Economie

Conjoncture internationale : Les compagnies pétrolières tirent le dividende !

  • 13 août 2026
  • 4 min de lecture
Conjoncture internationale : Les compagnies pétrolières tirent le dividende !

Alors que les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient continuent de bouleverser les équilibres géostratégiques, leurs répercussions se font durement sentir sur les marchés de l’énergie. La flambée et la volatilité des cours du pétrole profitent largement aux grands groupes pétroliers, tandis que les consommateurs et les économies importatrices supportent le coût de cette nouvelle donne. La Tunisie n’échappe pas à cette pression, avec un déficit énergétique qui se creuse et pèse davantage sur ses équilibres extérieurs.

La Presse —Dans les entrailles des bouleversements géostratégiques actuellement en cours principalement en Iran et en Ukraine, des signaux et des preuves commencent à émerger pour montrer, chiffres à l’appui, la partie qui tire un réel profit financier de tels conflits. Tout le monde le savait pour autant : la flambée des cours du pétrole génère des profits ahurissants aux producteurs de pétrole au détriment des consommateurs finaux des produits pétroliers, dérivés et, indirectement, de tous les produits et services.

En dents de scie

La courbe d’évolution capturée sur le site « prixdubaril.com» montre une évolution en dents de scie qui rappelle, certes, les reliefs montagneux iraniens, mais qui montre une parfaite rupture entre le niveau des prix d’avant-guerre (février 2026)  qui étaient aux alentours de 70 dollars le baril et celui d’après-guerre qui affiche des pics supérieurs à 120 dollars le baril, et certains apaisements en dessous des 80 dollars, mais jamais aux mêmes niveaux enregistrés en début d’année.

Selon les analystes de la psychologie des marchés, cette fluctuation en dents de scie est directement liée aux humeurs et déclarations des parties impliquées dans la guerre, également variable entre « négociations en cours », « accord conclu », « accord suspendu ou rompu», « fin de la guerre », « reprise des combats », etc.

Notons au passage qu’il s’agit bien d’une guerre qui concerne, outre les cargaisons d’engrais et nombre de matières premières, pas moins de 20 % des flux pétroliers mondiaux transitant par le détroit d’Ormuz, où le passage était quand même libre et gratuit avant le déclenchement des hostilités. Cette guerre, aux objectifs élastiques, si elle provoque des dégâts et des pertes aussi bien matérielles qu’en vies humaines, génère des bénéfices certains aux principales compagnies pétrolières.

En effet, selon une récente analyse du journal The Guardian, les huit principaux producteurs pétroliers (Aramco, BP, Shell, Equinor, TotalEnergies, Eni, Chevron et ExxonMobil) ont amassé plus de 93 milliards de dollars de bénéfices depuis le début de la guerre et jusqu’à fin juin, avec une moyenne de 700 mille dollars par minute !

Le conflit accentue l’inflation  mondiale

Mieux encore, ces mêmes compagnies ont réalisé des capitalisations boursières record depuis 2022, suite au déclenchement de la guerre en Ukraine, à l’image d’ExxonMobil (+63%), Chevron (+43 %), TotalEnergies (+40 %), Shell (+27 %), etc.Ces gains sont directement payés par les consommateurs dans les pays qui répercutent en temps réel l’évolution des cours sur les prix à la pompe, comme aux Etats-Unis où le prix de l’essence est passé de 3 à 4 dollars le gallon (environ 3,7 litres) ou encore en Europe où les prix ont évolué entre 11 et 15 % dépassant par moment les 2 euros le litre.

Dans certains pays comme la Tunisie, où le carburant est subventionné, le consommateur n’a presque rien ressenti, car le déficit est comblé par le budget, mais la balance des paiements se voit lourdement affectée avec un déficit énergétique qui se creuse de plus de 6.779 millions de dinars (33%).

Mais globalement, le conflit devrait accentuer l’inflation mondiale à hauteur de 4,7 % en 2026, contre 4,1 % en 2025, selon les estimations du FMI mises à jour en juillet dernier, avec une incertitude de plus en plus significative, sans volonté réelle d’y mettre fin pour apaiser les marchés, mais aussi sans coup décisif qui risquerait de paralyser la production pétrolière dans toute la région du Moyen-Orient et dont les conséquences seraient encore pire pour l’économie mondiale, notamment les pays à moyens modestes…    

Auteur

Lassâad BEN AHMED

You cannot copy content of this page