Délestages électriques : La réalité en dit long !
Ce qui se passe, ces jours-ci, n’a rien à voir avec la canicule ou la surconsommation d’électricité, soit deux raisons faussement invoquées, ne reflétant pas souvent toute la vérité des choses. Il y a, certes, du vrai et du faux ! Mais laisser autant de régions entières, voire tout un pays, plongées dans l’obscurité totale n’est guère la bonne manière d’agir ainsi face à la situation pour sauver la mise.
La Presse — Les coupures fréquentes du courant sont devenues plus qu’ordinaires. Un fait d’hiver et d’été ! D’ailleurs, on n’est plus surpris de se voir vivre, à chaque fois, ce scénario, et entendre parler des mêmes causes et des mêmes effets. Cela dit, ces perturbations récurrentes au niveau du réseau électrique n’ont jamais été exceptionnelles. Elles ne sont pas toujours liées au pic de consommation ou à la vague de chaleur, comme le font croire certains responsables de la Steg, mettant en avant la maîtrise de l’énergie et l’exploitation rationelle du potentiel d’électricité existant.
Un fait intempestif
Il est vrai que nos ressources énergétiques demeurent de plus en plus rares, du fait de leur usage excessif et des impacts bien réels des changements climatiques, mais pas au point de s’en priver d’une telle façon si répétitive et lassante ou abuser de leur système de distribution et d’approvisionnement. Toute politique d’austérité non étudiée et improvisée aboutirait à des résultats inattendus. Et la réaction citoyenne massivement exprimée, sur fond de campagnes facebookiennes acharnées, n’est qu’une suite fâcheuse découlant d’un fait intempestif, reconnu comme un saut dans l’inconnu.
La communication lors des crises est parfois plus importante que la crise elle-même, car l’information qui intervient à temps est d’autant plus utile et efficace qu’elle atteint son objectif au moment opportun, afin de répondre aux questionnements des citoyens. Et partant, la Steg n’a pas respecté ses clients, n’ayant même pas apporté de précisions ni d’éclaircissements, dénoncent des millions d’habitants restés, des heures prolongés, dans le noir. Et combien d’incidents électriques sont signalés dans pas mal de foyers, provoquant, du moins, d’énormes dégâts matériels (machines, appareils électroménagers..).
Délestage, dites-vous?
Du côté de la Steg, ces interruptions soudaines d’électricité est une technique dite délestage électrique volontaire et périodique dont elle a recours, à titre préventif, en vue d’alléger la charge sur le réseau et éviter un éventuel risque d’un black-out total. Son P-dg est sorti de son silence pour justifier un tel choix motivé par la nécessaire équation production- consommation, inscrite dans la logique de l’offre et de la demande d’électricité.
Et d’affirmer, publiquement, que «la durée des coupures de courant ne dépasse pas une heure», ce qui n’est pas, tout à fait, le cas. En réalité, on s’est trouvé, à maintes reprises, dans un black-out généralisé, s’étendant des heures, voire une ou deux journées de suite. Sur la Toile, ce délestage, jugé « infondé et non convaincant», a été démenti et perçu comme une fausse note technique inavouée.
En se basant sur le rapport de la Cour des comptes, l’Observatoire ‘‘Raqabah’’ avait établi un état des lieux, faisant parler des chiffres : «Environ 1 milliard de dinars de pertes subies par la Steg en 2021, et ce, en raison du la perte d’énergie électrique pour des raisons techniques et commerciales, soit 21% de courant produit. Et il est apparu que cette perte augmente chaque année de manière inquiétante et pour la Steg et pour l’Etat tunisien, atteignant pas moins de 7,5 milliards de dinars sur la période allant de 2010 à 2021».
Et pour cause ! La Cour des comptes avait, dans son rapport 2019, alerté sur le phénomène de la fraude dans la consommation d’électricité, ayant mis l’accent sur la nécessité de réduire, autant que possible, la valeur de ces pertes commerciales. Venons-en au fait, la récurrence des coupures du courant est une autre forme de mauvaise gestion, faute d’une stratégie de gouvernance énergétique.



