Editorial

Gaza, ou l’impossible cessez-le-feu

  • 5 août 2026
  • 4 min de lecture
Gaza, ou l’impossible cessez-le-feu

Depuis belle lurette, les mots semblent avoir perdu leur pouvoir à Gaza. Chaque annonce de cessez-le- feu ravive un espoir aussitôt enseveli sous le fracas des bombes ; chaque déclaration diplomatique se heurte à la réalité d’un territoire où les civils continuent de mourir, où les hôpitaux peinent à survivre et où l’urgence humanitaire atteint un degré que les Nations unies qualifient depuis longtemps de catastrophique.

L’annonce d’un accord sur une deuxième phase du cessez-le-feu, présenté par le «Conseil de Paix» initié par le président américain et accepté par le Hamas, aurait pu ouvrir une brèche vers une désescalade. Le texte prévoit la cessation des opérations militaires, un retrait progressif des forces occupantes des zones encore occupées de la bande de Gaza ainsi que le démantèlement des groupes armés. Mais cet horizon est demeuré suspendu à une condition essentielle : l’adhésion de l’Etat sioniste. Or celle-ci n’est toujours pas venue et…parions qu’elle ne viendra pas.

Les déclarations du ministre israélien de l’Énergie, Eli Cohen, membre du cabinet de sécurité de Netanyahu, dissipent toute ambiguïté, pour lui, il n’existe aucun accord mettant fin aux frappes aériennes, et l’Etat à qui il appartient devrait aller jusqu’à prendre le contrôle total de la bande de Gaza, dont il contrôle déjà près de 70 %. Cette position révèle l’écart profond entre les initiatives diplomatiques et les choix stratégiques du gouvernement du boucher de Gaza.

Pendant que les négociations piétinent, les bombes, elles, ne connaissent aucun répit. Les frappes qui ont visé des immeubles d’habitation à Deir al-Balah, Khan Younès ou dans la vieille ville de Gaza ont une nouvelle fois coûté la vie à des civils, parmi lesquels des femmes et des enfants, selon la Défense civile palestinienne. De son côté, l’armée d’occupation ressasse la même rengaine prétendant avoir ciblé des commandants ou des infrastructures du Hamas.

L’un des épisodes les plus préoccupants reste l’attaque contre un entrepôt de médicaments du complexe hospitalier Al-Aqsa. Les autorités sanitaires de Gaza dénoncent la destruction d’une grande partie des réserves médicales, tandis que Tsahal soutient (comme d’habitude) que le bâtiment servait de cache d’armes au Hamas. Au-delà de cette version mensongère, une réalité demeure incontestable : dans un territoire déjà confronté à une pénurie chronique de médicaments et d’équipements, chaque installation médicale endommagée aggrave la souffrance d’une population privée des soins les plus élémentaires.

Les chiffres donnent le vertige : plus de 1.200 Palestiniens ont été tués depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu d’octobre, selon le ministère de la Santé de Gaza, ces données sont  considérées comme fiables par les Nations unies.

Les Gazaouis vivent désormais dans une attente insoutenable, suspendue aux décisions d’acteurs politiques qui peinent à transformer les engagements en actes. Chaque heure de retard dans l’application d’un cessez-le-feu se traduit par de nouvelles victimes, des blessés et des déplacés. Le président Trump a annoncé, jeudi dernier un accord prévoyant le retrait de l’armée sioniste. Pendant ce temps, un ministre du cabinet de guerre annonce qu’aucun plan ne prévoit la fin des bombardements. C’est ainsi que l’Etat sioniste voit le cessez-le-feu.

La paix ne pourra naître de la seule logique militaire, elle exige des choix politiques courageux, le respect du droit international humanitaire, la protection effective des civils et une mobilisation constante des médiateurs internationaux. Tant que ces conditions ne seront pas réunies, Gaza continuera d’incarner le tragique paradoxe d’un territoire où l’on signe des accords de paix tandis que les armes continuent de parler.

Auteur

Hamma Hannachi

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