Culture

Festivals d’été : La marginalisation croissante du théâtre

  • 29 juillet 2026
  • 5 min de lecture
Festivals d’été : La marginalisation croissante du théâtre

De nombreux festivals estivaux en Tunisie visent à marginaliser le théâtre. Bien que ce dernier joue un rôle essentiel dans l’éveil cognitif. Or, la programmation de ces festivals est désormais dominée par la musique aux détriments des arts dramatiques, et ce, à l’instar de Carthage et Hammamet qui délaissent leur vocation culturelle initiale pour privilégier la rentabilité financière et la facilité logistique. Cette tendance favorise une culture mercantile et superficielle, laissant de nombreux artistes de scène dans une situation de précarité durant l’été. En privilégiant les têtes d’affiches musicales et les spectacles purement comiques, les organisateurs sacrifient la création intellectuelle sur l’autel du profit immédiat.

La Presse —La saison estivale est propice au farniente, à la détente et au divertissement. Les gens ont souvent tendance à se distraire et à se prélasser soit au bord d’une plage, soit à participer aux fêtes de mariage quand l’occasion se présente. Les festivals, environ 350 en Tunisie, représentent également une source de distraction, mais pas que, ils offrent, par ailleurs, l’opportunité de se cultiver par la fréquentation de spectacles à forte teneur de savoir et de connaissances tout en conservant l’aspect ludique pour éveiller et améliorer les capacités cognitives des citoyens. Or, plus de 90% de ces festivals sont destinés à la musique et rarement aux autres formes artistiques comme le théâtre ou le cinéma.

Le théâtre en plein air, particulièrement dans le contexte des festivals d’été, fait face à des obstacles majeurs qui limitent sa présence par rapport à la musique jugée moins contraignante alors que les arts dramatiques nécessitent une logistique imposante incluant la gestion d’un grand nombreux de comédiens et de techniciens qu’il faut prendre en charge, ce qui pèse sur l’organisation de ces événements. L’absence du théâtre découle souvent de choix budgétaires dictés par la recherche de gain. Pour des impératifs de rentabilité, les organisateurs privilégient une «culture mercantile» et la rentabilité immédiate, favorisant les têtes d’affiches musicales qui sont plus attractives commercialement que le spectacle vivant non commercial. Pour réduire les coûts et simplifier la logistique, les festivals tendent à devenir des tremplins pour des formats plus légers comme les one-man-shows ou les «comédies bouffonnes» au détriment de pièces de théâtre plus complexes. A titre d’exemple, lors de la 60e édition du festival de Carthage, seule une pièce du genre one-man-show a été programmée. Bien que l’Etat, via le ministère des Affaires culturelles, apporte son soutien technique et financier au secteur, cette aide ne suffit pas à compenser l’absence de programmation estivale, laissant un grand nombre d’artistes au chômage pendant toute la période d’été. En somme, le théâtre est souvent perçu comme le parent pauvre des festivals qui prennent comme prétexte ses coûts de production élevés et sa complexité organisationnelle, poussant les directeurs des festivals à se tourner vers des offres plus banales mais plus lucratives.

L’Etat, par l’intermédiaire du ministère des Affaires culturelles, joue un rôle de soutien structurant pour le secteur théâtral, toutefois son impact durant la saison estivale est nuancé par les choix de programmation des festivals. Ce soutien est essentiel car il permet de faire vivre un nombre important d’artistes. Par le passé, le festival international de Carthage était plus actif dans le soutien des arts dramatiques en programmant des pièces ayant eu un succès durant l’année en cours ou en produisant ses propres créations comme les comédies musicales mêlant théâtre et musique.

Quant au festival international de Hammamet, il tend progressivement à s’éloigner de sa vocation théâtrale originelle en maintenant une programmation certes réduite, mais présente des spectacles vivants. Cette année, il a choisi de marquer son identité en plaçant le théâtre au cœur de son événement avec, à l’ouverture, la pièce «Les fugueuses» de Wafa Taboubi ainsi que d’autres créations : «Testostérone» de Cyrine Ganoun, «Le jardin des amants» de Habib Ben Yazid et «Jacaranda» de Nizar Saidi. Ce déclin s’explique par la tendance générale des directeurs de festivals à privilégier une culture mercantile et des choix budgétaires axés sur la rentabilité, au détriment de la lourde logistique qu’exige le théâtre.

C’est regrettable que le théâtre soit absent des théâtres sous prétexte que le public déserte ce genre artistique. Les organisateurs fuient le théâtre en raison de sa lourde logistique et du nombre d’acteurs et de techniciens à prendre en charge. Contrairement à la musique moins contraignante sur ce plan. Le théâtre serait-il juste confiné aux espaces fermés ? Puis, qu’en est-il de la vocation culturelle des festivals notamment ceux organisés par le ministère des Affaires culturelles à l’instar de Carthage et de Hammamet ? Seraient-ils juste des tremplins pour les on man show et les comédies bouffonnes destinés à faire rire la galerie ?

Sommes-nous face à la culture de la bouffonnerie qui s’est approprié la scène et s’est imposée grâce à des directeurs de festivals et des programmateurs à l’affût du gain ? Une culture mercantile qui prône la médiocrité et piétine les productions qui célèbrent les valeurs humaines nobles proposant une offre où la créativité prend le dessus sur la banalité. L’absence du théâtre dans les festivals d’été découle principalement de choix budgétaires axés sur la rentabilité et la domination des têtes d’affiches musicales et d’une marginalisation progressive du spectacle vivant non commercial.

Auteur

Neila GHARBI

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