Culture

Vient de paraitre – Dictionnaire du patrimoine tunisien de Abdelhamid Larguèche : Une histoire de pierre… et de vie

  • 16 août 2026
  • 4 min de lecture
Vient de paraitre –  Dictionnaire du patrimoine tunisien de Abdelhamid Larguèche : Une histoire de pierre… et de vie

Le patrimoine n’est plus ce que vous croyez :   comment un dictionnaire révolutionne-t-il notre regard sur la Tunisie?   

Par-delà les vieilles pierres et les ruines antiques, le Dictionnaire du patrimoine tunisien, dirigé par le Pr Abdelhamid Larguèche, propose une petite révolution culturelle. En redonnant aux gestes, aux mémoires et aux territoires de l’intérieur, la même valeur qu’aux grands monuments du littoral, cet ouvrage réconcilie la Tunisie avec la totalité de son histoire.

Pendant très longtemps, parler de «patrimoine» en Tunisie évoquait immédiatement les mosaïques du Bardo, le Colisée d’El Jem, les ruines de Carthage ou les grandes mosquées de Tunis et de Kairouan. Bref : de la pierre, des monuments majeurs et des vestiges souvent identifiés sous la colonisation, puis, conservés par l’Etat moderne. Mais que fait-on des histoires contées au bord des oasis ? Des techniques de tissage transmises de mère en fille dans le Sud ? Des savoir-faire hydrauliques ancestraux des montagnes, ou de la mémoire vivante des quartiers populaires ?

C’est à cette grande question, à ce défi grandiose que répond le Dictionnaire du patrimoine tunisien. Monuments, gestes et mémoires, sous la direction de l’historien Abdelhamid Larguèche et d’une équipe pluridisciplinaire de haut niveau (Dalenda Larguèche, Latifa Lakhdar, Faouzi Mahfoudh, Karem Dassy).

Réparer une injustice géographique et culturelle

L’originalité de ce dictionnaire réside dans ses chiffres, qui racontent, à eux seuls, un plus de justice culturelle. Sur ses 1 276 entrées : 40 % sont consacrées au patrimoine immatériel et mémoriel (fêtes, contes, savoir-faire, chants). 27,7 % concernent le patrimoine monumental. 26,3 % abordent le patrimoine naturel et écologique. 6,1 % traitent des paysages culturels et des territoires. En accordant plus de place au geste vivant qu’à la pierre immobile, l’équipe scientifique tente de montrer du doigt la manière de remettre les pendules patrimoniales, à l’heure. Il s’agit de réparer une asymétrie historique qui a trop longtemps favorisé les grandes villes côtières, au détriment des régions intérieures, des ksour du Sud, des oasis et des zones sahariennes.

«Le patrimoine ne doit plus être vu comme une simple liste de monuments anciens à préserver sous verre, mais, comme un écosystème vivant que les habitants occupent et font faire vivre au quotidien».

Une idée neuve : le «bassin de patrimoine»

Pour faire comprendre cette vision, l’équipe du Laboratoire du patrimoine a forgé une notion féconde, un nouveau concept : le bassin de patrimoine.

Imaginons une oasis du Sud tunisien : son patrimoine ne se résume pas à l’architecture d’un ksar ou d’un marabout. Son patrimoine, c’est un tout indissociable : le système d’irrigation traditionnel, la poésie orale des oasiens, le travail de la palme, la faune locale et le paysage façonné par des générations de paysans.

En pensant le territoire comme un «bassin», le dictionnaire offre un outil formidable non seulement pour les chercheurs, mais, aussi, pour les acteurs du tourisme durable et du développement régional.

Pourquoi cet ouvrage nous concerne tous?

Ce dictionnaire dépasse le cadre des bibliothèques universitaires. Il s’adresse à tout citoyen désireux de comprendre la richesse et la diversité de son pays. Il nous rappelle que le patrimoine n’est pas un dogme figé, venu du passé, mais un bien commun, en perpétuelle construction, à l’image de la construction progressive de notre identité.

En nous invitant à regarder notre territoire avec des yeux neufs, le travail du Pr Abdelhamid Larguèche et de ses collègues ne fait pas que recenser le passé : il trace des voies d’avenir pour un enrichissement continu de l’identité tunisienne que nous voulons interactive avec un monde qui change à vue d’œil.

Auteur

Néjib Gaça

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