Tunisie : Plus de 7 millions de m³ d’eau évaporés en dix jours
Alors que la situation des barrages tunisiens s’est nettement améliorée cette année, portée par une saison pluviométrique favorable, la forte hausse des températures enregistrée la semaine dernière a constitué une réelle menace pour les ressources hydriques du pays. En période de canicule, l’évaporation peut en effet atteindre près d’un million de mètres cubes d’eau par jour, contre 500.000 à 600.000 m³ en été lors d’une année normale. Au cours des vagues de chaleur qui se sont succédé ces dix derniers jours, plus de sept millions de mètres cubes d’eau auraient ainsi été perdus par évaporation dans l’ensemble des ouvrages hydrauliques.
Selon l’expert en agriculture Aniss Ben Rayana, les températures enregistrées lors des dernières vagues de chaleur ont dépassé les normales saisonnières de 8 à 14 degrés, accentuant considérablement la pression sur les ressources hydriques sur l’ensemble du territoire.
Malgré ces pertes, la situation hydrique du pays demeure rassurante, par rapport à l’année dernière, a relevé Aniss Ben Rayana. Du 1er septembre, début de la saison pluviométrique, à la fin du mois de juin 2026, les apports en eau enregistrés dans les barrages ont atteint environ 1,7 milliard de mètres cubes, portant le taux moyen de remplissage des ouvrages hydrauliques à près de 59 %. L’expert en agriculture considère cette saison comme la seconde meilleure année, juste après la saison 2018-2019, durant laquelle les apports pluviométriques avaient atteint 2,6 milliards de mètres cubes.
Les données communiquées par le ministère de l’Agriculture confirment cette amélioration. Le taux de remplissage des barrages était estimé à environ 60 % en juin 2026, contre seulement 41 % à la même période de 2025. Cette amélioration des ressources hydriques se reflète, toutefois, inégalement sur le territoire. Alors que les barrages du Nord et du Cap Bon ont bénéficié d’importants apports, atteignant un taux de remplissage dépassant 90% pour certains ouvrages hydrauliques, certains barrages du Centre, notamment le barrage de Nebhana, demeurent confrontés à un déficit d’alimentation. Si l’approvisionnement en eau potable s’est amélioré pour des régions, à l’instar de Zaghouan et de Siliana, au Kef, des solutions alternatives sont, par contre, envisagées pour sécuriser l’alimentation en eau, notamment à travers le recours à la nappe phréatique grâce à un nouveau sondage.
La situation demeure en revanche plus délicate dans le Sahel, notamment à Monastir, Mahdia et Sousse. Ces régions connaissent encore des perturbations de l’alimentation en eau potable, en partie en raison de leur dépendance au barrage de Nebhana, dont le niveau de remplissage reste faible.La mise en service d’une station de dessalement destinée notamment à renforcer l’approvisionnement en eau potable dans la région du Sahel devrait contribuer à réduire cette pression. Toutefois, celle-ci n’est toujours pas entrée en exploitation en raison de problèmes techniques, a expliqué Aniss Ben Rayana.
Quant aux coupures d’eau enregistrées durant cet été ne sont pas principalement liées à une pénurie généralisée des ressources hydriques, mais davantage aux perturbations du réseau électrique, qui affectent le fonctionnement des stations de pompage et, par conséquent, la distribution de l’eau potable, a expliqué l’expert e nagriculture.
L’évaporation, un défi majeur pour les années à venir
Au-delà de la situation actuelle, la question de l’évaporation des ressources hydriques va se poser avec une acuité croissante dans les prochaines années. La multiplication des vagues de chaleur et l’augmentation des températures risquent en effet d’accélérer les pertes d’eau dans les barrages et les lacs collinaires, réduisant une partie des bénéfices liés aux précipitations.
Des travaux sont actuellement menés conjointement par le ministère de l’Agriculture et le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche afin d’explorer des solutions permettant de limiter ces pertes. Parmi les pistes étudiées figure notamment la couverture des lacs collinaires afin de réduire l’évaporation.
Le recours aux eaux non conventionnelles, le développement du dessalement et la valorisation des eaux usées traitées figurent également parmi les pistes retenues pour renforcer la sécurité hydrique à long terme. Le ministère de l’Agriculture prévoit, à titre d’exemple, la réalisation de 120 projets visant à valoriser jusqu’à 450 millions de mètres cubes d’eaux usées traitées à l’horizon 2050.
Dans l’immédiat, la rationalisation de la consommation demeure l’une des principales réponses face à cette situation. Les citoyens comme les agriculteurs sont ainsi appelés à réduire leur consommation et à éviter le gaspillage, alors que la hausse des températures risque de transformer progressivement l’évaporation en l’un des principaux défis de la gestion de l’eau en Tunisie.



