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Jeux Méditerranéens — Bilan et perspectives : Enormément de leçons à tirer …

  • 7 septembre 2026
  • 13 min de lecture
Jeux Méditerranéens — Bilan et perspectives : Enormément de leçons à tirer …
crédit photo : © Mokhtar HMIMA

Il y a eu des performances et des déceptions, mais on pouvait mieux faire pour un sport tunisien qui reste mal géré.

La Presse — Bouclés ces Jeux Méditerranéens qui nous ont tenus en haleine et aidés à supporter la canicule qui s’est abattue sur le pays. Les uns vont compter le nombre de médailles (3 or, 10 en argent et 13 en bronze), quant à nous, nous sommes tentés de compter le nombre de jeunes qui ont été conquis par le taekwondo, l’aviron, le judo, la lutte, l’escrime, la natation, le padel, le canotage, le tir, etc. Ces champions et championnes que nous avons accueillis dans nos foyers grâce au bon réflexe de la télévision nationale, ces gamins et gamines nous ne les oublierons pas. Pas moins de 30 disciplines sportives ont figuré au programme en cette 20e joute avec de nouvelles épreuves comme le padel et la natation avec palmes. La Tunisie a participé à ces Jeux de Tarente 2026 avec la plus grande délégation de son histoire. Elle a été  représentée par pas moins de 181 athlètes, engagés dans 28 disciplines. Les athlètes qui ont fugué figurent dans ce décompte. Pour la Tunisie, ces JM constituent, en effet, un rendez-vous à ne pas manquer. La délégation tunisienne à débarqué avec une aura bien particulière. Devaient figurer dans ses rangs d’authentiques champions du monde et olympiques. Dont certains ont fait faux bond. Ses équipes de sports collectifs figurent parmi les meilleures et elles l’ont prouvé sur le terrain, contribuant à élever le niveau de ces Jeux.

Une belle infrastructure

La première chose à signaler, la qualité de l’infrastructure. En parfait état, elle a contribué à élever le niveau et permis aux joueurs ou athlètes de s’exprimer pleinement. En dépit de cela, ces Jeux n’ont pas été un succès populaire. Il n’y avait pratiquement pas de public, sauf pour quelques rencontres ou disciplines qui intéressaient la région. Les compétitions de canotage, par exemple. Mais encore une fois, pour la Tunisie,  ce sont les sports individuels et de combat qui ont fait la différence. Tout en avouant que les sports collectifs ont cette fois-ci fait bonne figure.

Le taekwondo  en chef de file

Le taekwondo  a brillé grâce à d’authentiques champions. Des champions qui ont dominé et convaincu adversaires, fans et public. Voir Firas Kattoussi mener ses assauts rageurs est un spectacle. Voir  Wafa Masghouni en pleine concentration, sa finesse et sa technique ( à cet âge !) est une opportunité  pour s’attacher à ce sport. Sans oublier la maîtrise de Mohamed Khalil Jendoubi (dommage pour sa blessure). Le taekwondo a rempli sa mission et ses représentants, dont quelques-uns ont vite rejoint le Mondial de Taipeh, ont été à la hauteur.  En mettant un peu plus d’ordre dans ses rangs au niveau technique et administratif, il atteindra de nouveaux sommets. Il possède de grands combattants (filles et garçons)  et de très bons techniciens.

Une déception cette natation

Cela a commencé à la veille du départ avec le retrait volontaire de Hafnaoui. Cela s’est poursuivi avec la forme précaire du double champion du monde Ahmed Jaouadi. Qui était venu en… touriste. « Ces JM ne font pas partie de mon programme », a-t-il annoncé. Alors pourquoi était-il là?  Deux médailles de bronze pour un double champion du monde, ce n’était pas l’idéal. Se faire battre par des nageurs qui ne lui arrivaient pas à la cheville  est un mauvais souvenir.  A oublier. Il n’en demeure pas moins que la fédération (qui a maintenant un DTN) et le ministère auraient dû garder le contact avec lui pour lui rappeler que les JM comptent pour le sport national et s’inquiéter de ce qu’il faisait. Pour la bonne raison qu’il était en vacances ! Cela aurait pu tout changer. La seule satisfaction a été le comportement du jeune  Yassine Ben Abbes qui  a rempli sa mission.

Escrime : pouvait mieux faire

Pourquoi a-t-on l’impression que Fares Ferjani pouvait mieux faire? Une médaille de bronze pour un médaillé olympique, cela ne fait pas le compte. Aux JM on n’a pas beaucoup de chances de croiser un champion olympique ou des adversaires de ce niveau.  Ferjani aurait dû saisir cette occasion pour améliorer son CV et du coup enlever le tournoi. Il s’est contenté du bronze. Et il n’y avait rien derrière. L’escrime, qui a tant donné au sport tunisien, ne possède pas encore « sa » salle. A quoi servent ces immenses espaces vides au sein de la Cité Nationale Sportive d’El Menzah ? Il est temps de bouger et de programmer le plus tôt possible une salle fédérale et la mise en place de pistes d’escrime  au sein des salles qui existent dans les régions.

Judo : des questions sans réponses

La situation actuelle du judo tunisien soulève de nombreuses questions.

Absence de compétitions internationales majeures telles que les Grands Prix et les tournois du Grand Chelem, manque de participation internationale pour les catégories juniors et jeunes, baisse des résultats dans toutes les catégories d’âge pour le judo tunisien aux championnats d’Afrique, manque de stages d’entraînement et préparation insuffisante pour les compétitions continentales et régionales… Nous ne blâmons pas les athlètes. Ils font de leur mieux pour faire honneur au judo tunisien. La responsabilité incombe davantage aux dirigeants qui négligent la situation du judo tunisien et son déclin aux niveaux africain et arabe. Ils se contentent de « gérer » ce qui existe. La médiocrité pour ne pas le dire.

Athlétisme : un frémissement

salutaire

Les JM ont permis de mettre en scène les meilleurs athlètes que nous possédons. Les uns ont tiré leur épingle du jeu, d’autres ont confirmé leur statut de réels chefs de file. La Tunisie a décroché l’or grâce à Maroua Bouzayani qui a mené la course du 3.000 m steeple de bout en bout. Un doublé historique sur le 3.000 m steeple, décrochant respectivement la médaille d’or et la médaille d’argent. Et plus beau encore que l’or… Maroua n’a pas seulement gagné, elle a aussi inscrit son nom dans les annales des Jeux, établissant un nouveau record en 9 ‘ 04 ‘’ 29. Mais l’athlétisme tunisien a gagné plus que tout,  une jeune athlète : Rihab Dhahri qui a ramené la médaille d’argent  tout en réalisant  9’21’’87. Médaille d’argent également  pour Mohamed Amine Jhinaoui avec un temps de 14’ 41’’ 55.

Le karaté : à côté de la plaque

Dans les sports de combat, il n’y a aucune garantie. Il suffit d’un rien pour que toutes les prévisions tombent à l’eau. L’avalanche d’avertissements a en fin de compte pesé et les favoris ont été éliminés sans avoir donné la pleine mesure de leurs capacités. Il faudrait voir du côté de l’arbitrage en Tunisie. Sommes-nous à jour ? Nos athlètes sont-ils habitués à d’autres règles ?

La fédération se doit de chercher le pourquoi de ces avertissements à répétition.

Le handball a bien fait

En envoyant sa sélection junior, la fédération a donné l’occasion à ses jeunes de préparer leurs futurs engagements de manière sérieuse.

Un tournoi solide, des adversaires respectables, un rythme plus soutenu, quoi demander de plus sans avoir à dépenser des sommes folles ? L’équipe junior a gagné sur le plan expérience, combativité (il y avait une meilleure organisation et une agressivité en défense) face à des adversaires respectables. Cette sélection des juniors a terminé cinquième. L’équipe féminine de handball a, elle, remporté la médaille d’argent après une défaite inattendue face à l’Italie (23-25). Une assez bonne performance. La médaille d’or était à leur portée, d’autant plus que nous avions battu le même adversaire en phase de groupes. Manque de concentration, fébrilité, précipitation et de nombreuses erreurs individuelles et collectives ont abouti  à cette défaite en dépit du bon parcours.

Elles ont, en effet, dominé la phase de groupes avec un parcours sans faute et ont enchaîné 5 victoires consécutives, avant que leur aventure ne s’achève en finale par deux buts d’écart.

Le football a rempli sa mission

L’équipe menée par Boujelbène s’est bonifiée de match en match. Au fur et à mesure que les résultats acquis avec assurance se succédaient, le groupe a commencé à croire que tout était possible. La seconde place et la médaille d’argent ont récompensé les efforts de ces jeunes dont la majorité a été sélectionnée au sein des équipes locales.

Les filles : tout est à faire

Les filles ?  Nous ne possédons pas des concurrentes de haut niveau en natation et il faudrait travailler pour élargir la prospection et prendre en charge celles qui ont émergé lors du dernier  championnat. Pour les prochains JM, il y a de la bonne graine. Dans presque toutes les disciplines sportives, notamment la natation, la gymnastique, les sports de combat etc, il faudrait les prendre au berceau.

Participer pour avoir des résultats 

Il n’y a pas d’autres alternatives si nous désirons nous mêler  aux meilleurs. Comme quoi, il faudrait que les actuels gestionnaires du sport national soient convaincus, qu’ils se rendent à  l’évidence. « Mettre la boîte de vitesse en seconde et pousser » pour faire démarrer ne peut plus être d’usage. Le monde a changé et nous devons faire le choix : suivre cette évolution ou nous replier sur un « Coubertinisme » qui n’est plus d’usage.

Les fugues : on s’y habitue

Il y en a eu combien jusque-là ? Quatre a-t-on annoncé, mais il faudrait attendre le retour de toutes les délégations pour en faire le bilan. Fuguer, c’était un événement, un drame et une constatation qui s’est projetée sur l’habitude. Avec ceux qui ont fugué (ou ceux qui ont pris les JM à la légère faute de suivi), la Tunisie aurait pris ses distances et mieux figuré au tableau final.

Il n’y a qu’à lire les posts de ceux qui ont choisi de partir. On ne  vit pas avec deux cent  cinquante dinars en ayant tout sacrifié pour le sport. On viendra assurément s’expliquer avec des chiffres qui ne remplacent  pas un vécu personnel et familial dramatique  ou des aliments additionnels nécessaires pour des efforts poussés qu’il est impérieux d’acheter et de payer. Quand allons-nous comprendre cela ?  D’autres se préparent à fuguer et « conseillés » par leurs mentors tunisiens qui gèrent leurs « affaires », ils ne se sont pas engagés depuis un an en compétition officielle au nom de la Tunisie. C’est ce qui est actuellement réclamé par certaines fédérations internationales. Il y aura donc des surprises en route. Allez voir ce qu’ont fait les Egyptiens pour ceux qui ont fugué ! Nous préférons agir d’une autre manière, mais la  léthargie actuelle est déconcertante.

Heureusement qu’ils étaient là

Oui, heureusement car ces «sans grades» ont sauvé en partie la situation. Ils n’ont eu que des miettes, mais ont beaucoup de courage et de volonté. La nage avec palmes, la pétanque, le canotage,  le tir, etc ont tout fait pour s’affirmer et consolider l’idée que nous avons toujours eue. Ces sports sont réguliers et sont toujours présents pour prouver qu’ils existent et prospèrent même s’ils ne sont cités qu’à l’occasion de leur montée sur le podium.

Nous n’oublierons pas le  cavalier tunisien Ghazi Ellouz qui a réalisé une belle performance et s’est classé dixième en finale de saut d’obstacles.

Et maintenant ?

Nous arrivons au terme de ce round up. Il nous semble que tout a été dit à propos de la situation de bien des disciplines sportives dans le pays. Depuis un bon bout de temps. En pure perte. Ces JM sont venus pour confirmer bien des insuffisances qui ont porté préjudice au prestige du sport national. Lorsqu’un athlète d’élite est livré à lui-même et, du lieu où il passe ses vacances, rejoint l’imposante délégation pour participer et défendre les couleurs nationales, cela veut tout dire. Lorsqu’un athlète d’élite fugue et abandonne sa famille, son pays, ses amis, parce qu’il ne peut plus vivre avec des promesses, cela ne s’explique que par l’incompétence de ceux qui ne sont pas à leur place pour montrer la voie, donner l’exemple et contribuer à un effort qui ne peut être que collectif. Lorsqu’on refuse d’admettre que tant que la gouvernance de nombre de nos fédérations est assurée par des personnes qui se considèrent incontournables, immuables, mais qui sont usées, à court d’idées, on comprend pourquoi  tout va à vau-l’eau. Nous ne pourrions pas faire plus. Nos jeunes ont fait des efforts. Mais le sport tunisien vaut beaucoup plus que ces trois premières places conquises sur les vingt huit possibles.

A la prochaine !

Kamel GHATTAS

Les médaillés

Firas Al-Kattousi : Taekwondo, -80kg

Ashraf  Zawawi : Lancer du poids

Maroua Bouzayani : Athlétisme, 3.000 m steeple

Mohamed Khalil  Jandoubi : Taekwondo, -68kg

Wafa Masghouni : Taekwondo, -67kg

Amna Ben Hassouna : Nage avec palmes 100m BF

Oumaima Badioui : Judo, -48kg

Rehab  Dhaheri : Athlétisme, 3.000 m steeple

Mohamed Amine Jihinaoui : Athlétisme, 5.000 m

Karim Ben Hnia : Haltérophilie, Épaulé-jeté

Aymen Bacha : Haltérophilie, Arraché

Équipe nationale masculine de football

Équipe nationale féminine de handball

Chaima Toumi : Taekwondo, -57 kg

Ahmed Jaouadi : 400 m nage libre

Ahmed Jaouadi : 800 m nage libre

Fares Ferjani : Escrime, Sabre

Mohamed Yassine Ben Abbas : 200 m dos

Zeineb Sghaier : Lutte féminine, -68 kg

Malika Ben Mabrouk : Boxe, -75 kg

Aya Aouadi : Haltérophilie, épaulé-jeté -61 kg

Karim Ben Hania : Haltérophilie, Snatch

Mouna Béji : Lancer du poids

Mouna Beji et Ahlem Haj Hassan : lancer du poids en double

Mohamed Karimi  et Khadija Karimi: Aviron Mixte Léger

Khadija Karimi et Salma Dhaouadi : Aviron poids léger

Auteur

Kamel GHATTAS

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