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Salons universitaires – fréquentation en recul : Un paradoxe révélateur

  • 30 juillet 2026
  • 6 min de lecture
Salons universitaires – fréquentation en recul : Un paradoxe révélateur

Entre digitalisation des choix, quête de formations professionnalisantes et désillusion face aux débouchés, les salons de l’orientation universitaire en Tunisie enregistrent une baisse notable de fréquentation. Un recul qui traduit aussi bien un désintérêt qu’une profonde transformation des attentes des nouveaux bacheliers. Est-ce la fin d’une époque ?

La Presse — Ils étaient autrefois un passage presque obligé pour les nouveaux bacheliers et leurs familles. Les salons de l’orientation universitaire constituaient un espace privilégié de rencontre, d’échange et de découverte des différentes filières d’enseignement supérieur. Aujourd’hui, ces rendez-vous peinent à retrouver l’affluence des années précédentes.

Dans plusieurs manifestations organisées cet été en Tunisie, les organisateurs ont constaté une baisse sensible du nombre de visiteurs, malgré une offre plus diversifiée et des programmes particulièrement riches. Un phénomène qui interroge sur l’évolution des modes de décision des jeunes et sur l’adéquation entre les formations proposées et leurs aspirations réelles.

Le numérique bouleverse les habitudes

La transformation est d’abord technologique. À l’ère de la digitalisation, le jeune bachelier n’attend plus nécessairement de se rendre dans un salon pour obtenir des informations sur son orientation. Les plateformes en ligne, les réseaux sociaux, les forums spécialisés et les témoignages d’étudiants ou de diplômés sont devenus de véritables outils d’aide à la décision. Beaucoup de futurs étudiants effectuent désormais leurs recherches à distance, comparent les formations, consultent les conditions d’admission et évaluent les perspectives professionnelles avant même de franchir les portes d’un salon.

Le modèle classique de l’orientation, basé sur une rencontre physique entre établissements et étudiants, semble ainsi céder progressivement la place à un parcours plus individualisé et numérique.

Des salons toujours plus ambitieux, mais moins fréquentés

Pourtant, les initiatives ne manquent pas. La «Wajahni Caravan 2026» s’étendant durant 3 week-ends de deux jours du mois de juillet et passant tour à tour par Sfax, Tunis et Sousse, annoncée comme le plus grand salon de l’orientation universitaire en Tunisie, a proposé un programme ambitieux avec plus de 100 exposants, une trentaine de pays représentés, plusieurs dizaines de workshops, des centaines de conférences et des opportunités de bourses de formation.

La caravane, organisée dans plusieurs villes tunisiennes, a réuni universités tunisiennes et étrangères, centres de langues, organismes de formation et agences spécialisées dans les études internationales. D’autres rendez-vous ont également marqué la saison estivale, à l’image du Salon de l’Orientation du Campus GFI ou encore du Salon de l’Orientation universitaire organisé par l’Université de Jendouba avec le soutien de la Fondation Hanns Seidel – Bureau régional Tunisie, Algérie, Libye. Cette manifestation a mis l’accent sur l’accompagnement des nouveaux bacheliers, la mobilité académique et la coopération universitaire maghrébine.

Mais derrière cette multiplication des offres, une réalité demeure : les jeunes se déplacent moins qu’avant. Déjà que de nombreux étudiants ces dernières années ont choisi leur cursus comme «une lettre à la poste», c’est-à-dire juste en consultant son entourage et connaître ce qui se fait de mieux en Tunisie… Il faut dire que ce choix est souvent dicté par des moyens matériels suffisamment disponibles, puisqu’il faut compter parfois 30.000 D par an pour un étudiant dans une filière privée au pôle technologue El Ghazela de l’Ariana, au Lac 2 à Tunis ou de la petite Ariana. 

Des étudiants à la recherche de réponses concrètes

Dans les allées des salons, les préoccupations des visiteurs témoignent d’un changement profond des mentalités. Les nouveaux bacheliers ne cherchent plus uniquement à connaître les intitulés des licences ou des masters proposés. Ils veulent savoir ce que ces formations peuvent réellement leur apporter en termes d’emploi, de carrière et de mobilité.

«Je suis venu découvrir les possibilités qui existent, comprendre quelles formations peuvent mener à un métier et connaître les opportunités à l’étranger», résume un jeune visiteur. D’autres s’interrogent sur les parcours internationaux, notamment en Espagne, à Malte ou dans d’autres pays européens, où ils espèrent trouver des formations davantage connectées aux besoins du marché.

La question centrale revient constamment : quelle formation choisir pour garantir une meilleure insertion professionnelle ?

Le fossé entre l’université et le marché de l’emploi

L’évolution met en évidence un décalage croissant entre les attentes des étudiants et l’offre académique traditionnelle. Alors que les jeunes recherchent des formations courtes, professionnalisantes et directement valorisables sur le marché du travail, certaines filières universitaires restent perçues comme trop théoriques ou insuffisamment adaptées aux mutations économiques. La formation professionnelle, longtemps considérée comme une voie secondaire, attire désormais davantage l’attention de certains bacheliers qui y voient une alternative plus concrète et plus rapide vers l’emploi.

La question n’est donc plus seulement de savoir où étudier, mais surtout quelles compétences acquérir pour construire un avenir professionnel viable.

Vers une nouvelle génération de salons ?

La baisse de fréquentation des salons d’orientation ne traduit pas forcément un désintérêt des jeunes pour leur avenir. Elle révèle plutôt un changement de leurs attentes. Les futurs salons devront probablement évoluer vers des espaces d’accompagnement personnalisé, intégrant davantage les professionnels, les entreprises, les anciens diplômés et les spécialistes de l’emploi. Ils devront aussi renforcer leur présence numérique afin de répondre aux nouveaux comportements des étudiants.

À l’heure où les parcours deviennent plus flexibles, internationaux et orientés vers les compétences, l’orientation universitaire ne peut plus se limiter à présenter des filières. Elle doit aider chaque jeune à construire un projet cohérent, réaliste et adapté aux exigences d’un marché du travail en pleine mutation.

Le défi des prochaines années sera donc clair : réinventer les salons de l’orientation pour qu’ils redeviennent un véritable lieu de décision et non plus seulement un espace d’information. L’ambition serait que le jeune visiteur ait décidé quasi définitivement de son orientation et du choix de sa spécialité dès la sortie du Salon, pas en restant dans le flou quant à son avenir estudiantin.

Auteur

Mohamed Salem Kechiche

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