Code de l’eau, code des mines, code des hydrocarbures : La trilogie d’une souveraineté à rebâtir
Face à la baisse de sa production d’hydrocarbures et aux vagues de chaleur estivales mettant ses infrastructures à rude épreuve, la Tunisie cherche la parade. Soutenue par une prise en main rapide de l’Exécutif et un consensus institutionnel autour des énergies propres pour 2035, cette transition s’appuie sur la modernisation de ses textes majeurs. Mais alors que la révision des codes de l’eau, des mines et des hydrocarbures tarde encore à se concrétiser, le pays doit accélérer le rythme pour transformer ses orientations stratégiques en une véritable souveraineté durable.
La Presse — Cet été 2026, la Tunisie a fait face à de sévères vagues de chaleur ayant entraîné des pannes d’eau et d’électricité ainsi que des incendies, mettant à rude épreuve les réseaux énergétiques et hydrauliques nationaux. Un défi climatique également partagé par plusieurs voisins méditerranéens comme la France, l’Espagne et l’Italie.
Face à l’impact direct de ces coupures sur le quotidien de la population, la recherche de réponses s’est naturellement déplacée au cœur des institutions. Ainsi, lors de la séance du 27 juillet à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), les députés se sont fait le relais de ces préoccupations citoyennes en réclamant plus de clarté et en préconisant une mutation rapide vers les énergies renouvelables. De son côté, le président de l’ARP, Brahim Bouderbala, a invité à garder la mesure tout en appelant à tirer les enseignements de cette crise pour engager des réformes durables à moyen et long terme.
Mais c’est bien en amont de ce débat parlementaire que le signal le plus fort est venu. Quelques jours avant cette séance, le Président Kaïs Saïed avait déjà pris les devants en réunissant à Carthage l’ensemble des ministres concernés (Intérieur, Industrie et Énergie, Agriculture et Ressources hydriques) aux côtés des responsables de la Steg et de la Sonede. Cette rencontre, intervenant avant même que le sujet ne soit officiellement porté devant les représentants du peuple, en dit long sur le degré d’attention que revêt la question au plus haut niveau de l’État. Elle traduit une volonté claire de ne pas laisser ces difficultés s’installer ni attendre que la pression populaire ou parlementaire impose l’urgence d’agir.
Une transition qui prend forme, doucement mais sûrement
Il va sans dire que le contexte énergétique tunisien traverse une période de transformation. La production nationale d’hydrocarbures a nettement reculé ces dernières années, tandis que le taux d’indépendance énergétique du pays s’est fragilisé.
Ces évolutions expliquent en grande partie l’urgence ressentie autour des renouvelables.
La stratégie énergétique tunisienne à l’horizon 2035, déjà posée dès 2023, vise à miser massivement sur le solaire et l’éolien pour rééquilibrer le mix énergétique et réduire la facture des importations. Un pari jugé porteur, sur le plan environnemental comme économique.
Pour accompagner cette transition, plusieurs textes législatifs sont en cours de révision. Le code des hydrocarbures, en discussion depuis un conseil ministériel réuni en février 2025, doit clarifier les règles d’investissement et donner davantage de visibilité aux acteurs du secteur. Les travaux se poursuivent, avec des échanges réguliers entre le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie et la commission parlementaire concernée, qui souhaite notamment plus de transparence sur les contrats et les recettes pétrolières. Le code des mines fait lui aussi l’objet d’une réflexion pour moderniser le cadre juridique du secteur. Datant de 2003, il doit être adapté à la Constitution de juillet 2022. Un appel à finaliser sa révision a été lancé depuis juillet 2025 par le ministère de l’Industrie, mais il est en suspens à ce jour.
Quant au code de l’eau, destiné à remplacer un texte de 1975, sa préparation avance depuis plusieurs années. L’Observatoire tunisien de l’eau continue de plaider pour son adoption rapide, tant la gestion de l’eau et la transition énergétique sont liées. Initié dès 2019, le dossier a pâti des transitions politiques et des restructurations institutionnelles. Le projet a dû être réécrit pour être harmonisé avec la Constitution de 2022.
Des avancées concrètes se dessinent
Plusieurs initiatives montrent que les choses bougent. Début juin 2026, un conseil ministériel consacré au système hydraulique, présidé par la Cheffe du gouvernement Sarra Zaâfrani Zenzeri, a clairement associé la stratégie de l’eau à l’horizon 2050 au programme de transition énergétique. Des capacités photovoltaïques seront installées pour alimenter les stations de pompage, avec l’objectif de rendre la gestion de l’eau moins dépendante et moins coûteuse en énergie d’ici à 2030.
La Cheffe du gouvernement a présenté la réforme du secteur de l’eau comme une priorité nationale, dans la continuité des orientations du Président de la République, avec en ligne de mire la garantie du droit à l’eau potable pour tous et la préservation des ressources pour les générations futures.
Il est vrai que notre pays fait face à des défis réels, marqués par des ressources naturelles moins abondantes qu’avant, des infrastructures à moderniser et une facture énergétique à alléger. Mais un même horizon semble aujourd’hui rassembler l’Exécutif, le législatif et la société civile, à savoir celui d’une énergie plus propre, plus locale et plus résiliente.
Les textes de loi qui doivent accompagner cette transition avancent, pas toujours aussi vite qu’on le souhaiterait, mais les orientations sont claires et rappelées avec constance. Reste maintenant à transformer ces engagements en solutions concrètes pour que les prochains étés riment moins avec coupures et davantage avec sérénité.



