Espaces verts – La verdure : un droit, une culture
Les espaces verts, notamment les parcs, les jardins publics et les parcours de santé, sont-ils nécessaires au milieu urbain ? La réponse à l’unanimité serait certes positive. Mais l’état réel des choses nie cette conviction. C’est qu’en dépit du qualificatif «verte» qui s’accorde à notre Tunisie, la notion du «vert», de la verdure, de la nature fait, paradoxalement, défaut.
La société tunisienne ne réclame pas assez son droit à la végétation, à l’air pur, par habitude ou par désintérêt. Pourtant, à chaque occasion, le recours au Parc du Belvédère trahit cette soif de la nature !
La Presse — A l’heure où les climatologues et les spécialistes en environnement tirent la sonnette d’alarme pour appeler les décideurs à miser sur le végétal afin de mieux lutter contre le réchauffement climatique, améliorer la qualité de l’air et de la vie dans les villes, ces dernières continuent à souffrir d’un manque flagrant d’espaces verts.
Le poumon de la capitale
Dans la ville de Tunis qui regorge de mouvements, d’habitants et de trafic routier, le parc du Belvédère s’affiche comme étant l’unique espace vert, digne de ce nom. S’étalant sur une superficie de cent-dix hectares, il constitue le poumon de Tunis, et ce, depuis la fin du XIXème siècle. Jusqu’à nos jours, et compte tenu de son étendue et de son rôle dans la purification de l’air, ce parc bénéficie de l’intérêt et de l’aménagement nécessaires à son entretien et à sa durabilité. La verdure s’y trouve grâce à une végétation abondante et pérenne, été comme hiver.
Youssef et Souhaïb, à la fois amis d’enfance et voisins, habitent dans les parages dudit parc. Depuis leur adolescence, ils fréquentent le lieu, où ils s’amusent à jouer au foot, à faire du footing et à s’entraîner. «Aujourd’hui, nous nous contentons d’une marche accélérée et de quelques pompes, vu la chaleur ambiante. Le parc du Belvédère fait partie intégrante de notre bien-être. Nous y avions préparé, ensemble, notre bac-sport. C’est un espace qui, par son étendue verte et son calme, nous sauve du brouhaha du centre-ville», indique Youssef.
Si les deux amis ont la chance d’habiter à proximité du Belvédère, ce n’est pas le cas de tout le monde ! Pour accéder à un espace vert, certains se déplacent d’un gouvernorat à un autre… C’est le cas de Mariem Dridi, une jeune maman, qui est venue au parc ainsi que ses enfants pour y prendre l’air et leur permettre de jouer à leur guise. Pour elle, jouer dans un parc est vital pour un enfant. «Malheureusement, nous n’avons pas d’autres alternatives que le parc du Belvédère. Personnellement, indique-t-elle, j’habite à l’Ariana et, croyez-moi, il n’y existe aucun espace vert à même d’accueillir les familles.
Seul l’espace Bir Belhassen est considéré comme un espace où il y a de la verdure. Sauf qu’il revient à une administration de collectivité locale ». D’ailleurs, en observant le nombre grandiose des familles qui fréquentent le lieu durant les week-ends, les vacances et les jours fériés, on en déduit le manque de parcs similaires dans leurs villes et dans leurs quartiers.
Le «vert» manquant aux espaces verts !
Cela dit, certaines agglomérations bénéficient du «privilège» d’avoir un petit parc où les familles pourraient s’y rendre ; des parcs qui ont été conçus à cet effet mais qui n’offrent aux visiteurs qu’un parcours tracé par du béton !
Des espaces poussiéreux, dépourvus de plantes, d’arbres, de gazon et encore moins de fleurs, dans lesquels des bancs et des balançoires ont été implantés, sont désertés, faute d’entretien.
C’est qu’un espace vert doit, d’abord, porter son nom ! Ce sont bien les plantes qui devraient lui conférer toute sa splendeur ! Le pire, c’est que les riverains des petits parcs de quartiers ont tendance à considérer ces espaces comme des décharges anarchiques. Le parc de la cité El Hadiqa en est l’exemple : les oliviers y gémissent sous les tas d’ordures, en l’absence d’un entretien régulier de la part des parties concernées.
Un problème de mentalité, de culture…
Souhaïb considère que l’entretien des parcs est une responsabilité collective. Sauf que la culture et le sens de l’environnement représentent des notions inconnues pour certains… «On n’a pas la culture du vert, en Tunisie. Non seulement l’aménagement des espaces verts vient en bas de la liste des priorités locales. Mais les concitoyens, eux, ne contribuent point à la préservation desdits espaces une fois ouverts au public. Les gens salissent les lieux où ils s’y rendent pour s’amuser, comme les plages, les festivals, etc. Citoyens et responsables ignorent l’impact salutaire des espaces verts dans les villes.
D’ailleurs, poursuit Souhaïb, les urbains souffriraient moins d’asthme et d’allergies respiratoires en présence d’un plus grand nombre d’espaces verts».
Responsabiliser, en appliquant la loi !
Un parc dans chaque ville ou dans chaque agglomération ; un parc digne de ce nom, où la verdure est garantie devrait être une règle à respecter. Pour ce, toute une culture doit être adoptée et appliquée, non seulement par les responsables mais aussi par les citoyens. Selon un citoyen d’un certain âge qui faisait de la marche au parc du Belvédère et qui préfère garder l’anonymat, l’application de la loi constitue la devise pour pallier les défaillances et les infractions. «Le problème réside dans l’inapplication de la loi. Pourtant, la législation comprend tout un arsenal juridique qui responsabilise et les parties concernées par l’entretien des parcs et les citoyens.
Ces derniers sont appelés à respecter la propreté du lieu, sinon la loi est là pour remettre de l’ordre», souligne-t-il.
Encore faut-il rappeler, que le droit aux espaces verts doit rimer avec gratuité, et ce, au profit de tous, sans exclusive.



