Nabeul – Entre coupures d’électricité, chaleur étouffante et piqûres de moustiques : La nature livrée aux déchets en toute impunité
Malgré les efforts consentis par la commune de Nabeul et les campagnes de sensibilisation menées par la société civile, l’accumulation des déchets et des détritus dans les quartiers et les rues du chef-lieu du gouvernorat de Nabeul ne connaît pas de répit. Écologiquement, nos municipalités doivent-elles changer de stratégie ? Faut-il privilégier l’approche des sanctions financières au lieu de jouer la carte de la pédagogie sensibilisatrice ?
La Presse — L’été 2026 restera sans nul doute dans les annales de l’histoire. Outre les records de température enregistrés dans plusieurs régions, avec des pics frôlant les 50 degrés Celsius, et les coupures d’eau potable et d’électricité (délestage temporaire pratiqué par la Steg pour faire face aux pics de consommation dus aux fortes chaleurs), le phénomène de l’accumulation des déchets et des rogatons dans les coins de rue et surtout au niveau des quartiers s’aggrave d’un jour à l’autre. En Tunisie, il suffit qu’il y ait un terrain vague ou une parcelle non délimitée par des bornes pour qu’ils se transforment en décharge publique où échouent toutes sortes d’objets étranges: écorchures du monde, ferrailles, battitures, ramas, épaves, scories, reliquats et vieilles carcasses.
Entre piqûres de moustiques le soir, robinets d’eau potable à sec, odeur nauséabonde tout au long de la journée et quartiers résidentiels ou commerçants privés d’électricité, le mois de juillet de cette année a pris une tout autre dimension. Exit l’odeur des fleurs de jasmin et les fin d’après-midi sous la caresse d’une brise rafraîchissante. Maintenant place aux tas de détritus et de tessons non collectés par des éboueurs débordés et submergés par des montagnes de débris et d’épluchures sur fond de rinçures.
A Nabeul, par exemple, malgré les efforts consentis par la municipalité dans l’embellissement et la collecte des déchets de la ville, certains quartiers souffrent atrocement d’un autre type de pollution. Il s’agit du drame écologique causé par les ateliers de poterie.
En effet, selon M. Karim Zouaoui, devant la nonchalance des différents gouvernants et autorités locales, voire régionales, des artisans-potiers ont été autorisés à s’installer dans les quartiers d’habitation alors que normalement ils devaient être logés dans la zone industrielle.
Les ateliers anarchiques et les usines de poterie pointés du doigt
C’est le cas dans le quartier de Sidi Achour où plusieurs ateliers de fabrication de poterie installés en plein quartier habité dérangent les riverains. Il faut dire que, selon Mohamed Bayoudh, ces quatre petites usines se trouvent à proximité de deux écoles primaires (l’école 2 Mars 1934 et l’école de Sidi Achour), un centre pour des handicapés mentaux et un club pour enfants).
« Non seulement nous vivons la peur au ventre vu que les fours de cuisson fonctionnent au gaz et que les normes de sécurité laissent à désirer dans ces ateliers, mais aussi nous vivons l’enfer depuis des années à cause de la pollution engendrée par ces potiers. », souligne M. Bayoudh.
« A cause des déchets solides (tessons, ferrailles, etc.) que déversent ces usines sur le terrain à côté de ma maison, nous vivons désormais au rez-de-chaussée en compagnie des rats et des souris. Certes la municipalité après avoir été sollicitée par tous les habitants du quartier est venue récemment nous débarrasser d’une grande quantité de tessons, nous pensons que cette solution n’est que temporaire tant que ces ateliers ne seront pas délocalisés dans la zone industrielle », ajoute-t-il
Un autre riverain voit la solution à travers l’instauration d’amendes pour pénaliser les fauteurs et les pollueurs.
« Tant que le gouvernement et les municipalités ne pénalisent pas les fauteurs et les pollueurs comme c’est le cas à Dubaï ou bien à Singapour, rien ne va changer en Tunisie. Je suis pour l’application de fortes amendes de 100DT pour ceux qui jettent même un petit bout de papier. D’autre part, il est temps de créer un corps de police de proximité dit aussi police municipale pour appliquer ce genre de sanctions et veiller à la propreté des villes. », fait savoir Fethi Khalil.
Devant un tel constat, plusieurs activistes locaux dans l’environnement, jugent qu’il est temps de confier la gestion des déchets ainsi que la collecte des ordures à des entreprises privées vu que les municipalités ainsi que leurs sous-traitteurs, un peu partout dans le pays, sont dépassés par l’ampleur d’une pollution qui n’en finit jamais
La précarité des éboueurs et ramasseurs de déchets
Dans le sud de la ville des Potiers, dans la Cité Al Wafaa — nouveau quartier l’AFH2—, à El Mrezga, nous rencontrons un ouvrier municipal et le chauffeur d’une grue, en train de déblayer un terrain vague jonché de détritus et de déchets solides de tout genre (matelas usés, des branches d’arbres, des sacs en plastique, des carcasses de réfrigérateurs, gravats de construction, etc).
« Une fois par semaine, nous venons ici pour déblayer ce terrain et par la suite nos camions viennent ramasser les montagnes de déchets. La Municipalité de Nabeul a cerné plusieurs zones d’action. Nos différentes équipes travaillent tout au long de la semaine. Malheureusement, l’inconscience des uns et le manque de civisme des autres nous laissent dans une situation d’éternel recommencement », précise cet ouvrier.
Toutefois, plusieurs éboueurs et collecteurs de déchets travaillant pour des entreprises privées de sous-traitance pointent du doigt la précarité de leur emploi.
« Notre rémunération ne séduit pas les jeunes. La plupart d’entre nous sont payés à la journée. Normalement, nous devions bénéficier d’une prime de lait vu que nous sommes tout le temps au contact de produits toxiques nocifs. Nous avons aussi réclamé notre droit aux vaccins et de bénéficier des soins de la Médecine du travail ainsi que l’application d’un statut de base pour les ouvriers municipaux. Certes, une partie des vaccins a été réalisée et nous attendons la suite», claironne l’ouvrier municipal.
Assurément, tout porte à croire que la précarité du métier d’éboueur en est pour quelque chose. Assurément, on n’est pas encore sorti de l’enfer des déchets et du purgatoire d’une pollution sans fin dans une ville censée être l’une des attractions touristiques de la destination tunisienne durant la période estivale.



