maâouia. Ce bâtiment est pour ainsi dire abandonné. Ses murs ont été noircis par la pollution engendrée par les tubes d’échappement des voitures et par la boue, sa porte d’entrée en bois vétuste a été moult fois victime d’effractions, comme en atteste Monia Mehrez qui s’occupe des lieux qu’elle a hérités de sa mère, Naïma Ben Gabsia (ancienne gardienne du mausolée).

D’autre part, on est en droit de se poser des questions : comment se fait-il qu’un symbole fort de la ville soit laissé à l’abandon par la mairie et surtout par l’Association de sauvegarde la ville de Nabeul (Asvn), alors que d’autres mausolées, comme celui de Sidi Mahrsi ou celui de Sidi Slimane et la maison de Sidi Ali Azzouz ont été réhabilités ar la même association ? Comment se fait-il qu’on n’y trouve même pas une plaque en céramique (au lieu d’une vulgaire plaque en plexiglass noir) portant notice sur Sidi Maâouia ?

Assurément, malgré une position centrale et une architecture typique qui font rêver les photographes professionnels et ornementent les plus célèbres des cartes postales représentant Nabeul, le cénotaphe Sidi Maâouia agonise dans le silence et l’incurie des autorités et des associations locales, sous le regard indifférent de Monsieur tout-le-monde, faisant de ce lieu un triste monument plongé dans les abysses de l’oubli.

A bon entendeur, salut !

* «Zaouia» pl. zaouïet ou zouïi) : mausolée ou cénotaphe d’un marabout.

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Auteur

Abdel Aziz HALI

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