Chaque 15 août, La Goulette retrouve une image qui appartient à sa mémoire : celle de la Madonna de Trapani quittant l’église Saint-Augustin-et-Saint-Fidèle pour une procession dans les rues de la ville. Née dans le sillage de la communauté sicilienne, cette tradition religieuse est devenue au fil du temps un marqueur du patrimoine goulettois et, dans la mémoire collective, le signal symbolique de la fin de la saison des bains de mer.
En ce samedi 15 août 2026, la tradition retrouve ainsi sa place dans le calendrier de La Goulette. La date n’est pas choisie au hasard : elle correspond à la fête catholique de l’Assomption de la Vierge Marie, célébrée chaque année le 15 août.
Mais à La Goulette, cette procession raconte bien plus qu’une célébration religieuse. Elle raconte une ville, ses pêcheurs, ses familles et surtout une époque où les différentes communautés qui vivaient dans la cité partageaient les mêmes rues, les mêmes commerces et parfois les mêmes fêtes.
La tradition de la Madonna de Trapani est liée à l’importante présence sicilienne dans la ville. L’église Saint-Augustin-et-Saint-Fidèle, au cœur de l’ancien quartier de la Petite Sicile, est devenue au fil du temps le point de départ de cette célébration. Des sources historiques et paroissiales attestent de l’existence de la procession dès le début du XXe siècle. Les archives évoquent notamment une importante procession organisée le 15 août 1909, qui traversait alors les rues de La Goulette.
À l’époque, la statue était portée par des hommes et la foule l’accompagnait jusqu’à la mer. Cette dimension maritime n’était pas anodine : la Madonna était notamment associée à la protection des pêcheurs et à la bénédiction de la mer. La procession est ainsi devenue intimement liée à l’identité d’une ville dont la vie a longtemps été rythmée par le port et la pêche.
Et puis il y avait ce repère que les Goulettois ont longtemps gardé en mémoire : après le 15 août, l’été semblait déjà commencer à tirer sa révérence. La sortie de la Madonna vers la mer était traditionnellement associée à l’interruption des bains de mer pour les estivants. Une croyance davantage culturelle que météorologique, mais suffisamment ancrée pour traverser les générations.
La tradition a connu une longue interruption avant de renaître en 2017, lorsque la statue de la Vierge de Trapani est de nouveau sortie de l’église après plusieurs décennies. La procession a ainsi retrouvé une place dans la mémoire vivante de La Goulette.
Aujourd’hui, sa portée dépasse donc largement le cadre religieux. Pour beaucoup, la Madonna est devenue le symbole d’une La Goulette cosmopolite, maritime et ouverte, où le patrimoine chrétien fait partie de l’histoire collective de la ville.
Et si, pour certains, le 15 août marque encore la fin symbolique des baignades, il rappelle surtout une chose : à La Goulette, certaines traditions ne disparaissent jamais complètement. Elles attendent simplement qu’une nouvelle génération leur redonne vie.



